Municipales à Mtsangamouji : procurations, listes électorales, « dossier orange »… l’opposition conteste la sincérité du scrutin devant le tribunal administratif

Le recours contre les résultats des élections municipales à M’tsangamouji sera examiné jeudi 11 juin par le tribunal administratif. Les requérants demandent l’annulation du scrutin du 15 mars, la vérification des listes électorales, le contrôle des procurations et l’organisation d’un nouveau vote.

La victoire de Saïd Maanrifa Ibrahima à Mtsangamouji semblait nette. Le 15 mars 2026, le maire sortant a été réélu dès le premier tour avec la liste « Ensemble plus loin encore », créditée de 2 067 voix, soit 58,47 % des suffrages exprimés. Ses adversaires, eux, n’ont pas tourné la page. Les listes d’opposition Alliance solidaire et MDM-Tifaki ont saisi le juge administratif pour demander l’annulation du scrutin.

D’après le ministère de l’Intérieur, 4 793 électeurs étaient inscrits dans la commune, 3 657 ont voté, soit une participation de 76,30 %. La liste de Saïd Maanrifa Ibrahima a obtenu 24 sièges sur 29, devant MDM-Tifaki, menée par Ousmane Ahamada Siaka, avec 851 voix et trois sièges, puis Alliance solidaire, conduite par Allaoui Zoubert, avec 617 voix et deux sièges.

Pour les requérants, c’est justement la sincérité du scrutin qui est en cause. Allaoui Zoubert, tête de liste d’Alliance solidaire, affirme que son équipe a observé « trop de procurations », notamment dans les deux bureaux de Chembenyoumba. Selon lui, le nombre de procurations y aurait atteint un niveau inhabituel, suffisamment élevé pour « attirer l’attention ». Il évoque également des inscriptions d’électeurs qui, selon lui, « n’avaient rien à voir avec la commune », parfois concentrées à certaines adresses.

Plus troublant encore : la présence, le jour du vote, d’un document ou carnet de couleur orange dans les bureaux. Selon Allaoui Zoubert, il ne s’agissait pas d’un document officiel de vote, mais d’un carnet appartenant au camp adverse, comportant des listes de procurations. Ousmane Ahamada Siaka, tête de liste MDM-Tifaki, évoque lui aussi un « carnet orange » que seuls les assesseurs LR auraient pu manipuler. Ces derniers auraient confirmé qu’il s’agissait bien de listes de procurations en faveur du groupe. Les deux opposants y voient un élément de préparation et de suivi des procurations, susceptible d’avoir perturbé le déroulement normal des opérations électorales.

Ousmane Ahamada Siaka affirme également que de nombreux électeurs inscrits sur les listes électorales seraient nés ou vivraient en métropole, alors que ses propres soutiens présents à Mayotte auraient rencontré des difficultés pour s’inscrire. « On nous imposait tellement de choses qu’on avait du mal à inscrire nos électeurs qui sont sur place », déclare-t-il. « On se demande comment des jeunes nés en métropole, qui y vivent depuis toujours et qui viennent d’atteindre leur majorité, ont pu être inscrits ici, alors qu’ils ne vivent pas à Mtsangamouji. »

Au-delà du scrutin municipal, les opposants disent vouloir obtenir un contrôle des listes électorales pour les prochaines échéances, notamment régionales. Ils estiment que, si les inscriptions contestées restent en l’état, elles pourraient peser sur les scrutins à venir. « Les élections sont passées mais il y en a d’autres qui arrivent », avance Ousmane Ahamada Siaka, qui dit craindre que les prochains votes soient déjà biaisés si les listes ne sont pas revues.

Les requérants disent avoir alerté avant le scrutin. Ousmane Ahamada Siaka affirme qu’un courrier a été envoyé le 10 mars pour signaler les anomalies constatées, avant que celles-ci ne se confirment, selon lui, le jour du vote. Allaoui Zoubert met également en cause la campagne du maire sortant, qu’il estime commencée avant et terminée après la période officielle. Ces griefs devront toutefois être démontrés devant le juge, pièces à l’appui.

La bataille judiciaire s’annonce difficile. En droit électoral, une irrégularité ne suffit pas toujours à faire annuler une élection. Le juge vérifie si les faits invoqués sont établis, s’ils constituent une manœuvre ou une atteinte aux règles du scrutin, et surtout s’ils ont pu altérer la sincérité du vote.

L’écart de voix pourrait donc être un point central. Même réunies, les deux listes d’opposition n’atteignent pas le score de la liste arrivée en tête. Les requérants le reconnaissent, mais estiment que cette avance doit justement être interrogée. Selon eux, le nombre de voix obtenu par le camp du maire sortant aurait fortement progressé par rapport aux précédents scrutins municipaux : 1 402 voix en 2014, 1 492 en 2020 et 2 067 dès le premier tour en 2026. Ils y voient un élément supplémentaire justifiant un examen des procurations et des inscriptions électorales contestées. « Si on analyse bien les choses, il y a quand même à dire qu’il y a eu des magouilles sur ces élections », affirme Ousmane Ahamada Siaka. Ces accusations devront toutefois être appréciées par le juge administratif. « Si on ne dénonce pas certaines pratiques, ça veut dire qu’on cautionne », estime Allaoui Zoubert.

À ce stade, aucune fraude n’a été judiciairement établie. Le scrutin est contesté, mais il n’est pas annulé. Le tribunal devra dire si les éléments avancés par l’opposition sont suffisants pour remettre en cause la victoire de Saïd Maanrifa Ibrahima, proclamé élu dès le premier tour.

L’audience du 11 juin à M’tsangamouji ouvrira également une séquence judiciaire plus large autour des municipales à Mayotte. Deux autres recours en annulation doivent suivre : celui visant les élections de Mtsamboro, le 16 juin, puis celui concernant Bouéni, le 17 juin. Plusieurs communes pourraient encore voir leurs résultats remis en cause.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS
Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

Le flash infos du jour

Flash infos Mayotte du Jeudi 4 juin 2026
Jeudi 4 juin 2026

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une