Elle demande au chef de la diplomatie française davantage de fermeté à l’égard de l’État comorien, qu’elle n’hésite pas à qualifier de « voyou » et de « parasite ». La députée mahoraise souhaite que la présidence française de la COI soit l’occasion d’imposer Mayotte au sein de cette institution « financée par les Français », y compris ceux de Mayotte.
La députée (LIOT) de la 1re circonscription législative de Mayotte a encore réussi à secouer les eaux troubles de la diplomatie franco-comorienne cette semaine. Dans une intervention au ton musclé dont elle est coutumière, « Poutou Mgowa » (piment oiseau, surnom que lui donnent ses partisans) n’a pas simplement animé l’hémicycle de l’Assemblée nationale française dans le cadre des questions au gouvernement ; elle est également parvenue à enflammer les médias comoriens en ligne, qu’ils soient basés dans l’archipel ou à l’étranger.
L’événement était attendu par toute la presse régionale, la France devant assurer, à compter du 8 juin 2026, la présidence tournante de la Commission de l’océan Indien (COI), organisation créée à son initiative et dont elle assure une part très importante du financement. Jusqu’à ce jour, Paris est représentée dans cette organisation par son seul territoire ultramarin de La Réunion, alors qu’elle dispose également de Mayotte, restée en marge en raison du veto comorien.
Azali Assoumani, l’actuel occupant de Beit-Salam (le complexe présidentiel à Moroni), tout comme ses prédécesseurs, s’arc-boute à refuser l’intégration du second département français de l’océan Indien, sur la base de revendications territoriales quinquagénaires dans une impasse diplomatique.
Dans son intervention, Estelle Youssouffa, qui s’adressait directement à Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a estimé que « Paris s’incline scandaleusement face aux Comores » dans le dossier de l’intégration de Mayotte à la COI. Elle évoque l’Union des Comores en des termes aussi crus que peu conventionnels, n’hésitant pas à la qualifier d’« État parasite et voyou » qui pratiquerait « le chantage migratoire et organiserait le trafic humain en se gavant de l’aide publique française ».
Une fois de plus, Estelle Youssouffa n’a pas manqué « d’amabilités » peu diplomatiques à l’égard du pouvoir de Moroni, assénant au passage d’autres critiques contre la diplomatie française qu’elle accuse de pratiquer depuis des décennies un « à-plat-ventrisme » et une « soumission face aux délires de Moroni », « alors même que nos impôts, les impôts des Français de Mayotte, contribuent aux centaines de millions d’euros qui financent cette organisation dont Mayotte est exclue ».
En réponse à la députée mahoraise, Jean-Noël Barrot a déclaré : « Oui, l’intégration de Mayotte dans la Commission de l’océan Indien sera une priorité. La ministre déléguée, Éléonore Caroit, se rendra à Moroni pour le rappeler dans la continuité du sommet d’avril 2025. »
« Mayotte n’acceptera pas une nouvelle humiliation avec l’aval de notre gouvernement »
Le chef de la diplomatie française a expliqué le fonctionnement de la COI, qui impose l’accord unanime de ses membres pour intégrer Mayotte.
« Nous ne décidons pas à leur place et c’est la raison pour laquelle, pour obtenir cet accord et atteindre cet objectif, nous déployons un dialogue exigeant et une diplomatie pragmatique », a-t-il indiqué.
Pour étayer ses déclarations, Jean-Noël Barrot a rappelé à Estelle Youssouffa les avancées obtenues par Paris ces dernières années afin d’insérer le département-région dans son environnement régional « au sens large », notamment avec le Kenya et le Mozambique.
Une fois cette réponse apportée, la députée s’est engouffrée dans une nouvelle brèche : l’utilisation de la Marseillaise et du drapeau tricolore pour les athlètes mahorais lors des Jeux des îles de l’océan Indien.
« Mayotte n’acceptera pas une nouvelle humiliation avec l’aval de notre gouvernement », a-t-elle prévenu.
Il n’a fallu que très peu de temps à la vox populi comorienne pour réagir vivement sur les réseaux sociaux et dans certains médias en ligne, exigeant de leur président une réponse à la hauteur de ce qu’ils considèrent comme des insultes proférées à leur encontre par Estelle Youssouffa.
Mais Azali Assoumani a-t-il réellement les moyens de le faire, tant ce que la parlementaire mahoraise affirme avec ses propres mots semble se vérifier régulièrement sur le terrain, aussi bien sur le sol comorien que sur les mers du globe, entre flottes fantômes russes et iraniennes battant pavillon de l’Union des Comores et navires de narcotrafiquants internationaux ?
Une chose est sûre : le message d’Estelle Youssouffa a été reçu cinq sur cinq à Moroni, qui a accueilli hier, mercredi 3 juin 2026, le secrétaire général de la COI, venu préparer la réunion des ministres des États membres de l’organisation, convoquée pour le 8 juin dans la capitale comorienne.
Journaliste politique & économique


































