Condamné en novembre 2022 pour haute trahison, l’ancien raïs serait malade, selon des informations relayées par la presse locale. Des visites médicales auraient toutefois été effectuées la semaine dernière par une équipe de médecins afin d’établir un bilan plus complet.
L’ancien président de l’Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi, a-t-il besoin d’une évacuation d’urgence vers l’étranger pour recevoir des soins ? Depuis une semaine, l’état de santé de l’ex-président, condamné à la perpétuité, est revenu au cœur du débat public.
Vendredi, le quotidien La Gazette des Comores a révélé que Sambi souffrait d’une asthénie (fatigue) généralisée. Le journal ajoute que ce diagnostic aurait été établi par son médecin personnel après une alerte lancée par le cuisinier de Sambi, détenu dans la résidence de Vwadju, transformée en prison annexe.
« Tous les bilans n’ont pas permis d’établir un diagnostic étiologique. C’est pourquoi l’asthénie généralisée, d’apparition brutale, demeure inexpliquée et compromet le pronostic vital du patient. En raison de l’insuffisance de notre plateau technique, il serait très souhaitable que le patient soit évacué vers un autre service afin de bénéficier d’examens biologiques complémentaires approfondis », aurait écrit le médecin privé de Sambi dans son rapport médical.
Le leader du parti Juwa, incarcéré depuis mai 2018 à la suite d’une note du ministère de l’Intérieur avant son inculpation pour détournement de deniers publics dans l’affaire de la citoyenneté économique, a été reconnu coupable de haute trahison le 28 novembre 2022. Depuis le 19 mai dernier, il a entamé sa neuvième année de détention. Son parti a organisé des duans en sa faveur à Anjouan.
Courrier du parti
Ses proches ont toujours qualifié son procès d’inéquitable. Jugé devant la Cour de sûreté de l’État, dont les décisions ne peuvent faire l’objet d’aucun recours, l’ancien chef de l’État est également visé par une mesure de saisie de ses biens et avoirs au profit du Trésor public.
Assigné à résidence après sa condamnation à la perpétuité, le dirigeant de 67 ans, dont le pronostic vital serait « compromis », aurait besoin d’une évacuation sanitaire, affirment ses proches.
Le Juwa, son parti, aurait adressé un courrier à Azali Assoumani, mais son contenu reste confidentiel, selon une source interne ayant confirmé l’information. Toutefois, cette requête aboutira-t-elle à une issue favorable si les conclusions de l’équipe médicale ayant rendu visite à l’ex-président vendredi et samedi, en présence de responsables de l’appareil judiciaire, ne vont pas dans ce sens ? Rien n’est moins sûr.
Il faut noter que ce n’est pas la première fois que l’évacuation de l’ancien homme d’État au turban se retrouve au centre de l’actualité. Avant sa condamnation, un juge avait donné son aval pour une évacuation sanitaire, mais la procédure n’avait jamais abouti.
En 2021, Ahmed Abdallah Sambi, principal opposant au régime d’Azali, avait également sollicité l’aide de la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan afin qu’elle plaide sa cause auprès de son homologue comorien, sans succès.
Cinq ans plus tard, la santé de Sambi revient une nouvelle fois sur le devant de la scène. Vendredi dernier, une association se présentant sous le nom de « Liberté et justice pour Sambi » a publié sur Facebook plus de dix pages de documents de presse et de rapports dénonçant, selon elle, l’instrumentalisation de l’affaire de la citoyenneté économique.
L’organisation évoque notamment le placement en résidence surveillée de l’ex-chef de l’État, qui figurait parmi les leaders politiques ayant vivement dénoncé le projet de révision constitutionnelle de 2018. Cette réforme a permis à Azali de remettre les compteurs à zéro et de briguer deux nouveaux mandats successifs, dont le dernier est censé prendre fin en 2029, au profit d’un enfant issu de l’île d’Anjouan.
Aujourd’hui, la situation sanitaire de l’ancien président ne laisse pas indifférente la classe politique comorienne. Le président du parti Ushe, Mohamed Rafsandjani, a rappelé il y a quelques jours que la résidence surveillée imposée à Sambi était déjà illégale.
« Seul un juge ou une autre autorité judiciaire est autorisé à priver un citoyen de sa liberté. Tout a commencé par là. Il y a ensuite eu une détention provisoire. Or, selon le Code de procédure pénale, la durée d’une détention ne peut excéder quatre mois, renouvelables une seule fois, soit huit mois au total. Sambi y est resté pendant des années avant d’être jugé. Pire encore, il était poursuivi pour des faits de détournement de fonds, mais il a finalement été renvoyé devant la Cour de sûreté de l’État pour haute trahison », a dénoncé le jeune constitutionnaliste, qui appelle à la libération de tous les prisonniers détenus en dehors des règles de droit.
Après ces alertes concernant l’état de santé de l’ancien dirigeant, l’opinion publique attend désormais les conclusions des examens effectués par les médecins dépêchés ce week-end à son domicile.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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