Ben Issa Ousséni se serait débarrassé d’Omar Ali, l’un de ses vice-présidents devenu, à ses yeux, trop indocile. Il l’aurait déchu de toutes ses délégations de mission et de signature et aurait placé sous son unique autorité l’ensemble des services jadis placés sous la responsabilité du conseiller départemental de Dzaoudzi-Labattoir. Au centre de ces effluves de roussi qui se dégagent de l’Assemblée de Mayotte figure le port de Longoni, que BIO tente d’arracher, vaille que vaille, à la puissante et fortunée femme d’affaires mahoraise Ida Nel, dirigeante de la société Mayotte Channel Gateway.
L’Assemblée de Mayotte est à nouveau soumise à la houle de querelles de clocher qui n’honorent guère notre île. Des oppositions de personnes éclatent au grand jour depuis la fin de la semaine dernière, mettant aux prises le président Ben Issa Ousséni et l’un de ses vice-présidents, Omar Ali, chargé de l’administration générale et des transports.
Une opposition qui a fini par s’inviter sur la place publique vendredi matin, par l’intermédiaire de la chaîne publique « Mayotte La 1ère », dont le conseiller départemental de Dzaoudzi-Labattoir était l’invité de l’émission matinale Za Kwéli. Omar Ali a profité de cette tribune pour faire part publiquement de son opposition au sort que son président réserve au port de Longoni.
Un outil stratégique qui n’en finit plus de faire couler de l’encre depuis plusieurs mois, en raison de la volonté affichée par le Département de mettre un terme à la délégation de service public confiée à la société Mayotte Channel Gateway (MCG), dirigée par Ida Nel. Tous les stratagèmes auraient été mis à profit pour retirer la concession portuaire à cette dernière, jusqu’à envisager une reprise prochaine de cet instrument ô combien capital pour l’Assemblée de Mayotte en matière de recettes financières.
Entre urgence et obsession d’évincer Ida Nel du port de Longoni
Une affaire qui tourne à l’obsession, au point qu’une juridiction administrative a été amenée à statuer sur le sujet à la suite d’une saisine déposée par un collectif de professionnels privés usagers du port de Longoni. Une saisine reposant essentiellement sur la grille tarifaire appliquée par la société Mayotte Channel Gateway.
Le verdict rendu a consacré la perte, par Ida Nel, de la DSP du port, annulée avant son terme officiel. N’étant pas du genre à se laisser intimider, l’intéressée a choisi de faire appel de cette décision devant une juridiction supérieure qui ne semble pas pressée de statuer définitivement sur ce conflit aux enjeux financiers considérables.
Très impatient d’en finir, le Département de Mayotte multiplie les scénarios de reprise en main du port, sans savoir concrètement quelle orientation adopter au final. Les projets de reprise après l’éviction d’Ida Nel sont nombreux et se succèdent régulièrement, alimentant toutes sortes de spéculations dans la presse locale.
Aux dernières nouvelles, l’idée de mettre sur pied un établissement public industriel et commercial (EPIC) chargé de gérer le port avant une hypothétique transformation en grand port d’État a été avancée. Les avis sur cette perspective sont nombreux et évoluent d’un mois à l’autre.
Au point que, lors de sa dernière prise de parole sur le sujet, le président de l’Assemblée de Mayotte s’est vu reprocher d’aller un peu vite en besogne en tentant de vendre la peau de l’ours avant même de l’avoir abattu.
BIO fait toujours très peu cas de l’avis des Mahorais sur les sujets d’intérêt général
Mais il est de notoriété publique que le chef de l’exécutif territorial supporte difficilement la contradiction. Son vice-président, qui a eu le malheur d’exprimer publiquement un avis divergent, vient de l’apprendre à ses dépens.
Ce dernier a confié à la rédaction de Flash Info avoir été informé par des sources internes au Département-Région qu’il allait être prochainement déchu de toutes les délégations de pouvoir dont il avait été investi et qu’il exerçait jusqu’à présent.
Ben Issa Ousséni aurait décidé, par simple fait du prince, de dépouiller purement et simplement son vice-président de l’ensemble de ses responsabilités. Une décision qui ne semblerait pas relever de la simple menace puisqu’il aurait convoqué, hier lundi 1er juin 2026, le directeur général adjoint chargé de la Résilience et des Transports afin de l’en informer et de lui interdire toute forme de collaboration professionnelle avec le conseiller départemental Omar Ali.
Pour les initiés du dossier, cette décision aurait eu l’effet d’un coup de massue, tant elle apparaît lourde de conséquences immédiates. Mais Ben Issa Ousséni, qui semble accorder peu d’importance aux conséquences négatives de certaines décisions sur la population mahoraise à court, moyen et long terme, n’aurait pas tenu compte des négociations actuellement conduites par Omar Ali dans plusieurs domaines stratégiques, notamment le STM et sa flotte de barges, les projets de mobilité interurbaine ou encore le plan pluriannuel de l’énergie impliquant notamment Albioma et EDM.
À un an seulement des prochaines élections régionales, le divorce semble définitivement consommé entre deux futurs prétendants à la présidence de la Région
Des sources bien informées au sein de l’Assemblée de Mayotte ont confié à la rédaction de Flash Info que cette décision soudaine et inattendue de BIO aurait été dictée par une prise de conscience de ce dernier : certaines déclarations faites par le conseiller départemental Omar Ali sur Mayotte La 1ère vendredi matin équivaudraient, aux yeux du président Ben Issa Ousséni, à une dénonciation auprès du parquet de Mayotte fondée sur les dispositions de l’article 40.
Autrement dit, à la dénonciation de faits potentiellement répréhensibles auprès de l’autorité judiciaire par une personne qui en aurait eu connaissance.
Pour résumer, BIO aurait très mal vécu le fait que son vice-président ait dénoncé la signature d’une « vraie-fausse délibération » destinée à lui permettre de s’auto-investir président du Conseil portuaire de Mayotte.
Par cet acte, il aurait relégué les autres représentants élus de l’assemblée départementale au rang de simples vice-présidents, aux côtés des représentants d’autres institutions locales, des usagers du port et du délégataire.
Le casus belli entre les deux hommes se serait largement nourri de cet épisode jusqu’à atteindre un point de non-retour hier, lundi 1er juin 2026.
Ce différend ne serait toutefois pas le seul sujet de discorde entre les deux responsables politiques. Le désormais « banni » de la majorité départementale s’est également autorisé à dénoncer publiquement d’autres dossiers d’importance sur lesquels il estime que Ben Issa Ousséni a fait fi des intérêts supérieurs de la population mahoraise.
Le moins que l’on puisse constater en ce début de semaine est que le torchon brûle fortement au sein de la majorité de l’Assemblée de Mayotte.
Faut-il y voir un avant-goût des campagnes électorales à venir, entre l’élection présidentielle de 2027 et le scrutin régional de 2028 ?
Il est toutefois intéressant de constater que ces joutes précoces entre les deux personnalités politiques territoriales sonnent probablement le glas d’un troisième tour des élections municipales de mars 2026, remporté haut la main par la famille politique de Ben Issa Ousséni face à celle d’Omar Ali, dans un contexte marqué par des trahisons et des ralliements de dernière minute.
Une pilule manifestement encore difficile à avaler pour le camp des vaincus.
Journaliste politique & économique


































