À M’tsangamouji, le recours électoral bute sur le manque de preuves

Le scrutin municipal de M’tsangamouji a-t-il été faussé ? C’est la question qui était posée, ce jeudi 11 juin, au tribunal administratif de Mamoudzou. Trois mois après la victoire dès le premier tour de la liste conduite par le maire sortant Saïd Maanrifa Ibrahima, ses deux adversaires demandent l’annulation de l’élection. Mais, à l’audience, ils se sont heurtés à une difficulté centrale : les preuves.

Dans cette affaire examinée par la deuxième chambre du tribunal administratif, les requérants contestent les résultats des élections municipales du 15 mars 2026 à M’tsangamouji. Ils demandent l’annulation du scrutin, mais aussi la vérification des listes électorales et le contrôle des procurations en vue des prochaines élections régionales. À l’issue des débats, le rapporteur public a conclu au rejet de la protestation. Le jugement sera rendu dans une semaine.

Le rapporteur public a commencé par rappeler les résultats du scrutin. La liste « Ensemble plus loin encore », menée par Saïd Maanrifa Ibrahima, avait recueilli 2.067 voix, soit 58,47 % des suffrages exprimés. Ousmane Ahamada Siaka était arrivé deuxième avec 851 voix, devant Allaoui Zoubert et sa liste Alliance solidaire, créditée de 617 voix. Un écart conséquent, que les requérants estiment entaché par plusieurs irrégularités.

Premier terrain d’attaque : les listes électorales. Les opposants affirmaient que des électeurs auraient été inscrits sans résidence réelle dans la commune, certains vivant selon eux en métropole. Une liste de 220 nouveaux inscrits a été produite, dont 78 adresses étaient mises en avant. Mais pour le rapporteur public, ce document, rédigé par les requérants eux-mêmes, ne suffit pas à établir l’existence de manœuvres. Il a rappelé que le juge administratif ne rejuge pas, en tant que tel, la régularité de chaque inscription sur les listes électorales. Il doit seulement déterminer si des manœuvres ont pu altérer la sincérité du scrutin.

Les requérants dénonçaient, en parallèle, des refus d’inscription sur les listes électorales visant certains de leurs électeurs. Mais pour le rapporteur public, l’agent municipal mis en cause ne faisait que rappeler les justificatifs exigés par une note du préfet de Mayotte.

Les requérants évoquaient par ailleurs 48 électeurs radiés de façon arbitraire. À l’audience, il a été indiqué que quatre d’entre eux étaient en réalité toujours inscrits, tandis que les autres radiations s’expliquaient notamment par une inscription dans une autre commune ou par un décès. Là encore, le rapporteur public n’a pas retenu de manœuvre suffisamment caractérisée.

Le dossier s’est ensuite déplacé vers les procurations. Les requérants dénonçaient un volume très important, près d’un millier selon eux, susceptible d’avoir pesé sur le résultat. Le procès-verbal de recensement faisait état de 1.245 votes par procuration sur 4.793 électeurs. Un chiffre élevé, mais pas suffisant, selon le rapporteur public, pour démontrer une fraude ou prouver que ces procurations auraient bénéficié à une seule liste.

La présence d’un carnet ou document de travail, aperçu le jour du scrutin dans un bureau de vote, a également été discutée. Pour les requérants, cet élément pouvait traduire une organisation suspecte autour des procurations. Pour le rapporteur public, la seule présence de ce document ne permet pas d’établir une pression sur les électeurs ni une influence sur le résultat du vote.

Les requérants mettaient aussi en cause le financement de la campagne. Ils estimaient que l’attribution de plusieurs marchés publics à une entreprise liée au directeur de campagne du maire sortant, pouvait révéler un financement irrégulier. Mais le rapporteur public a écarté ce grief. Selon lui, la seule note produite recensant des marchés attribués en 2025, ne permet pas d’établir que l’entreprise concernée aurait participé au financement de la campagne du maire sortant.

Enfin, les requérants voyaient dans les résultats eux-mêmes la trace d’une anomalie, en pointant la hausse du nombre de votants entre 2020 et 2026 et les scores élevés du maire sortant dans certains bureaux, notamment à Chembenyoumba. Mais pour le rapporteur public, ces éléments ne suffisent pas à démontrer une fraude. La progression de Saïd Maanrifa Ibrahima, passé de 1.492 voix en 2020 à 2.067 en 2026, peut s’expliquer par un taux d’abstention en baisse, la présence de seulement trois listes en 2026 contre quatre en 2020, ainsi que par l’arrivée de nouveaux électeurs devenus majeurs entre les deux scrutins.

À la sortie de l’audience, Saïd Valdo Ahamada Combo, deuxième adjoint chargé du sport et de la culture à la mairie de M’tsangamouji, a exprimé sa sérénité. « Ce n’est pas une surprise pour nous. On est dans un pays de droit, donc si nos adversaires ont saisi la justice pour demander de la transparence, c’est tout à fait légitime », a-t-il déclaré. Sur le carnet évoqué à l’audience, l’élu assume un outil de travail politique : « C’est un carnet avec une liste de procurations. Certains utilisent Excel, d’autres utilisent d’autres outils. Nous, on a notre méthode de travail. »

Pour lui, le résultat du 15 mars s’explique d’abord par le bilan de la majorité sortante et l’écart dans les urnes. « On n’a pas été élus parce qu’on avait un document de travail. On a été élus parce qu’on a présenté un projet. » Il insiste aussi sur les 1.216 voix d’avance sur la liste arrivée deuxième : « La commune et les électeurs savent que l’avenir de la commune repose sur cette liste. »

En face, Ousmane Ahamada Siaka reste prudent. « Pour l’instant, on laisse la justice faire son travail. Je ne préfère pas commenter avant la décision finale », indique-t-il. Mais le candidat battu ne renonce pas à son analyse : « On maintient notre position, il n’y a pas eu de sincérité sur cette élection. »

Le tribunal administratif tranchera dans une semaine. Les conclusions du rapporteur public ne lient pas les juges, mais elles dessinent déjà une tendance : les soupçons soulevés par les requérants n’ont pas, à ce stade, été considérés comme suffisamment étayés pour remettre en cause la victoire de Saïd Maanrifa Ibrahima.

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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