Le jugement rendu en première instance fin mai a condamné solidairement trois entreprises, dont Huawei Technologies, basée à Maurice, à verser 500 millions de francs comoriens à une vingtaine de personnes qui avaient investi des sommes considérables dans l’espoir de percevoir des intérêts en retour.
Deux ans après son dernier jugement au pénal, l’affaire dite de « Ponzi », révélée en avril 2023, se retrouve à nouveau devant le tribunal de première instance de Moroni, statuant en matière civile et en premier ressort. Celui-ci a rendu, le 26 mai, une décision condamnant Nazra Said Hassani, qui avait organisé une vaste opération d’escroquerie, à rembourser ses anciens clients. Mais cette fois-ci, elle n’est pas seule.
À l’issue d’une série d’audiences ouvertes depuis septembre 2024, la justice a également ordonné à deux entreprises étrangères, dont Huawei Technologies, basée à Maurice, de payer solidairement les sommes investies par vingt clients à l’origine de cette action judiciaire, selon une décision consultée par Flash Infos. Ces derniers sont en majorité des employés de la société nationale Comores Telecom.
La décision a ainsi accordé aux requérants la somme de 500 millions de francs comoriens (environ 1 million d’euros). Ce montant inclut également les intérêts promis.
L’affaire Nazra avait tenu le pays en haleine après l’arrestation de cette femme à Madagascar, en compagnie de son mari et de leur fils. Elle a ensuite été condamnée, le 25 décembre 2023, par le tribunal correctionnel à une peine de trois ans de prison ferme pour avoir organisé une opération s’apparentant à une pyramide de Ponzi, au point d’être surnommée la « Madoff comorienne ». Elle a depuis purgé sa peine.
Lors de son procès devant le tribunal correctionnel, au terme duquel douze autres coaccusés avaient été relaxés, il a été révélé que Nazra utilisait sa société personnelle dénommée Halfastyles, spécialisée dans l’habillement et les tenues vestimentaires. Pendant quatre années d’activité, de 2019 à 2023, le préjudice s’élevait à plus de 4 millions d’euros.
Des intérêts alléchants
Pour amadouer ses victimes, elle promettait des intérêts d’au moins 10 % et se serait servie de ses partenariats avec Huawei Technologies Mauritius et Green Building Engineering Co. Ltd SA, condamnées avec elle le 26 mai, pour attirer davantage de clients.
D’après Maître Hadji Chaabani, l’un des trois avocats des victimes, ses clients signaient des contrats avec Nazra Said Hassani, gérante de Halfastyles et Halfate Imports, afin de placer leurs capitaux.
« Dans les contrats signés entre la société de Nazra et les clients ayant placé de l’argent, nous avons constaté des traces de virements et de transactions au profit de l’entreprise Huawei, basée à Maurice, pour le dédouanement de matériels et de marchandises. La contrepartie reposait sur le remboursement des capitaux assortis d’intérêts », a indiqué l’avocat, engagé notamment par Yaticki Mahamoud Djazila.
Le jugement révèle également que, parmi les vingt et une personnes réclamant la restitution de leurs fonds, certaines ont investi individuellement jusqu’à 100 millions de francs comoriens. Un cadre de Comores Telecom a, par exemple, investi 89 millions de francs comoriens, soit environ 180 937 euros, avec des intérêts attendus de 52 858 euros. Mais ni le capital ni les intérêts ne leur seront finalement versés.
Pour appuyer leurs demandes, les requérants ont expliqué que Nazra, cogérante de Green Building Engineering Co. Ltd SA (CRGB) et par ailleurs salariée du partenaire local de Huawei à Moroni, les avait convaincus en affirmant que l’entreprise chinoise rencontrait des difficultés pour dédouaner ses marchandises et qu’elle avait besoin de monnaie locale.
« Ils expliquent que, compte tenu de ces fonctions et de l’espérance qu’elle a fait naître en eux, les investisseurs lui ont remis des montants conséquents, d’autant plus que Nazra leur faisait miroiter un retour sur investissement pouvant atteindre 50 % du montant injecté sur une période de quinze à trente jours », peut-on lire dans le jugement.
À noter qu’après l’éclatement de cette affaire en avril 2023, Huawei s’était défendue de toute implication, allant jusqu’à accuser Nazra de « faux et usage de faux ».
Ils s’auto-accusent ?
Dans leurs conclusions remises au tribunal de première instance, les avocats de Huawei et de Green Building Engineering Co. Ltd SA (CRGB), société active dans le concassage et la construction, avaient demandé le rejet des requêtes des vingt plaignants, dont douze femmes, en soutenant qu’aucun contrat ne les liait ni aux requérants ni à Nazra Said Hassani.
Contacté, le conseil de la société CRGB a indiqué ne pas avoir encore pris connaissance du jugement.
L’avocat de Nazra Said Hassani, Maître Idrisse Mze Mogne, a pour sa part soulevé plusieurs vices de procédure.
« Ils n’ont pas signifié l’assignation à Nazra, mais l’ont déposée dans mon cabinet, oubliant que l’intéressée dispose d’un domicile. Je ne l’ai défendue que dans le cadre de la procédure pénale », a-t-il déclaré, se disant étonné que des personnes relaxées engagent aujourd’hui une procédure civile.
« Ils étaient mis en examen dans cette affaire au même titre que Nazra avant d’être relaxés, ce qui signifie qu’ils n’ont commis aucune infraction. Aujourd’hui, ils introduisent une action civile pour obtenir réparation. Ils vont donc s’auto-accuser. C’est tout de même étrange », estime Maître Idrisse, qui annonce que sa cliente envisage à son tour de porter l’affaire devant la justice pénale.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
, 1er journal des ?? / @Reuters @el_Pais @mayottehebdo ??


































