Mamoudzou, Maputo et La Réunion s’unissent pour protéger leurs littoraux

Érosion, submersion marine, montée du niveau de la mer : les littoraux de l’océan Indien sont soumis à des pressions croissantes. Le programme LITOR’OI entend mieux comprendre ces évolutions pour adapter les aménagements et protéger les populations.

La Ville de Mamoudzou, la Ville de Maputo au Mozambique et la Région Réunion ont lancé mercredi 16 septembre le programme LITOR’OI, pour “Littoraux, Observation et Résilience – Océan Indien”. Pendant trois ans, les trois territoires vont travailler ensemble pour “observer, comprendre et aménager durablement leurs littoraux”, indique un communiqué conjoint des trois partenaires.

Mayotte, le Mozambique et La Réunion présentent des situations différentes, mais sont tous confrontés à plusieurs problématiques communes dont l’érosion du littoral, la submersion marine, la montée du niveau de la mer, la dégradation des mangroves et des récifs, mais aussi la pression démographique et l’artificialisation des espaces côtiers avec, “au bout de la chaîne”, la fragilisation de l’accès des populations aux ressources littorales.

“À Mamoudzou, le cyclone Chido a mis à nu la vulnérabilité d’un front de mer densément occupé, aujourd’hui au cœur de la reconstruction de la ville. À Maputo, la baie concentre érosion active, usages populaires intenses et mangroves à restaurer. À La Réunion, la Région et le Territoire de l’Ouest (TCO) conduisent depuis plusieurs années des démarches de gestion du trait de côte dont les enseignements sont directement mobilisables par leurs partenaires”, poursuit le communiqué. “C’est de cette diversité que LITOR’OI entend tirer des connaissances et des outils transférables, utiles bien au-delà des trois territoires”.

Le programme dispose d’un budget de 200.000 euros, dont 140.000 euros financés par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, “au titre de la première édition de l’appel à projets « Aménagement durable du littoral », l’une des traductions opérationnelles de la coalition Ocean Rise & Coastal Resilience, lancée à Nice lors de la troisième Conférence des Nations unies sur l’Océan”.

La Ville de Mamoudzou en assure le pilotage, tandis que le réseau régional multi-acteurs SHAMA coordonne le programme avec une dizaine de collectivités, universités, associations et experts des trois territoires.

Des données communes pour suivre le littoral

LITOR’OI prévoit la mise en place d’un cadre commun d’observation. Les partenaires vont partager leurs données cartographiques et utiliser des indicateurs communs pour suivre l’évolution du trait de côte.

Deux cents enquêtes seront menées auprès des habitants et des usagers, à parts égales entre Mamoudzou et Maputo. Elles doivent permettre de mieux connaître leurs perceptions des évolutions du littoral et des solutions d’aménagement.

Le programme prévoit également cinq webinaires régionaux, des formations pour les agents de la Ville de Mamoudzou et les leaders communautaires de Maputo, ainsi qu’un séminaire de terrain à Maputo en 2027.

Mamoudzou, Maputo et La Réunion s’unissent pour protéger leurs littoraux

Les habitants et les scolaires mobilisés

Une partie du programme concerne directement la mobilisation des habitants et des scolaires. Au total, 310 élèves seront impliqués, notamment à travers des aires marines éducatives.

À Maputo, 7.500 plants de mangrove doivent être mis en terre, avec un objectif de survie supérieur à 75 %. Des opérations de nettoyage du littoral sont également prévues, ainsi qu’un concours photographique ouvert aux habitants des trois territoires.

L’ensemble des travaux doit aboutir à cinq fiches-actions destinées à être transférées à d’autres territoires confrontés à des problématiques similaires.

Pour le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, la situation créée par le cyclone Chido impose de revoir la manière d’aménager le littoral. “Après Chido, nous ne pouvons plus reconstruire comme avant : il nous faut décider à partir de données, d’expériences comparées et de la parole des habitants”.

Un travail scientifique entre Mayotte et le Mozambique

La démarche scientifique est portée par l’Université de Mayotte et l’Université Eduardo Mondlane de Maputo, avec l’appui de Vincent Robin, maître de conférences HDR à l’Université de Bordeaux et spécialiste de géomorphologie côtière.

L’objectif est notamment de croiser les données environnementales avec les perceptions des populations. Pour Georgeta Stoica, maître de conférences en anthropologie à l’Université de Mayotte, le projet doit permettre de mieux comprendre les dynamiques sociales et environnementales des territoires côtiers et de renforcer les échanges entre les acteurs de la région.

Ce jeudi 17 septembre, une table ronde publique intitulée “Nos littoraux face au changement climatique : observer, comprendre et agir ensemble” se tiendra de 14 h 30 à 17 h 30 à l’Université de Mayotte, à Dembéni. L’entrée est libre, avec une traduction simultanée français-portugais.

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