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Mais où sont passés les Maillots jaunes ?

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Sur les réseaux sociaux ou dans la rue, formellement ou spontanément, les initiatives se multiplient pour répondre à la délinquance qui flambe à nouveau sur l’île aux parfums. Au risque, parfois, de voir l’exaspération prendre le pas sur la loi. 

Mayotte : une naissance dont ils se souviendront

Une naissance dans la rue, ce n’est pas si courant. C’est pourtant ce qu’ont vécu Jonathan et Mouna, lundi 18 mai, date à laquelle Sarah, leur petite fille, a décidé d’arriver. Un évènement auquel ont participé quelques passants, sur les lieux par hasard. Et quand s’improvise une chaîne de soutien, cela donne une belle histoire. Récit. 

À Mayotte, “le confinement a révélé la capacité perverse de certains à faire du mal aux autres sans qu’ils ne s’en rendent compte”

Deux mois de confinement peuvent en dire long sur un individu, mais ils peuvent également dévoiler les pires et les meilleurs aspects d’une société. La crise sanitaire a mis en évidence les failles de la société mahoraise, partagée entre la conscience de certains et l’irresponsabilité des autres. Le sociologue Combo Abdallah Combo nous explique pourquoi il est urgent de tirer les leçons de ce confinement et essayer de changer la donne. 

Camille Miansoni, procureur de Mayotte : “Mon rôle est de protéger la société avant tout”

L’affaire du rapt en Petite-Terre qui suscite l’émoi dans l’ensemble du Département est révélatrice de nombre de maux dont souffre la société mahoraise au sein de laquelle nombre de personnes semblent valider l’idée que l’on puisse se faire justice soi-même à défaut d’une carence supposée de l’État. Le procureur de la République, Camille Miansoni, revient ici sur ces éléments. C’est aussi l’occasion pour lui de rappeler le rôle qu’il occupe et la vision qui l’anime alors que les critiques pleuvent sur sa personne.

Successeurs annoncés du dispositif “Gilets jaunes” et placés sous la responsabilité directe de la police nationale, les “Maillot jaunes” en poste depuis le début de l’année sillonnent les différents quartiers de la commune de Mamoudzou pour surveiller, assurer une présence et sensibiliser les jeunes.

Si nous les avons bien distingués sur les trottoirs durant la visite d’Emmanuel Macron, le programme semble moins fourni en effectif qu’à son lancement. Stéphane Cosseron, commandant de la direction départementale de la sécurité publique de Mayotte, et Thierry Lizola, brigadier en charge du bureau partenariat et prévention, tentent d’apporter des éléments de réponse sur ce qui ressemble à un essoufflement. 

Flash Infos : Durant la venue d’Emmanuel Macron, nous avons pu croiser une ribambelle de Maillots jaunes, notamment à la sortie de Kawéni. Cependant, en dehors de ce jour spécial, il est de plus en plus rare de les identifier dans les rues de Mamoudzou. Quelles en sont les raisons ?  

Stéphane Cosseron : Oui, objectivement, nous avons une baisse du nombre de citoyens volontaires. Je rappelle qu’il s’agit d’un travail bénévole, non rémunéré, donc nous ne pouvons pas les fidéliser. Les habitants font ce qu’ils veulent ! Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette baisse. Déjà, il y a des obligations réglementaire assez strictes à respecter, liées au statut d’étranger en situation régulière, qui font que certaines personnes, du fait des particularismes de la délivrance des cartes de séjour à Mayotte, ne pouvaient plus participer à cette action. Certains ont trouvé un travail, d’autres se sont lassés, comme cela peut se retrouver chez les sapeurs-pompiers volontaires.  

Thierry Lizola : En termes d’effectif, une centaine de personnes sont sorties du dispositif sur les 240 citoyens volontaires. Pour 40 % d’entre eux, la raison de leur arrêt coïncide avec un départ en métropole ou à La Réunion ou encore à une reprise des études pour les plus jeunes. Pour les autres, des événements récents ont perturbé le fonctionnement. Les habitants ne savaient pas à qui ils avaient affaire et ont remis en cause leur légitimité. Et à force, ils ont fini par être fatigués de se faire interpeller. Heureusement, nous avons un noyau dur composé de 80 Maillots jaunes. Mais vous les voyez moins, car ils sont répartis sur l’ensemble des sept quartiers de Mamoudzou. 

FI : Y a-t-il une relation de cause à effet entre l’absence criante de Maillot jaunes sur le secteur de Doujani et les affrontements entre des groupes de jeunes et les forces de l’ordre de ces dernières semaines ? 

S. C. : Le fait qu’il n’y ait pas de citoyens volontaires dans le sud de la circonscription, notamment à Doujani, a engendré une recrudescence de la délinquance. Si des Maillots jaunes étaient sur place, cela aurait été plus difficile de mettre le feu à des poubelles. Les patrouilles de la police nationale ne peuvent pas mailler la zone de la même manière, c’est impossible ! À ce titre, il y a un rendu qui est énorme et un lien de cause à effet par rapport à la petite délinquance.

T. L. : Ce n’est pas parce qu’il y a des zones de sécurité prioritaire, comme Kawéni, que nous excluons les autres quartiers. Souvenez-vous, Kawéni était devenu un no man’s land de 2013 à 2016. Aujourd’hui, il y a une vraie accalmie qui permet d’aller bosser sans se faire agresser. Cette priorité-là a payé et nous arrivons à avoir une relative paix sociale. Pour Doujani, c’est peut-être une histoire de conjoncture. Mais une chose est sûre, avec ou sans Maillots jaunes, nous n’empêcherons jamais la création de mouvements sociaux. Sur ce secteur, nous travaillons de nouveau avec certaines associations, comme Espoir et réussite, les parents d’élèves du collège de Doujani, l’équipe de basket-ball, mais aussi les cadis locaux avec qui nous avons créé un véritable réseau. Un référent a été mis en place pour symboliser le dispositif. Beaucoup sont intéressés, à condition qu’il y ait des porteurs de projets, des têtes d’affiche !

Quand ces derniers nous quittent, comme cela a été le cas en juin dernier quand le programme a été attaqué, cela devient compliqué. Deux personnes grièvement blessées avaient dû être évasanées. Et quand la confiance s’évapore, le château de cartes s’écroule… 

FI : Cette baisse des effectifs peut-elle être synonyme de la fin du dispositif Maillots jaunes ? 

S. C. : C’est un dispositif que nous voudrions voir décoller à l’échelle nationale selon le ministère.

Mais ici à Mayotte, nous sommes plutôt bien lotis ! Il y a eu un travail de longue haleine et une coopération avec le bureau de partenariat et de prévention qui existe depuis 2016. Le but est d’avoir un maximum d’habitants, mais avec le cadre rigoureux, le nombre sera plafonné à 200. Sans cela, nous aurions beaucoup de monde, comme lors des Gilets jaunes. Si les gens ont des papiers en règle, ils sont insérés plus facilement, et fatalement ils peuvent difficilement être disponibles comme volontaire. En clair, si cela doit s’arrêter un jour, ce sera faute de combattants. 

T. L. : Des entreprises privées et les collectivités territoriales sollicitent la présence au quotidien de Maillots jaunes. Samedi dernier, pour la course des mamans, la mairie et les associations organisatrices nous ont demandé expressément des Maillots jaunes, des Services civiques et des réservistes civiques. Selon moi, il n’y a pas besoin d’avoir un nombre minimum de Maillots jaunes pour que le dispositif survive. Ceux qui restent sont en confiance, ils n’ont plus l’appréhension d’être en sous-nombre. Un seul Maillot jaune est déjà payant : il alerte, il protège, il secourt. C’est le rôle de base d’un citoyen ! Leur présence empêche l’action de petits larcins, mais ils ne sont jamais cités et valorisés. Pour y remédier, pourquoi ne pas créer un bulletin Maillot jaunes ? La limite de l’exercice est l’adhésion de la population. Si on veut monter en puissance, il va nous falloir de l’aide.

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