Anouar Mlambeou, dit Black Ä

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« J’ai mis du temps à réaliser que je devenais une prostituée »

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Le voulé: toute une histoire

Amical, politique, pédagogique, sportif ou encore électoral, mais toujours festif : à mayotte, le voulé se consomme à toutes les sauces. mais si l'évènement est courant, pour ne pas dire obligatoire, peu savent à quand il remonte et quelles sont ses racines.

Auto-entrepreneur et photographe, anouar mlambeou est revenu s’installer à mayotte il y a trois ans après un long cursus à paris. depuis, il travaille tantôt devant, tantôt derrière l’objectif pour de gros partenaires locaux et compte bien étendre davantage son activité. et pas seulement à l’échelle de l’île.

Pas un Mahorais n’a pu rater les clichés d’Anouar Mlambeou. En août dernier, les cinq candidates au titre de Miss Mayotte se dévoilaient pour la première fois aux yeux du public, via une série de portraits officiels capturés par le jeune entrepreneur. Ici, le Petit-terrien est mieux connu sous son surnom de Black Ä, traduction anglais d’Anouar, ou « A noir » et nom sous lequel il créait, il y a trois ans, sa propre société.

Depuis, le professionnel est devenu le photographe attitré de trois gros réseaux locaux : le comité Miss Mayotte, d’abord, mais aussi l’agence régionale So’Coman Event et Bouge-toi Mayotte, spécialisée dans le social media. « Je travaille aussi pour Mayotte la 1ère, sur des émissions comme Zana Za Maoré », complète Anouar Mlambeou. « Au départ, j’acceptais pas mal de petits projets et ça a été formateur, mais je préfère avoir le temps de bien conceptualiser les choses.  » De la mode, du sport, du paysage, du mariage de l’évènementiel, l’artiste s’est, en trois ans, constitué une banque d’images aussi large que diversifiée. Mais aujourd’hui, c’est vers la photo de cinéma qu’il se tourne. « Ce qui me plait, c’est que ça véhicule du rêve, de l’émotion », sourit le trentenaire. « Puisque c’est de l’acting, le photographe maîtrise plus l’émotion, alors qu’en photo sportive par exemple, il la subit, il ne la maîtrise pas ! »

Mais Black Ä ne reste pas seulement derrière l’objectif, puisqu’il lui arrive fréquemment de passer devant la caméra. En s’associant avec un producteur audiovisuel, Naftal Dylan pour ouvrir son entreprise, Anouar met un pied dans l’acting, pour des courts métrages ou des spots publicitaires. Une nouvelle facette de sa discipline qui ne laisse pas indifférent. « J’ai beaucoup aimé la façon qu’à Naftal de filmer, de donner de l’émotion aux images et de les dynamiser. Au début c’était un peu pour rigoler mais il y a eu de bons retours et c’est parti comme ça ! », retrace le Mahorais.

C’est à Paris quelques années plus tôt que naissent les prémices de leur collaboration. Après son bac obtenu en 2003 sur l’île aux parfums – où il se faisait déjà appeler Black Ä lorsqu’il intervenait sur la radio du lycée de Petite-Terre –, Anouar s’envole poursuivre son cursus scolaire en métropole, alors qu’il touchait déjà à l’appareil depuis tout jeune. « À l’époque, je ne savais pas comment me lancer dans la photo, je ne savais pas comment en tirer de l’argent et je ne connaissais pas l’analyse du marché », se souvient le jeune homme.

La première année, il s’inscrit en licence d’anglais à Lille, « pour rigoler ». Puis il intègre l’une des premières promotions du BTS négociation relation client à Reims et décroche le diplôme deux ans plus tard. Anouar aurait pu s’arrêter là, mais il décide plutôt de partir, cette fois, pour l’université de Limoges où il intègre une licence professionnelle en management. « J’étais plutôt à l’aise avec les gens, j’a un bon sens du contact et j’aime bien transmettre mon savoir, alors j’ai choisi ça un peu par défaut », résume le désormais photographe.

Puis, il monte sur la capitale pour y réaliser un premier stage. Finalement, il reste sur Paris où il intègre l’International Business School, au sein de laquelle l’étudiant ne terminera finalement pas son master. « J’avais validé ma première année quand HSBC s’est présenté, alors je suis devenu conseiller financier », commente Anouar, dont le parcours sera également marqué par d’autres postes en tant que commercial et formateur.

Pour autant, jamais son rêve de devenir photographe ne le quitte. En parallèle, il continue de pratiquer de son côté, apprend la vidéo et multiplie les stages aux côtés de professionnels, comme Stéfan Bourson, spécialisé dans la mode et l’esthétique, qui l’aide notamment à se familiariser avec le jeu de lumière en studio. Naftal, son ami d’enfance, lui aussi Mahorais et venu à Paris pour étudier l’audiovisuel, l’aiguille et le conseille également. Petit à petit, les deux ultramarins se découvrent une sensibilité commune pour le cinéma et commencent à échafauder un projet commun : celui de rentrer sur l’île aux parfums pour y ouvrir, à deux, leur propre entreprise dédiée à leur passion. Finalement, après une douzaine d’années en métropole, Anouar décide de rentrer au pays pour donner vie à l’idée qu’il poursuit. Mais avant, il dépense ses économies pour acheter le matériel dont il aura besoin.

Sur le territoire où la concurrence est bien moins pesante qu’en métropole, l’entreprise du binôme fleurit, leur osmose se confirme. « Je gère tout ce qui est photo, acting et mise en scène, lui il s’occupe vraiment de la partie vidéo et réalisation. Mais quand l’un ou l’autre a besoin d’un assistant, on s’aide mutuellement », se réjouit l’entrepreneur. « Les grands projets commencent à s’installer et à durer. » Parmi eux, la future ouverture d’un studio professionnelle à Pamandzi, qui serait le premier du genre en Petite- Terre. Une structure ouverte à tous les publics, particuliers comme professionnels, « pour tout ce qui est portrait ou photos conceptuelles », précise l’instigateur du projet.

S’il a un pied à Mayotte, l’autre à Madagascar où il se rend fréquemment pour visiter ses parents et s’exercer par la même, à la photographie de paysages, Black Ä entend étendre son activité : « L’objectif ce n’est pas de s’arrêter là. Il y a un grand marché qu’on néglige, souvent dans le cinéma et la photo de cinéma, c’est le continent africain », rêve l’artiste, qui ne manque toutefois pas d’espoir pour son île natale. « Je pense qu’ici en 2020, beaucoup de choses vont se lancer. Il y a des jeunes qui commencent à monter à Mayotte et qui montrent qu’ils savent ce qu’est le travail ! » Tout comme lui. « Mais pour cela, il faut avoir beaucoup de recul et accepter la critique et les sacrifices… » Baada dhiki faradji* !

 

* Expression mahoraise signifiant « Après les difficultés, le bonheur ».

 

 

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Mayotte Hebdo n°945

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