Un an après le cyclone Chido, l’économie mahoraise reprend progressivement son activité. Consommation, emploi et activité bancaire repartent à la hausse, portés par les besoins de reconstruction. Mais derrière ces signaux encourageants, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) souligne la fragilité d’une reprise encore largement dépendante des financements publics et du secteur du BTP.
L’IEDOM a publié sa synthèse économique de Mayotte pour l’année 2025. Après le choc provoqué par le cyclone Chido en décembre 2024, l’année 2025 marque un retour progressif de l’activité. Toutefois, la reprise observée repose principalement sur les besoins immédiats de reconstruction et sur les soutiens publics annoncés.
L’indice du climat des affaires est passé de 106,6 points au premier trimestre à 112,8 points en fin d’année. Cependant, la baisse enregistrée au deuxième trimestre, avec un indicateur tombé à 99,9 points, rappelle que l’environnement économique demeure instable. De nombreux entrepreneurs manquent encore de visibilité concernant les aides publiques, les marchés à venir ou les délais de reconstruction.
L’un des principaux moteurs de la reprise est la consommation des ménages, stimulée par les besoins engendrés par le cyclone. En 2025, les importations mahoraises ont progressé de 25,9 %, dépassant les 300 millions d’euros, un niveau record selon l’IEDOM. Cette dynamique s’est traduite par une hausse de 21,6 % des importations de produits courants et de 25,4 % de celles des biens d’équipement. Les immatriculations de véhicules neufs ont, quant à elles, bondi de 41,5 % sur un an. Par ailleurs, l’encours des crédits aux ménages a progressé de 11,6 % sur l’ensemble de l’année. Dans le même temps, l’inflation a nettement ralenti, s’établissant à 1,3 % contre 2,4 % en 2024, contribuant ainsi au maintien du pouvoir d’achat.
Le secteur du BTP continue de tirer l’économie vers le haut. Les entreprises du secteur bénéficient directement des opérations de reconstruction engagées après le passage du cyclone. L’encours des crédits immobiliers accordés aux entreprises a augmenté de 8,7 %, tandis que l’encours des crédits à l’habitat destinés aux ménages a progressé de 6 %. Toutefois, cette croissance demeure concentrée sur un secteur spécifique. Le risque est de voir l’activité ralentir à l’issue des grands chantiers si aucun relais économique n’est trouvé.
Le commerce et les services peinent davantage à retrouver leur niveau d’activité d’avant le cyclone. De nombreuses entreprises continuent de subir les conséquences des dégâts matériels, des difficultés logistiques ou encore de la baisse de fréquentation de leur clientèle. Malgré cela, l’IEDOM observe une amélioration progressive de la situation au cours du second semestre.
Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A a reculé de 6 % sur l’année. Cette baisse atteint 3,8 % chez les moins de 25 ans et 5,7 % chez les plus de 50 ans. En revanche, le nombre de demandeurs d’emploi âgés de 25 à 49 ans a augmenté de 2,1 %. L’IEDOM évoque une possible corrélation avec les nombreux départs de salariés intervenus à la suite du cyclone. Avec un taux de chômage de 29 % selon l’INSEE, Mayotte demeure le département français le plus touché par le chômage.
Du côté bancaire, l’IEDOM indique que le montant total des actifs financiers détenus par les ménages et les entreprises atteint 1,467 milliard d’euros, soit une progression de 21,7 % de la collecte globale des dépôts sur un an. L’encours des crédits accordés aux ménages a progressé de 11,6 % sur l’année, tandis que les crédits à la consommation ont enregistré une hausse de 15,8 %. Ménages et entreprises ont largement mobilisé le crédit afin de réparer leurs biens, reconstruire leurs équipements ou relancer leur activité.
L’IEDOM demeure prudent quant aux perspectives pour 2026 et identifie plusieurs facteurs de risque : les retards dans le déblocage des crédits publics, les contraintes budgétaires de l’État, les incertitudes économiques internationales ainsi que les tensions persistantes sur la trésorerie des entreprises. L’institut souligne également que de nombreux projets structurants restent suspendus à la publication des décrets d’application de la loi de programmation pour Mayotte.


































