Du debaa au hip-hop : la chorégraphe Elena Bertuzzi revient à Mayotte avec « Elévation plurielle »

Après avoir mené à bien le projet « Mapping debaa » en 2024, la chorégraphe et anthropologue Elena Bertuzzi revient à Mayotte pour travailler sur le nouveau spectacle « Elévation plurielle », mené avec les danseurs de l’association Feedback Crew de Chiconi.

Après avoir réalisé de nombreux projets autour du debaa, et lui avoir même consacré une thèse de Doctorat en 2021, la chorégraphe et anthropologue Elena Bertuzzi a décidé de s’attaquer cette fois-ci à une tout autre forme de danse : le hip-hop. Si ce dernier est importé des Etats-Unis, il trouve un écho particulièrement fort chez les jeunes Mahorais comme en témoigne notamment l’engouement autour de l’association Hip hop Evolution ces 10 dernières années. Mais c’est toutefois une autre association qu’Elena Bertuzzi a souhaité mettre à l’honneur cette année en travaillant son projet avec les danseurs de l’association Feedback Crew de Chiconi. Se saisissant du dispositif « Danse en amateur et répertoire » du Centre National de la Danse, elle a souhaité reconstruire plusieurs extraits de l’œuvre chorégraphique « Erection » de Pierre Rigal (Compagnie « Dernière Minute », « Toulouse »). Ce solo a été créé en novembre 2003 et mis en scène par Aurélien Bory.

Elena Bertuzzi en a rédigé toute la partition chorégraphique grâce au système de cinétographie Laban, qui permet d’écrire les mouvements de danse. Tout le « challenge » est donc de transformer ce solo en une chorégraphie à plusieurs puisque la chorégraphe travaille en ce moment avec 7 danseurs de l’association Feedback Crew. « Le projet « Danse et répertoire » nous permet de reconstruire une œuvre reconnue du répertoire français en travaillant avec des danseurs amateurs », explique la professeure de danse à Paris X. « Il m’a paru intéressant de travailler un extrait « d’Erection » avec des danseurs de hip hop car Pierre Rigal était un champion d’athlétisme avant de se consacrer à la danse, son écriture chorégraphique est donc très particulière, avec un accent mis sur la puissance et la technique du saut », développe-t-elle.

Comment passer du sol à la posture debout ?

« Dans cette reconstruction, je fais partir les danseurs du sol et je leur fais explorer tous les points d’appui possibles leur permettant de de mettre debout, de s’ériger », décrit la chorégraphe, qui estime que cette thématique porte également en elle une dimension existentielle. « Comment se met-on debout ? » est en effet une question philosophique qui dépasse la simple question de la danse, même si elle permet également de mener une réflexion autour du hip hop, danse qui met en jeu beaucoup de mouvements au sol. « Au début la pièce a paru très simple aux danseurs de l’association, mais ensuite ils ont éprouvé des difficultés auxquels ils n’avaient pas pensé », s’amuse la chorégraphe. Car, pour stimuler la créativité des danseurs, elle a en effet décidé de prendre l’accompagnement musical « à contrepied ». « D’ordinaire les mouvements suivent la musique, or dans cette pièce c’est la musique qui déclenche les sons », explique-t-elle. Une manière complètement inhabituelle de marier mouvements et musique, qui a obligé les danseurs à sortir de « leur zone de confort » pour explorer d’autres voies créatives. Cette création possède également une dimension audiovisuelle avec laquelle les danseurs doivent composer.

Le choix des danseurs amateurs de l’association Feedback Crew s’inscrit également dans l’ambition d’Elena Bertuzzi d’accompagner la professionnalisation et l’accès à l’autonomie des compagnies de danse de Mayotte moins « mises en avant » et connues qu’Hip hop Evolution. S’il s’inscrit dans le cadre d’un dispositif du Centre National de la Danse, ce projet est néanmoins porté par l’association parisienne « Les Piémontés » et collabore à Mayotte avec l’association culturelle Hippocampus. Nécessitant un dispositif technique complexe, il est financé par la Fondation de France et la DAC de Mayotte.

Grâce à un autre partenariat avec le Rectorat de Mayotte, les élèves de l’île auront également la chance de pouvoir assister à ce spectacle puisqu’une représentation à leur destination est donnée à l’issue de chaque répétition au sein des établissements scolaires. Le grand public pourra quant à lui assister à plusieurs représentations de ce spectacle à partir du 25 avril prochain (voir encadré).

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Les représentations « tout public » de « Elévation Plurielle »

  • Le 25 avril à la MJC de Kani-Kéli à 19 h
  • Le 3 mai au restaurant Le M’haju à Musicale plage (Bandrélé) à 20 h 30 (« érection » et d’autres chorégraphies)
  • Le 13 mai à l’auditorium de l’université de Dembeni à 14 h

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Journaliste

Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.

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