Crise énergétique mondiale : Mayotte moins impactée que la métropole

L’impact de la guerre actuelle au Moyen-Orient commence à se faire sentir à Mayotte. La population n’a pas encore choisi de se faire entendre en occupant la rue, comme dans les îles voisines de l’Union des Comores, mais l’inquiétude grandit chez les consommateurs. Entre l’augmentation importante du prix du carburant et la hausse du coût des denrées alimentaires, qui ne dit pas encore vraiment son nom, les Mahorais se demandent jusqu’où tout cela va les mener.

Certes, pour le moment, l’impact est considéré comme deux fois moins important que dans l’Hexagone. Pour autant, Mayotte n’échappe pas à la règle : les conséquences de la guerre que les États-Unis et Israël livrent à l’Iran depuis presque deux mois se font sentir dans le portefeuille des contribuables mahorais. Comme partout ailleurs dans le monde, c’est avant tout sur les prix des carburants que cette crise est la plus visible.

Le prix du litre d’essence à la pompe a rejoint celui du gazole, passant de 1,50 € à 1,99 €, tandis que celui du gazole est passé de 1,99 € à 2,30 €. En parallèle, la bonbonne de gaz voit son coût grimper de 24,50 € à 27 €.

« Cela reste relativement raisonnable en comparaison des tarifs pratiqués en métropole, d’où je suis revenue il y a trois jours », observe une automobiliste croisée hier matin, mercredi 13 mai 2026, à la sortie de la station Total de Tsoundzou 1. Elle estime que cet impact est parfaitement compréhensible compte tenu de la dépendance de Mayotte à la métropole et à l’Union européenne dans son ensemble, lesquelles dépendent à leur tour fortement des pays du Golfe persique.

« Notre insularité est à la fois un avantage dans certains domaines, mais également un grand inconvénient dans d’autres. Ce qui fait surtout défaut en ce moment, ce sont les mesures d’accompagnement imaginées par l’État en métropole. Une fois de plus, Mayotte est la grande oubliée de la solidarité nationale, alors qu’elle est beaucoup plus exposée que le département voisin de La Réunion. Chez nous, aucun président de région téméraire, à l’image de Mme Huguette Bello, pour prendre les devants et préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Nos autorités donnent l’impression qu’il ne se passe absolument rien et que tout va pour le mieux », conclut la conductrice, désolée.

Après elle, il y a Moustoipha A.M. Au volant de son véhicule de travail, il prend la situation avec beaucoup de philosophie car, dit-il, vouloir inverser la tendance reviendrait à l’impossible.

« Je transporte des malades de leurs domiciles vers leurs lieux de soins à Kawéni. L’essentiel de ma clientèle se trouve en Petite-Terre ; par conséquent, j’effectue de multiples traversées par la barge. Actuellement, le plein de mon véhicule ne tient plus que vingt jours dans le mois, contre trente auparavant. Je ne peux donc pas dire que je ne ressens pas l’impact de la hausse du prix du litre d’essence à la pompe. »

Toujours avec le sourire et la retenue, il se demande ce qu’il en est des autres acteurs économiques mahorais subissant de plein fouet les conséquences de cette guerre pourtant très éloignée géographiquement de Mayotte.

Un avenir économique peu reluisant, conjugué à la crise de Chido

Nous ne sommes qu’aux prémices d’un phénomène dont nul ne peut prédire la durée. Les chaînes de télévision nous annoncent quotidiennement que le président des États-Unis d’Amérique continue de souffler le chaud et le froid concernant la fin du conflit.

Mais il n’y a pas que le prix du carburant qui inquiète le consommateur mahorais : le reste suit le mouvement, avec un risque d’amplification durable. Qu’en sera-t-il, dans un mois, du coût du kilo de viande de bœuf importée du Brésil ?

Hélas, le consommateur mahorais n’est probablement pas au bout de ses surprises. En effet, il ne faut pas se leurrer : de quelques centimes d’euro par-ci, de quelques euros par-là, la hausse des prix va s’installer durablement et progressivement. Tout porte à croire que les prix ne reviendront jamais à leur niveau d’avant-crise, même lorsque la guerre prendra fin.

Et pour cause : l’état lamentable des finances françaises n’augure aucunement d’un réajustement des salaires susceptible de contenir l’inflation. Surtout à Mayotte, où l’on ne compte que 40 % d’actifs sur une population estimée à un demi-million d’habitants, indépendamment des chiffres officiels qui, selon certains, ne reflètent en rien la réalité du terrain.

Une fois de plus, les décideurs locaux donnent le sentiment de méconnaître la véritable portée de cette crise qui s’annonce d’abord énergétique et, par ricochet, économique, pour un territoire déjà meurtri par de multiples crises sociales et économiques, ainsi que par la catastrophe du cyclone Chido.

Faute de trajectoire précise et de visibilité claire, l’avenir immédiat s’annonce pour le moins peu reluisant, surtout pour un Département-Région jugé « complètement à côté de la plaque », pour paraphraser un chef d’entreprise du BTP directement impacté par la hausse du prix du carburant.

« Il manque sérieusement à cette île une véritable politique de décollage économique, calibrée sur les attentes concrètes des consommateurs et les capacités réelles du marché qu’il faudra mobiliser au maximum, dans une trajectoire précise avec un objectif clair et distinct à atteindre. Autrement, tout sera fichu », déclare un autre acteur économique installé dans la zone portuaire de Longoni.

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