Comores : annulation de la hausse du carburant après deux morts à Anjouan

Les deux manifestants ont été inhumés tandis qu’au moins cinq blessés graves nécessitant une prise en charge se trouveraient en ce moment à Mayotte après une évacuation d’urgence organisée samedi.

La grève contre la hausse des prix des carburants a pris fin samedi soir après la suspension par les autorités des arrêtés du 9 mai. L’annonce a été faite, avant-hier par le gouvernement dans un point de presse où presque la quasi-totalité des ministres était présente.  » Après d’intenses discussions avec les différentes parties et après avoir entendu les doléances de la population, le Président de la République a donné l’instruction ferme de surseoir aux mesures prises temporairement relatives aux prix des produits pétroliers. A cet effet, le gouvernement annonce la suspension temporaire des arrêtés concernant la hausse du prix du carburant et des mesures d’accompagnement de ces derniers« , a déclaré le secrétariat général du gouvernement dans un communiqué.

Le ministre de l’énergie, Aboubacar Said Anli a ajouté que les discussions avec toutes les parties prenantes allaient continuer. Le syndicat des transporteurs avait exigé le retrait de la mesure avant toute négociation avec l’État qui a promis une enquête après le décès de deux manifestants sur l’île d’Anjouan suite aux affrontements ayant opposé les forces de l’ordre et les habitants de la commune de Mutsamudu. Certes le régime d’Azali a fait marche arrière, mais ce soulagement n’a pas occulté les évènements tragiques de ce week-end après les morts enregistrées à Anjouan.

Karim Ousseine, 20 ans fils du chef du village de Pagé et Athoumani Said, un père de famille ont quitté ce monde après avoir été grièvement blessés par balles, selon des sources bien informées. Les autres blessés graves dont un enfant âgé au moins 12 ans ont été évacués à Mayotte. Des prières étaient organisées dimanche en leur mémoire à Anjouan et à Iconi, l’une des rares villes de la Grande Comore qui a tenu tête à l’armé pendant les six jours de grève, appelée par les commerçants et les transporteurs qui s’opposaient à la hausse des prix des carburants.

Émeutes à Mpagé

Le 9 mai, le ministre de l’Energie, Aboubacar Said Anli a sorti un arrêté augmentant le prix des produits pétroliers. Le gazole a augmenté de 46% contre 33% pour l’essence. Le pétrole lampant a connu une hausse de 28%. Le gouvernement a justifié cette flambée par la situation du Moyen Orient, d’où provient l’essentiel de son carburant comorien.  Mais la population a rejeté cette augmentation jugée exorbitante. A Anjouan, les émeutes ont commencé vendredi.  » Le parquet de la République de Mutsamudu informe l’opinion publique qu’un événement tragique est survenu ce jour à Anjouan dans la zone de Mpage ayant entraîné le décès d’une personne et fait cinq blessés« , a déclaré le parquet dans un communiqué avant d’indiquer que « dès les premiers instants, les autorités judiciaires et les forces de sécurité se sont pleinement mobilisées afin de rétablir l’ordre public, sécuriser les lieux, porter assistance aux victimes et engager les investigations nécessaires à la manifestation de la vérité« .

Selon des sources locales, tout a commencé par une réunion entre la mairie de Mirontsi et des pécheurs de la localité, qui ont rejoint le mouvement de grève depuis mercredi.  » Aucun compromis n’a été trouvé entre les deux parties et d’un coup la situation a dégénéré. Des routes sont barrées. Des gaz lacrymogènes pleuvaient partout vendredi« , a rapporté notre interlocuteur, un habitant de Mutsamudu qui a précisé que le mouvement avait regagné Ouani. Mais au moment où nous écrivions ces lignes la route avait été déblayée.  » Une procédure judiciaire a été immédiatement ouverte afin de déterminer avec précision les circonstances du décès, d’établir les responsabilités éventuelles et d’identifier, le cas échéant, Ies auteurs des troubles constatés. Dans le contexte actuel, le Parquet veillera à ce que l’ensemble des investigations soit conduit avec rigueur, impartialité et dans le strict respect de la loi ainsi que des droits fondamentaux« , a promis le chef du parquet, Youssouf Ibrahim, dans son communiqué. Le jeune magistrat s’est également dans un souci de transparence, engagé à rendre publiques les conclusions des investigations ainsi que les suites judiciaires qui en découleront.

Armes létales

Ces décès, les premiers depuis le déclenchement de la grève ont suscité une vague d’indignation, beaucoup s’interrogent sur l’importance d’utiliser de la force pour mater une grogne sociale qui fait l’unanimité.  » Cette opération militaire a conduit à la mort tragique de deux citoyens comoriens par balles réelles et sept blessés graves parmi lesquels de jeunes adolescents, alors qu’ils manifestaient leur ras-le-bol face à la vie chère, au chômage massif, à la hausse des prix des hydrocarbures et à la dégradation continue des conditions de vie de la population. Le rassemblement de l’opposition comorienne dénonce un usage excessif et injustifiable de la force contre des civils« , a dénoncé l’opposition dans un communiqué ajoutant « qu’une armée républicaine est censée protéger le peuple et garantir sa sécurité, non tirer sur lui sans sommation ni discernement« .

Pour sa part, la commission nationale des droits de l’hommes et des libertés a rappelé avec fermeté « que le droit à la vie est un droit fondamental garanti par la Constitution de l’Union des Comores ainsi que par les instruments internationaux relatifs aux droits humains ratifiés par l’État« . La commission des droits de l’homme a souligné que le recours aux armes létales contre des jeunes manifestants constitue une violation grave des droits humains et des principes fondamentaux de l’État de droit. Depuis le 11 mai, le pays tourne au ralenti après que le syndicat des transporteurs et celui des commerçants ont appelé à une grève pour dire non à la hausse des prix des carburants. Tous les jours, des routes étaient barricadées par des jeunes, dont certains seraient manipulés par l’opposition, selon le ministre de l’Intérieur. Jusqu’à vendredi, on avait recensé au moins 39 manifestants détenus à la gendarmerie nationale dont 8 mineurs présumés.

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