Ils ont entre 22 et 24 ans et vivent tous dans la commune de Tsingoni, Combani et Miréréni. L’un chante, l’autre danse. Tous deux partagent pourtant le même rêve : faire un jour de leur passion un métier. à Mayotte, le chemin reste difficile pour les jeunes artistes, souvent confrontés au manque de reconnaissance et de moyens.
Ziman, construire son identité dans la musique
“Moussa, c’est le nom que ma mère m’a donné, mais je me suis surnommé Ziman.” Derrière ce nom de scène se cache Bourhane Abdouroiouf, 22 ans, connu sur Instagram sous le pseudonyme @theleroinoir. Auteur du single Laisse tomber Mara, il raconte avoir découvert la musique grâce à son grand frère.
“Il faisait déjà de la musique. Il me ramenait au studio et j’écoutais ses chansons.” Très vite, il se construit son propre univers artistique. Mais derrière ce choix de scène, il y a aussi un rapport personnel à la religion.
“Je sais aussi que Moussa est le nom du prophète, alors je ne voulais pas salir ce nom dans la musique.” Son pseudo devient alors une manière de séparer sa vie artistique de son identité personnelle. Le nom “Ziman” lui vient d’ailleurs d’un footballeur nommé Zeeman. “Je l’ai vu frapper fort, alors moi aussi j’ai voulu frapper fort dans la musique.”
Né à Anjouan, il grandit à Dzoumogné avant de rejoindre Mayotte pendant le lycée. Entre études, commerce et musique, il cherche aujourd’hui son équilibre. Avant l’afrobeat, ses premiers morceaux parlaient surtout d’amour. “Mon premier son, c’était parce que j’étais amoureux.”
Abdouraouf, la danse comme échappatoire
Face à lui, Abdouraouf préfère parler mouvement plutôt que musique. “Moi, c’est la danse.” Arrivé à Mayotte très jeune, il a vécu à Dembéni, Tsararano ou encore Barakani avant de s’installer à Miréréni il y a trois ans.
Chez lui aussi, la religion occupe une place importante. “À la base, j’étais surtout dans l’islam, parce que dans ma famille les gens étaient beaucoup là-dedans.” La danse arrive progressivement, grâce à un ami qui pratique le breakdance.
“Au début, je regardais seulement. Après j’ai essayé en cachette.” Danser n’allait pas forcément de soi dans son entourage. Pourtant, la passion prend le dessus. “J’ai hésité, puis je me suis lancé.”
Cela fait désormais sept ans qu’il danse. Pour lui, cette pratique représente aussi une manière de rester loin des difficultés qui touchent une partie de la jeunesse mahoraise. “Si je danse, c’est parce que je ne veux pas rentrer dans ce qui se passe à Mayotte. Je voulais avoir quelque chose à faire.”
Aujourd’hui, il estime avoir trouvé une certaine stabilité grâce à cette discipline. “Dieu merci, aujourd’hui je ne dérange personne, on ne m’embête pas et je ne dérange personne.”
Entre manque de reconnaissance et projets d’avenir
Mais vivre de l’art reste compliqué pour les deux jeunes hommes. “Il y a un manque de considération pour notre pratique”, explique Abdouraouf. Certaines prestations ne sont même pas rémunérées. “Cela arrive que je ne sois pas payé.”
Au-delà de la scène, il rêve aussi de transmettre. “J’avais le projet d’ouvrir une école de danse.” Un projet freiné par des obstacles administratifs et le manque d’accompagnement. “Il faut avoir une formation en animation, il faut avoir des papiers. On n’a pas pu réaliser ce projet.”
“À l’époque, l’idée ce n’était pas de devenir célèbre”, raconte Ziman. Pourtant, certains réels publiés sur les réseaux sociaux rencontrent un petit succès.
Abdouraouf, lui, été contacté avec son groupe par les équipes de Zily. Une expérience marquante mais stressante. “Même quand tu as l’habitude de danser, il y a toujours du stress avec le public.”
Entre passion, religion et réalités du quotidien, les deux jeunes rêvent qu’un jour leur art puisse leur ouvrir un avenir plus stable.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.



































