La cyberattaque subie par l’Université de Mayotte en décembre 2023 aurait été bien moins catastrophique que ne le prétend sa direction, qui utilise pourtant cette « excuse » pour refuser de fournir des documents administratifs importants, aussi bien auprès de ses agents que des institutions publiques comme le Rectorat et même la Cour des Comptes.
L’Université de Mayotte a bien subi une cyberattaque en décembre 2023. Depuis cette période, sa direction prétend ne pas être en mesure de fournir un certain nombre de documents administratifs importants relatifs à sa gestion. La justification avancée par l’établissement est que la cyberattaque aurait corrompu ces documents.
Selon plusieurs sources concordantes, cette explication aurait été relayée auprès de différentes autorités de contrôle, notamment dans le cadre de travaux menés par l’Inspection Générale de l’Education, du Sport et de la Recherche (IGÉSR) et par la Cour des Comptes, ainsi que dans des échanges avec les services du rectorat. Le rapport public de la Cour des Comptes (disponible en ligne) mentionne d’ailleurs ce problème à de nombreuses reprises : « La qualité des procédures de marché n’a pas pu être appréciée, faute de retour des documents demandés sur un échantillon de marchés en raison de la cyberattaque qu’a connu l’établissement » (p. 51), ou encore : « Les pièces relatives à ce marché n’ont pas été communiquées à la Cour, une cyberattaque ayant chiffré une majorité des documents » (p. 68).
Flash Info a pu consulter le rapport technique de l’entreprise Lexfo, mandatée à l’époque pour évaluer et réparer les conséquences de la cyberattaque. Ce document décrit un incident circonscrit à un périmètre technique limité, principalement localisé dans l’interface entre la Direction Administrative des Services (DAS) et les services informatiques (DSI), et ayant affecté 111 fichiers sur près de 19 500 présents sur le serveur de l’Université. Une interrogation demeure dès lors : comment concilier les conclusions du rapport Lexfo, qui décrivent un impact techniquement limité, avec les difficultés persistantes invoquées depuis plus de deux ans pour produire certains documents administratifs demandés par des autorités de contrôle ?
Plusieurs procédures juridiques en cours
Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de tensions récurrentes autour du fonctionnement institutionnel de l’établissement. Plusieurs procédures contentieuses ont été engagées ces dernières années devant le Tribunal Administratif de Mayotte, portant notamment sur des questions de fonctionnement institutionnel, de ressources humaines et de régularité administrative. Selon plusieurs sources concordantes, ces préoccupations auraient également été signalées à différentes autorités de contrôle ou de tutelle. Par ailleurs, des démarches judiciaires auraient été engagées auprès des autorités compétentes à Mamoudzou. À la connaissance de notre rédaction, aucune décision définitive n’est toutefois intervenue à ce stade.
Sollicitée à plusieurs reprises afin de pouvoir présenter sa version des faits, la présidence de l’Université de Mayotte n’a pas donné suite à nos demandes au moment de la publication de cet article.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.





































