Le lycée agricole de Coconi cultive l’esprit Erasmus

Dans le cadre du programme Erasmus+, deux groupes d’élèves du lycée agricole de Coconi ont récemment bénéficié de mobilités en Slovénie et en Andalousie. Une expérience scolaire, culturelle et humaine que l’établissement espère bien pérenniser.

Le programme européen devient peu à peu un levier structurant pour ouvrir les élèves du lycée agricole de Coconi à d’autres pratiques, d’autres cultures et d’autres manières d’apprendre. Après deux précédents projets partenariaux autour de l’agroécologie, APPEL et AGROSYLVIMOB, qui avaient déjà permis au lycée de tisser des liens avec une dizaine de structures européennes, l’établissement poursuit son ancrage sur le Vieux Continent.

Cette année, deux mobilités de groupe ont pu être menées. La première a conduit douze élèves de la filière Productions horticoles, six filles et six garçons âgés de 16 à 19 ans, jusqu’en Slovénie. Accompagnés de trois encadrants, ils ont passé douze jours en immersion au sein de la Maribor Biotehniška Šola, un établissement agricole slovène. Au programme : travaux pratiques en production agricole, échanges professionnels, découverte du patrimoine local, temps culturels et moments de partage avec les élèves slovènes.

Pour l’équipe éducative, l’expérience a été marquée par « l’esprit Erasmus » : la découverte, la bonne humeur, les surprises et des souvenirs durables.

Dans le même temps, une dizaine d’élèves de seconde générale et technologique et de première STAV, la filière Sciences et technologies de l’agronomie et du vivant, sont revenus d’un séjour de près de deux semaines en Andalousie. Là encore, il ne s’agissait pas de vacances. « Le matin, les élèves allaient en cours, de 10h à 14h, avec des enseignants espagnols et mahorais », raconte Myriam Maanli, professeure d’anglais, qui a accompagné le groupe.

Les cours étaient dispensés en espagnol, dans une logique de co-enseignement. Les élèves de Coconi ont travaillé avec deux établissements partenaires : l’Academia Británica, à Córdoba, et l’IES Los Pedroches, un lycée agricole situé à Pozoblanco.

« C’était quelque chose de très intense. On avait déjà travaillé une partie du programme à Mayotte en français, puis les élèves ont dû le réinvestir en espagnol », poursuit l’enseignante. L’objectif était autant linguistique que pédagogique : développer l’ouverture culturelle, le sens de la diversité, l’inclusion, le développement durable et les compétences numériques.

Les après-midis étaient consacrés aux visites et aux activités de terrain. Les élèves ont ainsi découvert la Mosquée-cathédrale de Córdoba, guidés par leurs camarades espagnols. Ils ont participé à une chasse au trésor dans le centre historique, à une randonnée éco responsable, mais aussi à des travaux pratiques dans une exploitation agricole.

Dans l’exploitation du lycée agricole partenaire, ils ont observé des cultures peu familières à Mayotte, comme les abricotiers ou certaines plantes aromatiques. Ils ont également découvert des techniques nouvelles, notamment la culture de fraises dans l’eau et l’utilisation des abeilles pour la pollinisation.

« Les élèves étaient stupéfaits. Certains ne savaient pas que les abeilles pouvaient être utilisées de cette manière. Ils ont compris leur importance pour l’environnement et la biodiversité », souligne Myriam Maanli. Le groupe a aussi visité une laiterie, suivant les différentes étapes de transformation du lait, de la production à la fabrication.

Le temps fort du séjour andalou a été l’organisation d’une Journée de l’Europe, en plein mois de mai, souvent surnommé « le mois de l’Europe ». L’événement visait à promouvoir la richesse des cultures européennes, mais aussi la place de Mayotte dans l’Union européenne.

Plusieurs stands ont été mis en place par les élèves. Sur l’un d’eux, les participants écrivaient le mot « bienvenue » dans différentes langues. Sur un autre, chacun était invité à exprimer ce que signifiaient pour lui l’inclusion et le vivre-ensemble. Des moments de danse, de musique et de gastronomie ont également permis de mêler culture mahoraise et culture andalouse.

« On voulait montrer l’appartenance de Mayotte à l’Europe, mais aussi la richesse de l’Union européenne grâce aux outre-mer », explique Mansil Faïna, professeure d’espagnol. L’équipe avait même prévu de travailler autour de l’Hymne à la joie, traduit en espagnol, en français en shimaore et en kibushi. Le projet n’a pas pu être finalisé cette fois-ci, mais les enseignants espèrent le reprendre à Mayotte.

Un projet préparé de longue date

Le projet andalou devait initialement se tenir l’an dernier, mais avait été reporté, notamment en raison du cyclone Chido, qui avait compliqué les échanges avec les partenaires. Cette année encore, le départ a connu quelques contretemps. Le vol prévu le 25 avril a été annulé, obligeant le groupe à repartir le lendemain et à racheter une partie des billets.

Par ailleurs, plusieurs jeunes initialement sélectionnés n’ont pas pu partir en raison de problèmes de régularisation ou de documents de voyage. Les enseignantes pointent notamment les délais de réponse de la préfecture, pourtant sollicitée depuis plusieurs mois. « Erasmus demande d’inclure tout le monde, de montrer la diversité. Mais derrière, pour ceux qui ne sont pas en règle administrativement, ce type de projet devient compliqué », regrette Mansil Faïna. Une déception pour l’équipe pédagogique, qui avait associé ces jeunes au projet depuis sa préparation, et a dû réorganiser le groupe à la dernière minute pour maintenir la mobilité.

Malgré ces obstacles, les enseignants retiennent surtout la réussite du séjour. Les élèves, parfois partis pour la première fois aussi loin, ont su s’adapter, nouer des liens avec leurs camarades espagnols et gagner en autonomie.

À Coconi, l’ambition est désormais de faire durer cette dynamique. Les enseignants espèrent pérenniser la Journée de l’Europe, à Mayotte comme dans d’autres pays partenaires, afin de questionner la manière dont les jeunes Européens vivent leur appartenance à l’Union.

D’autres pistes sont déjà envisagées. L’un des partenaires espagnols souhaite développer un projet de coopération associant plusieurs territoires, dont l’Espagne, l’Autriche et Mayotte. L’idée serait d’organiser des échanges successifs entre les établissements partenaires, avec, à terme, l’accueil d’élèves européens à Mayotte.

Pour le lycée agricole de Coconi, ces mobilités ouvrent donc bien plus qu’une parenthèse à l’étranger. Elles permettent aux élèves de se projeter autrement dans leur formation, leur futur métier et leur place dans le monde.

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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