Un retard préjudiciable au patrimoine bâti des collectivités locales

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À bientôt deux ans de l’anniversaire du cyclone Chido, qui a frappé Mayotte le 14 décembre 2024, les stigmates de cet événement climatique dramatique demeurent encore intacts sur le territoire. Nombreux sont les bâtiments publics du territoire qui paient le prix de l’inertie de l’établissement public chargé de la Refondation de Mayotte. À l’approche d’une nouvelle saison des pluies, les citoyens s’inquiètent de l’état de dégradation des bâtiments emblématiques du territoire.

La « Refondation » de Mayotte post-Chido ne doit pas être seulement physique : les mentalités aussi ont pris un sérieux coup de massue en vingt ans et méritent un sacré coup de ménage. L’impression que procurent les bâtiments publics dans les différentes collectivités territoriales et locales mahoraises est celle d’un grand « bordel » organisé dans les feutrés bureaux d’études et autres cabinets d’architecture détenteurs de ces marchés publics.

Force est de constater, en effet, qu’une bonne partie des ouvrages réalisés sur l’île au cours des deux dernières décennies manque d’âme et de « local touch », pour ne pas dire tout bonnement d’originalité. Mayotte, la franco-européenne, placée sous un matraquage constant de normes diverses, est en train de perdre ses repères classiques en matière d’architecture.

Si ce n’était la taille de certains bâtiments, on aurait du mal à les distinguer des projets de construction privés. Parce qu’ils sont le fruit de l’imagination débordante, des goûts et des couleurs de leurs commanditaires, ceux-ci échappent à la norme ambiante du bas de gamme et du manque d’originalité qui frappe l’île depuis le début des années 2000.

Le grand paradoxe dans cette démarche, c’est que leurs coûts n’ont jamais été aussi exorbitants, de mémoire de Mahoraises et de Mahorais. Un élément particulièrement important que ne semble malheureusement pas avoir relevé la Chambre régionale des comptes (CRC) dans ses observations pourtant très affinées.

Comme pour d’autres domaines sur l’île, le cyclone Chido est passé par là et a tout déshabillé. « Toutes les anomalies sont apparues au grand jour, et nul ne peut nier les défaillances constatées, qu’elles relèvent d’études techniques mal ficelées, de montages de dossiers administratifs et financiers ou encore de conditions de réalisation pas toujours respectueuses des cahiers des charges », note Hamada Daou, qui assistait hier, jeudi 16 septembre 2026, à la Technopole de Dembéni, à une rencontre consacrée aux plantes médicinales mahoraises.

Ils auraient pu se donner la peine de recouvrir les parties de la toiture soufflées par Chido

Son regard n’arrivait pas à se détacher de ce majestueux bâtiment perché sur les hauteurs de Dembéni, visible à l’œil nu de très loin. Une partie de la toiture, recouverte d’une toile blanche, se détériore très sensiblement, laissant la charpente en bois et en métal livrée à une usure accélérée sous les effets prolongés de l’air marin, du soleil et de la pluie, caractéristiques d’un territoire insulaire.

Abdallah Hamidou, un entrepreneur présent à cet événement, a suivi les observations soulevées par Hamada Daou.

« Tout fout le camp, il y a un vrai problème dans cet endroit. Malheureusement, il en est de même ailleurs, dans d’autres collectivités locales. On construit des bâtiments coûteux sans avoir le souci de les transmettre en bon état aux générations futures. Il n’existe aucun budget d’entretien ni de protection contre les éléments naturels. Il a fallu que Chido s’abatte sur l’archipel pour qu’on se rende compte qu’il fallait faire assurer ces bâtiments. Et vu que cela n’a pas été le cas, ils pourrissent petit à petit, d’année en année, dans une indifférence générale. »

C’est que l’argent se fait rare dans les caisses de nos collectivités et que le mirage des 4 milliards d’euros promis par la loi de juillet 2025 sur la Refondation de Mayotte risque de se faire très longuement désirer avant que les Mahorais ne réussissent un jour à en voir la couleur.

« C’est tout le patrimoine bâti de notre île qui se trouve aujourd’hui en danger. Là, les services techniques départementaux auraient pu faire l’effort de recouvrir d’une bâche les parties les plus exposées aux intempéries. Combien coûtera le fait de tout refaire dans deux ou trois ans, lorsque quelqu’un, en haut lieu, aura enfin pris la mesure de ce grand gâchis ? », revient à la charge Hamada Daou.

Au-delà de ces observations de citoyens ordinaires, comme ils se définissent tous les trois, ils s’accordent sur un point essentiel : la remise en cause de la logique de construction et d’aménagement qui prévaut actuellement sur le territoire.

Journaliste politique & économique

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