Dans cette dernière enquête sur les conditions de vie des ménages comoriens, s’étalant sur une période de 4 ans, l’institut national de la statistique et des études économiques et démographiques, a noté que le logement s’accapare de 50% des dépenses des ménages, traduisant une tension structurelle majeure sur le marché locatif.
Le 8 juin, l’institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (Inseed) a publié sa dernière enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages en Union des Comores. Celle-ci, a été conduite entre mai et novembre 2024 auprès de 5487 ménages. Elle porte sur les ménages ordinaires résidant sur le territoire national et documente leurs conditions de vie à travers plusieurs dimensions comme la consommation alimentaire et non alimentaire, éducation, santé, emploi, transferts de fonds et accès aux services de base, logement.
L’enquête qui reste le principal instrument de mesure de la pauvreté monétaire et des inégalités de consommation aux Comores exclut en revanche les ménages collectifs (internats, casernes, établissements de santé). Sur le logement, l’analyse des données révèle une tension structurelle du logement, voire une crise d’accessibilité réelle. « La hausse réelle de +49,8 % du loyer sur quatre ans, dans un secteur où l’IPC sectoriel a lui même progressé de +31,8 %, appelle à des politiques d’urgence dont une régularisation du marché locatif, incitation à la construction et un accès au crédit immobilier« , alerte l’institut national des statistiques qui ajoute que le loyer maison reste le premier poste de dépenses en volume, avec 151,9 milliards FC nominaux en 2024.
Après application du déflateur logement (1,318), les dépenses réelles s’établissent à environ 115,3 milliards de francs, soit près de 233 millions d’euros. Une hausse qui démontre que les ménages consacrent en 2024 environ 50 % de plus de ressources réelles au logement qu’en 2020, ce qui traduit une tension structurelle majeure sur le marché locatif comorien. Les causes identifiées sont entre autres la croissance démographique et l’urbanisation qui conduisent au dépassement de l’offre.
Consommation en hausse de riz
La facture d’électricité, enregistre toutefois une baisse réelle de -7,5 %. Les dépenses nominales (sans les effets de l’inflation) n’ont progressé que de +21,9 %, bien en dessous de l’inflation du secteur (+31,8 %). » Le bois de chauffe ramassé dont les dépenses s’élèvent à 7,5 milliards de francs en termes réels témoigne de la persistance des énergies traditionnelles« , poursuivent les enquêteurs qui ont constaté un remplacement partiel du pétrole lampant probablement par l’électricité. Quant à alimentation, les produits présentent des évolutions contrastées.
Les produits de pêche et le riz progressent en volume, tandis que plusieurs aliments de base reculent. Selon les mêmes données disponibles, le riz ordinaire a connu une augmentation nominale de 68%, qui s’explique par une hausse de la consommation accrue de ce produit de première nécessité, en dépit des perturbations mondiales. Ce tableau est complété par la volaille, les ails de poulet et le poisson bonite (Pwere) dont la tendance de la consommation va crescendo pour ce poisson très présent dans les eaux comoriennes. La banane fraîche, pourtant aliment de base dans l’alimentation comorienne a connu une baisse de 16% en volume.
La tendance s’est poursuivie avec la viande du bœuf fraiche et le manioc. » La viande bovine fraîche recule en volume, ce qui peut refléter des contraintes sur l’élevage local ou un arbitrage des ménages vers des protéines moins chères. La direction contraire de ces évolutions peut s’expliquer soit par des substitutions au sein du panier alimentaire, soit par des contraintes d’approvisionnement spécifiques à chaque produit. Ces signaux appellent à une analyse nutritionnelle complémentaire« , recommande l’enquête qui a noté dans le même temps une stabilité dans l’habillement.
Les données collectées montrent que les habits acquis lors des fêtes affichent une hausse nominale de +34,9 %, mais l’inflation sectorielle élevée de l’habillement et des chaussures absorbe presque entièrement cette progression. La hausse réelle n’est que de +1,2 %, indiquant une quasi-stabilité des volumes d’habits festifs achetés alors que le secteur de l’habillement a subi une forte inflation (parmi les plus élevées après les meubles), ce qui peut peser sur l’accès aux vêtements pour les ménages modestes.
Recul de la pauvreté
L’étude de l’Inseed, a suggéré des propositions après ses constats sur les conditions de vie des ménages. « Les baisses réelles de la banane, du poisson thon rouge, de la viande bœuf et du manioc doivent alerter les autorités. Des programmes de soutien à la pêche artisanale, à l’agriculture vivrière et à l’élevage local permettraient de stabiliser l’offre et de contenir l’inflation alimentaire« , suggère l’Inseed.
L’enquête a aussi permis de mesurer la place des télécommunications dans la vie des ménages comoriens. « La recharge des téléphones mobiles constitue le résultat le plus surprenant de cette analyse. La faible inflation du secteur de la communication, près de 9,7 % sur quatre ans, révèle une hausse réelle de +57,6 %« , note le rapport déduisant une consommation significative de services de téléphonie mobile en volume, indépendamment de l’effet prix. « Ce phénomène reflète une transition numérique profonde et une démocratisation de l’accès aux services mobiles dont internet, transfert d’argent, applications« , lit-on dans la synthèse du rapport qui révèle une baisse de 5.2 points du taux de la pauvreté entre 2020 et 2024.
Cette régression, préconise l’Inseed, doit être contextualisée car une partie est imputable à un effet de base, puisqu’en 2020, le taux était gonflé par la contraction économique liée au covid. Au niveau des îles, le rapport relève des fortes disparités, avec un taux de pauvreté qui a bondi de 41.8% à 57% en l’espace de 4 ans pour Moheli, devenant ainsi l’île la plus pauvre de l’archipel. « Cette dégradation rapide et inexpliquée appelle à un diagnostic approfondi comme les chocs climatiques, l’exode rural et la faiblesse du tissu économique local« , explique l’institut des statistiques qui a constaté dans ses investigations une baisse de l’impact des transferts de fonds de la diaspora sur le taux de pauvreté. Cette évolution peut refléter une diversification des sources de revenus internes ou une baisse relative des montants reçus, conclut l’enquête.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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