Brevet, CAP, baccalauréat et même BTS : 92 jeunes accompagnés par l’Aide sociale à l’enfance ont été félicités, ce jeudi 20 août à Combani, pour leur réussite scolaire. Derrière les trophées et les témoignages parfois très émouvants, la cérémonie a aussi rappelé les difficultés auxquelles reste confrontée la protection de l’enfance à Mayotte, avec des services de plus en plus sollicités.
« Ça, c’est encore rien, je vais vous ramener mon bac + 5. » À 16 ans, trophée à la main, la jeune fille affiche déjà la suite de son programme. Elle vient d’obtenir son brevet après une année particulièrement compliquée. Tombée enceinte, elle n’avait pas pu être scolarisée l’année précédente. Aujourd’hui jeune maman et placée en foyer, elle veut poursuivre jusqu’à l’université, avec l’ambition de devenir professeure de SVT. « Même si on a eu des épreuves, on doit continuer et avoir la motivation de réussir », explique-t-elle.
Au total, 92 jeunes accompagnés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ont été mis à l’honneur sur le site de Badja, à Combani. La cérémonie, organisée par la Direction de la protection de l’enfance du Département-Région, réunissait les diplômés de l’année scolaire 2025-2026, leurs familles d’accueil, éducateurs et professionnels de la protection de l’enfance. Douze ont obtenu une mention. Plus de 60 % ont décroché le baccalauréat, 27 % le brevet et 11 % un CAP. Deux jeunes ont également obtenu un BTS.
Un bac mention très bien malgré des obstacles administratifs
Parmi les parcours salués, celui de Guih Vehi Ferdinand Abdallah a particulièrement ému l’assemblée. Originaire de Côte d’Ivoire, il arrive à Mayotte fin 2022, alors qu’il a déjà plus de 16 ans. Sans place au lycée, sa famille d’accueil, à qui il dédie son trophée, parvient à l’inscrire au collège de Tsingoni. Il y obtient son brevet avec mention très bien, avant de poursuivre en bac professionnel assistance à la gestion des organisations et de leurs activités. Nouveau succès, là encore avec une mention très bien.
Il est désormais inscrit au lycée en BTS Gestion des transports et logistique associée. Son objectif : travailler dans le secteur avant, un jour, de créer sa propre entreprise. Mais son parcours scolaire s’est doublé de difficultés administratives. Son passeport, explique-t-il, avait été retenu par la Police aux frontières (PAF) à son arrivée. À la veille des résultats du bac, alors qu’il s’y rendait pour tenter de le récupérer, il est contrôlé par des agents de la PAF puis conduit dans leurs locaux, avant d’être libéré dans l’après-midi. Il dispose désormais d’un titre de séjour étudiant qui doit lui permettre de poursuivre sa formation. La suite de son projet dépendra encore de sa situation administrative : « Si tout se passe bien et si j’ai un titre après mon BTS, j’aimerais travailler et aller au bout de mes rêves. »
Nombreux sont ceux qui ont insisté sur le rôle joué par leurs éducateurs et leurs familles d’accueil. Nasla, qui a elle aussi connu le placement, vient d’obtenir son baccalauréat. « Ne laissez jamais votre histoire décider de votre avenir », a-t-elle lancé aux autres jeunes, rappelant les moments où elle-même avait songé à abandonner.
Plus de 2.600 alertes en 2025
Ces réussites interviennent alors que les services de l’ASE font face à une pression croissante. En 2025, plus de 1.200 enfants ont été placés en famille d’accueil ou en structure à Mayotte. Le Département comptabilisait par ailleurs 470 mesures judiciaires d’action éducative en milieu ouvert et 253 mesures administratives d’aide éducative à domicile. La Cellule de recueil des informations préoccupantes (Crip), qui recueille les alertes concernant les enfants en danger ou susceptibles de l’être, a reçu plus de 2.600 informations en 2025. Elle en avait reçu 2.347 en 2022.
La situation des mineurs non accompagnés pèse également de plus en plus sur les services. Le Département indique en avoir accompagné 486 en 2025 et en recensait déjà 409 entre les mois de janvier et mai 2026. Les professionnels constatent parallèlement davantage de situations liées aux violences sexuelles, aux difficultés familiales ou encore aux grossesses précoces.
La scolarisation, un défi majeur
Pour Madi Moussa Velou, vice-président du Département-Région chargé de l’action sociale, de la santé et de la solidarité, les diplômes obtenus cette année montrent les progrès réalisés, mais ne doivent pas masquer les difficultés. L’élu estime que près de la moitié des jeunes suivis par l’ASE ne seraient actuellement pas scolarisés, sans qu’un chiffre précis puisse toutefois être établi par la Direction de la protection de l’enfance.
« Il faut accompagner les jeunes qui ont envie de réussir », insiste Madi Moussa Velou. Pour lui, « un gros travail reste à faire du côté du rectorat pour scolariser », mais aussi de la préfecture « pour permettre aux jeunes d’obtenir un titre valable ». « Le préfet doit faire des efforts. La rectrice également », tranche-t-il, appelant les services de l’État à travailler davantage avec le Département.
Face aux discours qui tendent, selon lui, à mettre à l’écart certains jeunes pris en charge par l’ASE, l’élu a également tenu à leur rappeler leur place sur le territoire. « Vous êtes des jeunes mahorais, je le dis sans complexe », a-t-il lancé. « Nous vous accompagnons pour que vous puissiez un jour reprendre les rênes, pour que Mayotte de demain soit encore meilleure qu’aujourd’hui. »
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.



































