À Mayotte, un premier PAREF pour accompagner les femmes entrepreneures

Le Plan d’action régional pour l’entrepreneuriat féminin (PAREF) 2026-2028 a été signé ce jeudi 24 septembre à la préfecture de Mayotte. Déclinaison d’un dispositif national jusqu’ici absent du territoire, il doit notamment permettre de mieux accompagner les entrepreneures dans l’accès au financement, au foncier et à la structuration de leurs activités. Une première enveloppe de 130 000 euros est mobilisée.

À Mayotte, seules 24 % des femmes sont en emploi, contre 37 % des hommes et 66 % en moyenne dans l’Hexagone. Elles sont pourtant particulièrement nombreuses à se lancer dans l’entrepreneuriat : 50 % des 1 227 nouvelles entreprises individuelles créées sur le territoire sont portées par des femmes, contre 45 % dans l’Hexagone.

C’est dans ce contexte que le premier Plan d’action régional pour l’entrepreneuriat féminin (PAREF) de Mayotte a été signé ce jeudi à la préfecture, en présence des nombreux partenaires du dispositif et de plusieurs entrepreneures mahoraises. La séquence, animée par le GIP Ouvoimoja, a permis de présenter les résultats d’une enquête réalisée par BGE Mayotte, mais également de confronter les dispositifs prévus aux difficultés rencontrées sur le terrain.

« Malheureusement, on doit encore parler de l’emploi des femmes de nos jours alors qu’on devrait être arrivés au bout du chemin », a regretté en préambule le préfet Frédéric Poisot. Pour lui, les chiffres de l’entrepreneuriat féminin témoignent cependant d’« une énergie et d’une envie de faire » sur le territoire. Il a également insisté sur le rôle de l’emploi dans la lutte contre l’insécurité et sur l’autocensure qui freinerait encore de nombreux talents à Mayotte.

130 000 euros mobilisés pour commencer

Dispositif national jusqu’ici absent de Mayotte, le PAREF a été décliné localement sous l’impulsion de Manarssana Boina, directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité. Un travail qui a nécessité d’adapter le cadre national aux particularités du territoire. « C’était très challengeant », reconnaît-elle. « Le cadre est là, à nous de nous en saisir ou pas. »

Banques, GIP Europe, acteurs du foncier ou encore entreprises font partie des partenaires mobilisés. Une première enveloppe de 130 000 euros doit permettre de financer les actions : 50 000 euros apportés par la Direction régionale aux droits des femmes, 50 000 euros par Bpifrance et 30 000 euros au titre de la politique de la ville. Le Département dispose pour sa part de ses propres aides à l’entrepreneuriat féminin. Son appel à projets ayant déjà été lancé cette année, l’objectif est de parvenir à mutualiser davantage les financements à partir de l’année prochaine.

Une fois les appels à projets lancés, le dispositif devra permettre d’aller chercher les femmes, y compris celles qui restent éloignées des structures classiques, puis de déterminer leurs besoins au cas par cas : financement, accompagnement, formation mais aussi accès au foncier. La Commission d’urgence foncière (CUF) fait ainsi partie des signataires.

Les besoins sont importants. Selon l’enquête réalisée en février par BGE Mayotte auprès de 44 entrepreneures, dont 34 ont intégralement répondu au questionnaire, 76 % rencontrent des difficultés d’accès au financement et 79 % souhaitent un soutien financier renforcé. Elles sont également 68 % à considérer que les dispositifs existants ne prennent pas suffisamment en compte leurs réalités.

Sortir des secteurs traditionnellement féminins

Le PAREF entend également s’adresser aux femmes travaillant dans l’économie informelle, avec l’objectif de les accompagner progressivement vers la formalisation, ainsi qu’aux femmes en situation d’illettrisme ou d’illectronisme et à celles vivant dans les zones rurales.

Autre chantier : élargir les horizons professionnels. Les entrepreneures mahoraises se dirigent encore beaucoup vers le commerce ou la mode, des secteurs « très genrés », souligne Manarssana Boina. Des actions de sensibilisation doivent donc être menées dans les lycées afin de faire découvrir aux jeunes femmes d’autres secteurs, notamment l’énergie avec EDM, le BTP avec Vinci ou encore les métiers liés à l’eau.

Mais derrière les chiffres, les témoignages livrés jeudi ont surtout illustré très concrètement les obstacles auxquels se heurtent les entrepreneures. Lauréate du concours Startupper de l’année de TotalEnergies en 2024, Nadia Boinaidi a développé Maoré Puzzle, autour des légendes et du patrimoine immatériel de Mayotte. L’accompagnement lui a notamment permis d’apprendre à fixer ses prix et à communiquer. Elle propose désormais des puzzles, d’un podcast autour des légendes mahoraises et d’ateliers de peinture. Elle souhaiterait desormais disposer d’un local pour développer ses activités. Son principal obstacle reste cependant le financement, auquel s’ajoutent des coûts parfois découverts en cours de route : ses puzzles étant fabriqués en métropole faute d’usine à Mayotte, « pour le dédouanement, je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi cher », témoigne-t-elle.

À M’tsangamouji, Dafianti Ali Islam cherche de son côté à faire vivre et transmettre le savoir-faire traditionnel du massage, pratiqué notamment par ses propres parents. Lorsqu’elle s’est lancée en 2024, elle s’est cependant heurtée à « beaucoup, beaucoup, beaucoup de formalités » et à l’absence de financement, avant d’être accompagnée par BGE. Avec toujours la même interrogation : parvenir à pérenniser son activité.

« On sait rebondir quand on est Mahoraise »

Le parcours de Jane Jacquin illustre quant à lui une autre ambition : créer à Mayotte ce qui n’y existe pas encore. Après une école de mode à Paris, elle souhaitait revenir exercer comme cheffe de produit sur son territoire. Faute de débouché, elle a finalement décidé de créer elle-même une activité dans la mode à partir notamment du nyambaione, tissu traditionnel mahorais.

Créée en juillet 2024, son entreprise lui ouvre rapidement les portes de l’international, jusqu’à une invitation à la Fashion Week de Dar es Salaam. « Je ne pensais pas que les portes de l’international me seraient ouvertes aussi vite », raconte-t-elle. Mais, quelques mois plus tard, Chido détruit sa boutique et son atelier. Elle perd aussi des salariées et doit tout recommencer. « On sait rebondir quand on est Mahoraise », affirme l’entrepreneure, qui a, cette fois-ci, accepté de s’appuyer sur les structures locales pour repartir alors que “demander de l’aide n’était pas dans ses habitudes “.

Interrogée au cours des échanges sur une éventuelle recherche de « gloire », elle a retourné la question : « Est-ce qu’on m’aurait posé cette question si j’étais un homme ? »

Une interrogation qui, à elle seule, résumait plutôt bien la raison d’être de l’événement.

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Journaliste

Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.

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