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Plus d’une trentaine de lycéens du lycée Bamana ont rejoint la mobilisation du 29 septembre pour dénoncer leurs conditions d’étude, les difficultés de transport et les problèmes de sécurité. Entre salles surchargées, chaleur, trajets interminables et inquiétudes autour des chantiers, ils disent ne plus vouloir de promesses, mais des réponses concrètes.
“On en a marre, on n’en peut plus, on souffre”. Devant les manifestants réunis place de la République à Mamoudzou, ce 29 septembre, Thérèse Lebeault, élève de première au lycée Younoussa Bamana, prend le micro pour dénoncer les conditions de travail et de vie dans et aux alentours du lycée. “Il y a des élèves qui font des crises dans les salles, il n’y a pas de lumière dans notre lycée”, raconte-t-elle, sans hésiter à donner de la voix.
Comme les syndicats, elle dénonce avant tout des salles de classe trop chargées. “Le principal problème”, selon elle. À cela s’ajoutent le manque de chaises et surtout la chaleur, avec notamment des salles sans climatisation.
Autour d’elle, les élèves acquiescent et crient à leur tour leur colère. Certains parlent du bruit des ventilateurs, du bruit extérieur et de la chaleur qui rendent les cours difficiles. À l’approche des examens de fin d’année, certains élèves disent perdre leur motivation.
Ces revendications font écho à celles portées ces derniers jours par des lycéens en Île-de-France, où plusieurs dizaines d’établissements ont été perturbés ou bloqués autour de demandes portant notamment sur le manque de moyens, les classes surchargées et le manque de personnels. Le mouvement, parti de la région parisienne, a appelé à une mobilisation plus large le 29 septembre.
Se réveiller à 2 h 50 du matin pour se rendre au lycée
Mais pour les lycéens de Bamana, les difficultés ne débutent pas aux portes de l’établissement. Selon un sondage réalisé auprès d’élèves du lycée par Lina Lera, 16 ans, également élève de première, certains se lèvent entre 2h50 et 6h du matin pour prendre le bus et rejoindre le lycée. Cela dépend du village d’où ils viennent, avec notamment ceux qui viennent d’Hajangoua, parmi les plus éloignés et, selon elle, les plus discriminés.
“Je trouve ça aberrant”, estime-t-elle. Elle habite à Passamainty et se lève vers 4h du matin pour aller au lycée. Elle dit marcher ensuite pendant environ 45 minutes. “On nous dit que le Caribus est en construction mais ça prend trop de temps”, déplore-t-elle. Elle dénonce aussi le fait que “des bus destinés aux élèves soient utilisés pour le réseau urbain, c’est scandaleux”.
À la fin des cours, certains élèves expliquent que les bus repartent rapidement, alors qu’ils doivent rejoindre Mtsapéré, Vahibé ou Passamaïnty, et qu’ils ont du mal à s’adapter. Ils évoquent aussi les embouteillages, les caillassages et la peur des bagarres. “Les agents de sécurité ne restent pas assez longtemps, on sort à 16h, à 16h01 ils sont partis”, rapporte-t-elle. “On risque nos vies pour étudier. C’est pas normal !”, dénonce-t-elle.
À l’intérieur du lycée, toujours en reconstruction après Chido, les travaux sont une autre source de préoccupations. Les élèves expliquent devoir circuler à proximité des chantiers pendant les interventions, avec la crainte qu’un élément tombe ou qu’un accident survienne. La cantine est également critiquée : les lycéens évoquent une pause d’une heure et des repas qu’ils jugent trop petits.
Une atteinte à la santé mentale
Face à cette accumulation, certains élèves parlent d’une atteinte à leur santé mentale. La fatigue des transports, les réveils très matinaux, les conditions dans les salles et les inquiétudes liées à la sécurité pèsent sur leur quotidien. Ils constatent aussi que les personnels et les enseignants se mobilisent de leur côté. “Ils en ont marre aussi et c’est normal”, résume Lina Lera.
“Les élèves du lycée Bamana ne sont pas respectés. On ne veut pas des promesses, mais des actions”, insiste Thérèse Lebeault.
“On arrête pas de nous dire qu’on est en France, que nous sommes français, mais la situation n’évolue pas”, lance un jeune homme, sous l’acclamation de ses camarades.
Une phrase qui prend un sens tout particulier dans un établissement scolaire, où l’Éducation nationale porte les valeurs de la République et à pour objectif que chaque jeune trouve sa place dans la société. À Bamana, le décalage entre ces principes et le quotidien des élèves semble, jour après jour, nourrir le doute et éloigner ces jeunes d’une République à laquelle on leur demande pourtant de croire.
Journaliste




































