5 000 plants de vanille détruits dans un incendie, un producteur doit une nouvelle fois tout recommencer

Après deux ans d’efforts pour relancer sa production détruite par le cyclone Chido, le producteur de vanille, Boura Marcel, se retrouve à nouveau sans récolte après un incendie dont l’origine n’est toujours pas déterminée. Il déplore aujourd’hui le sentiment d’être abandonné par les pouvoirs publics.

Ses lianes de vanille brûlées par les flammes, accrochées tant bien que mal aux arbres qui leur servent de support, eux aussi calcinés : c’est ainsi que Boura Marcel, 64 ans, a retrouvé sa parcelle samedi 19 septembre en fin d’après-midi. Près de 5 000 plants ont été entièrement détruits par l’incendie.

Les flammes, second couperet après Chido

Un véritable désastre pour l’un des plus grands producteurs de l’association Saveurs et Senteurs de Mayotte, qui se remettait doucement du passage du cyclone Chido qui avait détruit tous ses vanilliers. Après deux ans d’efforts, sans tirer le moindre revenu, les premières fleurs de vanille étaient enfin de retour. Voilà qu’il doit tout recommencer.

“Tout est parti en fumée, je ne sais pas quoi faire”, déplore le producteur, joint par téléphone ce lundi 28 septembre. “Ma première année de récolte j’avais récolté 30 kg de vanille, ma seconde 70 kg puis il y a eu Chido et maintenant cet incendie. C’est mon travail, c’est ma vie. Je dépends de la vanille, je ne travaille pas à côté, j’ai des enfants, des factures à payer, la vie de tous les jours, je n’ai pas de retraite”.

5 000 plants de vanille détruits dans un incendie, un producteur doit une nouvelle fois tout recommencer
Les incendies sont très fréquents chaque année et touchent de nombreux producteurs de vanille », déplore l’association Saveurs et Senteurs de Mayotte.

Pour le moment l’origine du feu est inconnue. Boura Marcel a quitté son champ aux alentours de 15h, avant d’être prévenu en panique par un de ses collègue qui a vu les panaches de fumée provenir de son champ situé à Bouyouni sur près de 5.800 mètres carrés. Trop tard pour sauver les lianes.

“C’est comme ça, s’énerver ça ne sert à rien”, confie le producteur. “Les crises cardiaques arrivent sans prévenir, je dois rester calme”.

Une réaction pleine de sagesse et pourtant, depuis l’incendie, s’il peut compter sur la solidarité et le soutien d’autres producteurs et les membres de l’association Saveurs et Senteurs de Mayotte, Boura Marcel est bien seul face à la catastrophe.

Aucune personne ne s’est déplacée sur la parcelle, un producteur abandonné

Après l’incendie, le producteur et l’association Saveurs et Senteurs de Mayotte se sont empressés de prévenir la mairie de Bandraboua et la police municipale. Ils voulaient alerter sur la situation, demander l’intervention d’un expert et déposer plainte. Mais aucune suite ne leur a été donnée, si ce n’est de se rendre à la gendarmerie de M’tsamboro.

“À M’tsamboro, on m’a indiqué que je devais me rendre à la police municipale de Bandraboua, qui devait faire un rapport !”, souligne-t-il, encore confus face à des acteurs qui se renvoient la balle. Résultat : personne ne s’est déplacé sur sa parcelle et aucune enquête n’a officiellement été lancée pour déterminer l’origine du sinistre.

Et sans assurance, Boura Marcel n’a aujourd’hui aucun moyen d’être dédommagé. “Je me sens complètement abandonné”.

Pour les producteurs, trouver une assurance capable de couvrir leur activité et leurs plantations est très difficile. Si des assureurs agricoles sont bien présents à Mayotte, les garanties accessibles aux exploitants ne couvrent pas nécessairement les plants et les pertes de production. “Si seulement les assurances acceptaient d’assurer nos exploitations… Avoir une assurance auto à Mayotte relève du parcours du combattant, je vous laisse imaginer pour couvrir une activité agricole ! C’est impossible”, insiste l’association Saveurs et Senteurs de Mayotte.

“Les incendies sont très fréquents chaque année et touchent de nombreux producteurs de vanille. Généralement, ce sont des agriculteurs qui cultivent sur brûlis et perdent le contrôle du feu, qui finit par s’étendre de façon incontrôlable”, poursuit l’association, seule structure à Mayotte à assurer la transformation et la préparation de la vanille.

5 000 plants de vanille détruits dans un incendie, un producteur doit une nouvelle fois tout recommencer
L’enjeu pour Saveurs et Senteurs de Mayotte est aussi de faire en sorte que la dangerosité de la culture sur brûlis
deviennent « un sujet » auprès des pouvoirs publics.

Faire en sorte que la culture sur brûlis devienne “un sujet”

Au-delà d’être dédommagé, pour Boura Marcel et Saveurs et Senteurs de Mayotte, l’enjeu est de faire en sorte que la dangerosité de la culture sur brûlis deviene “un sujet” auprès des pouvoirs publics.

“Il n’y a toujours pas de cellule qui s’occupe spécifiquement de ces sinistres”

“L’objectif de porter plainte est de nourrir les données statistiques afin que cela devienne une priorité. Il n’y a toujours pas de cellule qui s’occupe spécifiquement de ces sinistres. Le brûlis c’est une technique ancienne basée sur la rotation des cultures, qui n’est plus d’actualité”, explique l’association, qui regroupe une quarantaine de producteurs de vanille. 

“En parallèle, les pouvoirs publics font comme si les agriculteurs informels, illégaux, qui utilisent le brûlis n’existaient pas. Nous on fait de la sensibilisation auprès des agriculteurs légaux, mais les autres on ne peut pas les toucher, ce n’est pas normal”. 

3 ans d’attente avant les nouvelles fleurs

En attendant, Boura Marcel va devoir replanter les plants de vanille que d’autres producteurs voudront bien lui donner. “Dans un mois, je vais recommencer, juste à temps pour la saison des pluies”, confie-t-il.

Mais pour retrouver une production et pouvoir en vivre, cela prendra beaucoup plus de temps. Il faut trois ans avant qu’une nouvelle liane produise ses premières fleurs.

“Le désastre de cet incendie vient raviver celui du cyclone et fait repartir notre producteur de zéro. Tout est à refaire : planter les tuteurs, trouver les lianes de vanille, les planter, apporter de la matière organique, tailler, entretenir… puis attendre trois longues années avant d’espérer revoir les premières fleurs”, note l’association.

Saveurs et Senteurs estime à dix ans le temps nécessaire pour retrouver une production semblable à celle d’avant Chido. Pour tenter d’accélérer la cadence, elle réalise depuis maintenant un an la multiplication de 70 000 jeunes plants issus de la souche locale mahoraise, en laboratoire dans l’Hexagone.

Autant d’efforts qui risquent toutefois d’être mis à mal par les sécheresses et les incendies à répétition, qui rendent difficiles la multiplication et la réinstallation des boutures à travers l’île, d’autant plus si les pouvoirs publics ne se saisissent pas davantage du sujet.

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