Le Parc marin mise sur les plongeurs pour suivre les jeunes coraux

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Depuis le printemps, des plongeurs bénévoles participent au projet Mwamba, lancé en 2026 par le Parc naturel marin de Mayotte pour suivre la reprise des récifs aprÚs le blanchissement de 2024 et le passage du cyclone Chido. Une premiÚre campagne, menée sur 11 sites, montre déjà de fortes différences dans la capacité des coraux à se réinstaller.

AprĂšs le blanchissement corallien du printemps 2024, puis le passage du cyclone Chido le 14 dĂ©cembre de la mĂȘme annĂ©e, les rĂ©cifs mahorais ont subi deux chocs successifs. Le bilan Ă©tabli en 2025 par le Parc naturel marin est lourd : les deux phĂ©nomĂšnes ont entraĂźnĂ© une mortalitĂ© moyenne cumulĂ©e de 66 % des coraux et une perte de 35 % du recouvrement corallien. Le blanchissement a, dans l’ensemble, eu l’impact le plus important, tandis que les dĂ©gĂąts liĂ©s Ă  Chido ont fortement variĂ© selon les secteurs et leur exposition.

Reste dĂ©sormais Ă  savoir comment ces rĂ©cifs vont repartir. C’est tout l’objet de Mwamba, « lagon » en shimaorĂ©, lancĂ© cette annĂ©e par le Parc naturel marin avec les clubs Abalone, Happy Divers, Les Palmes longues, Lagon MaorĂ© et O’TGR. Treize sites rĂ©partis autour de l’üle sont suivis, Ă  raison de deux Ă  trois par structure. Deux campagnes doivent ĂȘtre organisĂ©es chaque annĂ©e : la premiĂšre en dĂ©but de saison sĂšche, entre avril et juin, la seconde entre octobre et dĂ©cembre, au dĂ©but de la saison humide.

À l’origine du projet, il y a notamment une demande venue des plongeurs eux-mĂȘmes. « Certains clubs de plongĂ©e sont venus vers nous en voulant agir pour contribuer Ă  ce que les rĂ©cifs coralliens reviennent », raconte Clarisse Thellier, chargĂ©e du projet Mwamba au Parc naturel marin. Au mĂȘme moment, le Parc cherchait Ă  complĂ©ter ses suivis scientifiques par un indicateur qui n’était plus relevĂ© Ă  Mayotte : les coraux juvĂ©niles, dĂ©finis dans le cadre du projet comme des coraux mesurant moins de cinq centimĂštres. « Ça nous tenait Ă  cƓur de continuer Ă  suivre ça parce que c’est un indicateur de la rĂ©silience des coraux », explique-t-elle.

Un protocole adapté aux plongeurs bénévoles

Avant d’envoyer les plongeurs compter les jeunes coraux, il a fallu mettre au point un protocole suffisamment rigoureux pour produire des donnĂ©es exploitables, mais assez simple pour ĂȘtre appliquĂ© par des amateurs formĂ©s. Clarisse Thellier s’est notamment appuyĂ©e sur des expĂ©riences conduites en Nouvelle-CalĂ©donie et sur des Ă©changes avec plusieurs spĂ©cialistes de la rĂ©gion.

Sous l’eau, le principe est simple. Sur chacun des 11 sites, trois transects de 20 mĂštres sont dĂ©roulĂ©s. Tous les 25 centimĂštres, les plongeurs dĂ©crivent ce qu’ils trouvent sous le ruban : roche ou autre substrat dur, dĂ©bris coralliens ou sable, mais aussi le peuplement dĂ©jĂ  installĂ©, qu’il s’agisse de corail vivant, d’algues calcaires, de macroalgues ou d’autres organismes comme des anĂ©mones. Autour de cette ligne, dans un couloir de 50 centimĂštres de largeur, ils comptent Ă©galement les juvĂ©niles et les oursins. Enfin, une partie des jeunes coraux est photographiĂ©e pour tenter de les retrouver lors de la campagne suivante et voir s’ils ont grandi.

Le Parc marin mise sur les plongeurs pour suivre les jeunes coraux
crédit photo François Bollé

Ces Ă©lĂ©ments jouent un rĂŽle important dans la reprise d’un rĂ©cif. Un substrat dur et stable offre de bonnes conditions Ă  l’installation d’un jeune corail. À l’inverse, un fragment de corail mort peut se retourner sous l’action de la houle aprĂšs qu’une larve s’y est installĂ©e, privant alors le jeune organisme de lumiĂšre. Les algues calcaires encroĂ»tantes peuvent favoriser la fixation des larves, tandis que les macroalgues entrent en compĂ©tition avec les coraux pour l’espace. Les oursins, eux, peuvent libĂ©rer de la surface disponible pour de nouveaux coraux en broutant les algues.

« Beaucoup de jeunes coraux se sont installĂ©s Â»

Les rĂ©sultats de la premiĂšre campagne ne permettent pas encore de tirer des conclusions dĂ©finitives. « C’est dur Ă  affirmer parce qu’on n’a fait qu’une campagne », rappelle Clarisse Thellier. Des Ă©carts apparaissent nĂ©anmoins entre les 11 sites suivis. Les rĂ©cifs barriĂšres comme la Passe Bateau semblent, Ă  ce stade, plus rĂ©silients, tandis que d’autres stations, comme la pente interne de la passe en S, montrent une reprise beaucoup plus limitĂ©e. « C’est encore difficile de savoir exactement pourquoi et c’est ça qui est intĂ©ressant dans cette Ă©tude », souligne la chargĂ©e de projet.

Plusieurs facteurs pourraient entrer en jeu. « Il faut un substrat dur, qu’il y ait des coraux adultes Ă  proximitĂ© et qu’il y ait des conditions de courant nĂ©cessaires Ă  l’apport des jeunes coraux. Mais tout ça, ce ne sont que des hypothĂšses », prĂ©cise-t-elle.

Dans l’ensemble, la rĂ©cupĂ©ration reste toutefois encore limitĂ©e. « Pour le moment, il n’y a pas une grande Ă©volution post-Chido », estime Clarisse Thellier. Les rĂ©cifs n’ont pas retrouvĂ© toutes leurs fonctions, notamment leur capacitĂ© Ă  servir d’abri pour de nombreuses espĂšces, qui dĂ©pend de structures coralliennes suffisamment dĂ©veloppĂ©es. Mais un signal est encourageant : « On voit qu’il y a quand mĂȘme beaucoup de jeunes coraux qui se sont installĂ©s et donc ça donne de l’espoir pour la suite. »

Mayotte a dĂ©jĂ  montrĂ© par le passĂ© une capacitĂ© de rĂ©cupĂ©ration aprĂšs plusieurs Ă©pisodes de blanchissement, notamment en 1998, 2010 et 2016. Cette rĂ©silience pourrait toutefois ĂȘtre mise Ă  l’épreuve par l’accumulation des pressions sur le lagon : rĂ©chauffement des eaux, Ă©rosion et apports du bassin versant, pollutions ou encore pĂȘche illĂ©gale. « Il y a pas mal de pressions qui pĂšsent sur le rĂ©cif corallien et qui le rendent assez fragile et du coup peut-ĂȘtre moins facilement rĂ©silient qu’avant », rĂ©sume Clarisse Thellier.

Le Parc marin mise sur les plongeurs pour suivre les jeunes coraux
crĂ©dit photo : Clarisse Thellier

Les donnĂ©es recueillies doivent, Ă  terme, permettre au Parc de mieux cibler les actions Ă  mener. Elles pourraient notamment conduire Ă  renforcer la protection de certains secteurs, Ă  agir sur certaines pressions ou encore Ă  stabiliser des fonds trĂšs riches en dĂ©bris. Le Parc n’envisage en revanche pas de recourir au bouturage. « Nous, on prĂ©fĂšre apporter de la connaissance pour Ă  terme agir sur les pressions sur lesquelles il est possible d’agir plutĂŽt que d’intervenir directement sur la nature quand elle peut faire elle-mĂȘme son travail », explique Clarisse Thellier.

Une soixantaine de plongeurs pour la premiĂšre campagne

Le projet repose aussi sur la science participative. Une soixantaine de personnes ont pris part Ă  la premiĂšre campagne, avec des groupes allant d’une Ă  neuf personnes selon les sites. Des rĂ©fĂ©rents formĂ©s au protocole dans chacun des clubs encadrent les relevĂ©s aux cĂŽtĂ©s du Parc naturel marin.

OcĂ©ane, 26 ans, a participĂ© Ă  plusieurs plongĂ©es dans le nord de l’üle. Elle y a dĂ©couvert une autre maniĂšre d’observer le lagon. « On se met dans la peau d’un scientifique, on a vraiment l’impression d’avoir contribuĂ© Ă  quelque chose », raconte-t-elle. Une expĂ©rience qui a aussi modifiĂ© son regard lors de ses plongĂ©es de loisir : « J’étais plus sensible et peut-ĂȘtre plus Ă  l’affĂ»t des espĂšces, des diffĂ©rents stades de croissance des coraux. Â» Pour elle, le dispositif permet Ă  la fois de « rendre accessible la science » tout en faisant des plongeurs de vĂ©ritables acteurs de la collecte de donnĂ©es.

Le Parc cherche dĂ©sormais de nouveaux volontaires pour poursuivre ce suivi. Les plongeurs titulaires au minimum d’un niveau 2 peuvent se rapprocher des clubs partenaires pour participer aux prochaines sorties. Une deuxiĂšme campagne doit ĂȘtre menĂ©e entre octobre et dĂ©cembre, au dĂ©but de la saison humide. Les plongeurs retourneront sur les mĂȘmes transects et tenteront de retrouver certains des juvĂ©niles photographiĂ©s lors de la premiĂšre campagne, afin d’observer leur croissance et leur survie. De quoi commencer Ă  mesurer, dans le temps, la capacitĂ© des rĂ©cifs mahorais Ă  se reconstituer.

Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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