La biodiversité au défi de la reconstruction

Alors que Mayotte poursuit sa reconstruction après Chido, les acteurs de l’environnement veulent faire de la préservation et de la restauration des milieux naturels un volet à part entière de cette reconstruction. La FMAE-CPIE Maoré entend notamment défendre la place des associations et la nécessité de leur donner les moyens d’agir dans la durée.

La 2ème édition des Assises Outre-mer de la biodiversité réunissent pendant deux jours, les 29 et 30 septembre au PER de Coconi, les acteurs engagés dans la préservation des milieux naturels des territoires ultramarins. Cette deuxième édition, co-organisée par le Département-Région de Mayotte et idealCO, doit permettre de partager les expériences menées dans les différents territoires et de réfléchir à des solutions face aux enjeux liés au changement climatique.

La première journée est consacrée aux échanges et aux ateliers, en parallèle de l’événement national organisé à Tours. Plusieurs thématiques doivent être abordées, autour notamment de la biodiversité, de l’eau, des déchets et de la protection du littoral. Mercredi, des visites de sites permettront de présenter plusieurs initiatives locales et de mettre en avant les richesses naturelles de Mayotte. 

Pour les associations environnementales, ces Assises constituent surtout l’occasion de rappeler que la biodiversité ne peut pas être mise de côté dans la reconstruction du territoire. La FMAE-CPIE Maoré participe à l’événement et interviendra notamment dans l’atelier consacré à la protection du littoral par les solutions d’adaptation fondées sur la nature. Sa directrice, Latufa Msa, revient sur les attentes du réseau associatif.

Flash Info : Quel regard portez-vous sur la tenue de ces Assises à Mayotte, notamment après Chido ? 

Latufa Msa : C’est une bonne chose que Mayotte accueille ces Assises. Pour les associations qui agissent toute l’année sur le terrain, c’est l’occasion de rendre visibles à la fois la richesse de notre biodiversité, les dégradations qu’elles constatent et les actions et solutions qu’elles portent déjà.

Après Chido, il est compréhensible que les urgences humaines et matérielles mobilisent toute l’attention. Mais la restauration des milieux naturels fait aussi partie de la reconstruction du territoire. Les mangroves, les forêts et les cours d’eau jouent un rôle concret dans notre cadre de vie et notre capacité à faire face aux prochains événements. Nous espérons que ces deux jours permettront de leur redonner toute leur place dans les décisions.

Protéger, restaurer et donner les moyens d’agir aux acteurs locaux

FI : Qu’attendez-vous de ces deux jours d’échange face à tous les enjeux du territoire : préservation du lagon, des forêts, gestion des déchets, de l’eau . Quelles sont les priorités ? 

Latufa Msa : Nous attendons surtout que les échanges débouchent sur des actions coordonnées, avec des responsabilités et des moyens clairement définis. Les enjeux ne peuvent pas être traités séparément : ce qui se passe sur les bassins versants, dans les forêts ou dans la gestion des déchets a aussi des conséquences sur les mangroves et le lagon. 

Pour la FMAE, trois priorités se dégagent : protéger les milieux encore préservés, restaurer ceux qui ont été dégradés et donner aux acteurs locaux, notamment aux associations, les moyens d’agir dans la durée. Cela suppose d’associer les habitants, de soutenir la sensibilisation et de renforcer les capacités des associations, très présentes sur le terrain.

La biodiversité au défi de la reconstruction
Le président du Département-Région, Ben Issa Ousséni, auprès des représentants de la FMAE lors des Assises. La FMAE demande que les associations disposent de financements adaptés pour inscrire leurs actions dans la durée.

C’est dans cette perspective que la FMAE déploie actuellement son projet de reconstruction post-cyclone, financé par la Fondation de France, l’OFB et le Conseil départemental de Mayotte. Ce projet vise à coordonner et à accompagner les acteurs de l’environnement, en particulier les associations, pour contribuer à la reconstruction du territoire.

FI : Quelle place occupent les associations dans ces Assises ? Vous sentez-vous suffisamment associées et soutenues ? 

Latufa Msa : Les associations ont toute leur place dans ces Assises : elles connaissent les sites et leurs enjeux, travaillent avec les habitants et sont présentes au quotidien sur le terrain. Elles ont acquis une expertise reconnue par le Département et d’autres institutions, et ont été associées à la préparation de l’événement. 

D’autres associations sont également mobilisées, notamment le GEPOMAY. La FMAE interviendra dans l’atelier n° 1, consacré à la protection du littoral par les solutions d’adaptation fondées sur la nature. Elle tiendra aussi un stand et participera à une visite du parc forestier de Coconi, où se trouve notre rucher pédagogique.

Ces temps d’échange nous permettront de partager l’expérience de notre réseau et de faire remonter les besoins concrets des associations. Cette place donnée aux associations dans les Assises est positive. Pour que le soutien se traduise dans la durée, elles doivent aussi être associées à la définition des actions et disposer de financements adaptés pour les mettre en œuvre. 

En tant que CPIE Maoré, notre rôle est de porter la parole des associations et de faciliter l’action commune avec les associations, les collectivités et les institutions.

« Mayotte peut être un territoire de solutions »

FI : On parle régulièrement de faire de Mayotte un laboratoire des solutions pour la biodiversité. Voyez-vous les mentalités, les pratiques évoluer sur le terrain ?

Latufa Msa : Mayotte peut être un territoire de solutions si l’on part des réalités locales. Cela veut dire écouter les habitants et les associations, relier les connaissances scientifiques aux expériences de terrain, puis évaluer ce qui fonctionne.

Les personnes s’engagent plus facilement lorsqu’elles comprennent l’utilité des actions, qu’elles peuvent y participer et que les institutions leur donnent des moyens concrets. Les mentalités évoluent aussi lorsque les résultats deviennent visibles et que les actions se poursuivent au-delà d’un événement ponctuel.

F.I : Sur quels projets la FMAE et ses associations membres travaillent-elles actuellement ? 

Latufa Msa : La FMAE et ses associations membres interviennent sur plusieurs volets : la préservation de la biodiversité, la restauration de milieux naturels, la sensibilisation et l’accompagnement des associations environnementales.

Nous travaillons notamment sur les mangroves, sur des espèces locales comme la couleuvre de Mayotte et les pollinisateurs, ainsi que sur la remise en état de sites touchés par les dégradations et par Chido.

Dans les prochains mois, la FMAE organisera également des rencontres associatives pour relancer les dynamiques collectives, renforcer les coopérations et donner davantage de portée aux actions menées sur le territoire.

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