Avec le développement du réseau de transport collectif de la Cadema et de M’Safara, les déplacements en bus se multiplient à Mayotte. Mais sur le terrain, un problème revient avec insistance : l’absence d’abris aux arrêts de bus. Sous un soleil souvent écrasant ou lors des fortes pluies, les usagers dénoncent des infrastructures insuffisantes qui compliquent leur quotidien.
Depuis plusieurs mois, les habitants de Mayotte sont de plus en plus nombreux à emprunter les bus de la Communauté d’agglomération Dembéni-Mamoudzou (Cadema) ou ceux du réseau M’Safara, progressivement déployés sur le territoire. Présentée comme une avancée majeure pour améliorer la mobilité, cette offre de transport séduit de nombreux usagers. Pourtant, une difficulté persiste : dans de nombreuses communes, les arrêts de bus ne disposent d’aucun abri.
Chaque matin, des dizaines de voyageurs attendent leur bus sous un soleil particulièrement intense. Étudiants, salariés, personnes âgées ou parents accompagnés de leurs enfants restent parfois de longues minutes debout, sans protection.
« Quand le bus a du retard, c’est très difficile. Il n’y a pas d’ombre et on finit par avoir très chaud. Les enfants souffrent encore plus, » témoigne Amina, habitante de Mamoudzou qui utilise quotidiennement les transports en commun.
Une attente souvent éprouvante
À Mayotte, les températures dépassent régulièrement les 30 °C, avec un fort taux d’humidité. Durant la saison des pluies, les averses tropicales rendent également l’attente particulièrement inconfortable.
Dans plusieurs quartiers de Mamoudzou, Koungou, Dembéni ou encore Tsararano, les arrêts se résument parfois à un simple panneau de signalisation planté au bord de la route. Aucun banc, aucun toit, parfois même aucun espace sécurisé pour attendre.
Pour beaucoup d’usagers, cette situation contraste avec les efforts réalisés pour moderniser le réseau de transport.
« On nous encourage à prendre le bus pour limiter les embouteillages, mais il faudrait aussi penser aux conditions dans lesquelles on attend, » regrette Soulaimana, salarié qui emprunte M’Safara tous les jours pour se rendre au travail.
Des infrastructures qui peinent à suivre
Le développement du transport collectif représente un investissement important pour les collectivités. Nouveaux véhicules, lignes restructurées, billetterie modernisée, information voyageurs : plusieurs chantiers ont été engagés afin de rendre le réseau plus attractif.
Mais les infrastructures autour des arrêts semblent avoir pris du retard.
Dans certaines zones, les abris existants sont trop peu nombreux ou ne couvrent qu’une partie des arrêts les plus fréquentés. D’autres sont vieillissants ou dégradés.
Selon plusieurs habitants, certains arrêts accueillent chaque jour des dizaines d’usagers sans disposer du moindre équipement.
Cette absence d’aménagement pose également une question d’accessibilité. Les personnes âgées, les femmes enceintes ou les personnes à mobilité réduite disposent rarement d’un banc pour s’asseoir durant l’attente.
Un enjeu de santé publique
Les professionnels de santé rappellent que l’exposition prolongée au soleil peut entraîner des risques importants : déshydratation, coups de chaleur, malaises ou aggravation de certaines pathologies.
Les enfants et les personnes âgées figurent parmi les publics les plus vulnérables.
Favoriser les transports passe aussi par le confort
Les spécialistes de la mobilité soulignent qu’un réseau de transport performant ne repose pas uniquement sur les véhicules. Les infrastructures jouent un rôle essentiel dans l’attractivité du service.
Des arrêts bien identifiés, ombragés, sécurisés et accessibles contribuent à fidéliser les usagers et à encourager davantage d’habitants à abandonner leur voiture pour les transports collectifs.
À Mayotte, où les embouteillages restent quotidiens sur plusieurs axes, notamment entre Koungou et Mamoudzou, le développement du bus constitue pourtant un levier important pour fluidifier la circulation.
Des habitants qui attendent des améliorations
Si les usagers saluent globalement l’arrivée des nouveaux réseaux de bus, beaucoup espèrent désormais que les infrastructures suivront le même rythme.
« Le service s’améliore progressivement. Les bus sont là, mais il manque encore tout ce qui permet de voyager dans de bonnes conditions, » estime Fatima, étudiante.
Plusieurs habitants proposent l’installation progressive d’abris équipés de bancs, voire de panneaux d’information indiquant les horaires en temps réel.
Pour eux, ces équipements représentent un investissement relativement modeste au regard des bénéfices pour les milliers d’usagers qui empruntent quotidiennement les transports collectifs.
Le défi dépasse la simple question du confort. Dans un département confronté à une forte croissance démographique et à des besoins croissants en matière de mobilité, les infrastructures de proximité deviennent un maillon essentiel de la réussite des transports publics.
L’amélioration du réseau passera donc non seulement par davantage de lignes ou de véhicules, mais aussi par des arrêts adaptés aux réalités climatiques de Mayotte. Car pour beaucoup d’usagers, le voyage commence bien avant la montée dans le bus, sous un soleil qui, lui, n’attend jamais.


































