Du beau monde se met en ordre de bataille pour tenter de reconquérir les terres politiques mahoraises, acquises lors des deux dernières élections présidentielles par Marine Le Pen.
« Ce n’est pas moi qui vais aller leur dire : « Vous n’êtes pas Français. » Certainement pas », affirme Jean-Luc Mélenchon, interrogé hier par un média d’Outre-mer à Paris sur ses intentions à l’égard de Mayotte et des Mahorais s’il venait à s’installer à l’Élysée.
Les grandes manœuvres ont commencé, et de manière sérieuse, en vue de l’élection présidentielle française de l’année prochaine. Sans doute en raison du demi-million d’habitants annoncé pour l’archipel de Mayotte par François Bayrou, alors Premier ministre d’Emmanuel Macron, les différents candidats ont commencé à courtiser les élus mahorais afin d’obtenir leurs parrainages.
La collecte de ce précieux sésame, sans lequel aucune candidature n’est possible, a d’ailleurs déjà débuté : timidement pour certains, à un rythme soutenu pour d’autres.
Pour Bruno Retailleau, candidat déclaré des Républicains, qui s’est offert un court séjour sur l’île lors des élections municipales de mars dernier, la tâche ne devrait pas être particulièrement difficile, compte tenu de la razzia réalisée par son camp lors de ce scrutin.
Pour Marine Le Pen — davantage que pour Jordan Bardella —, surnommée « Tata Mariame » par ses fidèles locaux, l’exercice ne devrait pas non plus être très laborieux. Elle dispose déjà d’une assise électorale non négligeable, qui s’est vérifiée par le passé et qui pourrait encore se renforcer avec l’appartenance de la députée Anchya Bamana au Rassemblement national.
Les candidats issus de la droite hors LR ne devraient pas pouvoir en dire autant, leur représentativité sur le territoire étant quasi inexistante. Les sympathies individuelles ne peuvent en effet être systématiquement répercutées au niveau des élus susceptibles de leur accorder un parrainage.
Un courant en progression, incarné par le maire de Chiconi et président de la 3CO, se réclame néanmoins d’Édouard Philippe, autre ancien occupant de Matignon durant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Il ne serait donc pas surprenant qu’il parvienne à transformer cette proximité politique en un petit contingent de signatures.
La question se pose également pour Renaissance, le camp macroniste, qui n’a guère brillé par sa bienveillance à l’égard de Mayotte et de ses habitants. Le fiasco de l’après-Chido jouera-t-il contre lui ? La réponse viendra assez rapidement.
Les communistes et les écologistes ne devraient pas, sauf surprise, bénéficier de la bienveillance des formations politiques locales, compte tenu de leurs positions, perçues comme radicalement opposées au maintien de Mayotte au sein de la République française.
« C’est probablement pour cette raison que l’on voit se multiplier, ces derniers temps, sur les réseaux sociaux, des vidéos de parlementaires de gauche qui déversent allègrement leur rejet de Mayotte et leur attachement à l’Union des Comores. Seulement, cela s’arrête là ! Ils ne franchissent pas le pas en se faisant naturaliser comoriens ni en quittant la France pour s’installer dans cet État voyou et parasite, comme dirait la députée Estelle Youssouffa », remarque une ancienne élue centriste, très récemment reconvertie au « mélenchonisme » dans le 101ᵉ département français.
Nécessité de distinguer le positionnement de Mélenchon sur Mayotte de celui de ses alliés d’extrême gauche
Elle est plus que convaincue que la prochaine élection présidentielle se jouera entre les deux extrêmes, avec Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen comme principaux protagonistes.
« Les autres ne compteront pas. Il va falloir se résoudre à choisir l’un de ces deux camps si l’on veut que la voix de Mayotte soit entendue par les prochains gouvernants à Paris », martèle-t-elle.
Selon elle, un important travail de terrain est actuellement mené à Mayotte afin d’opérer un basculement politique en faveur de La France insoumise, à travers la personnalité de son leader et l’appareil politique qu’il incarne.
« Nous avons compris que les idées défendues par Jean-Luc Mélenchon sont aujourd’hui très proches des attentes des Mahorais, même si beaucoup continuent de se méfier de La France insoumise en tant que parti. D’autres personnalités de l’extrême gauche affichent clairement leur hostilité à l’égard de Mayotte, ce qui entretient un amalgame avec Jean-Luc Mélenchon, qui, au contraire, défend notre île », précise-t-elle.
C’est dans ce contexte que s’explique la récente sortie médiatique du leader de La France insoumise sur un média ultramarin, au cours de laquelle il a multiplié les déclarations en direction de l’île aux parfums et de ses habitants.
Interrogé sur ce qu’il ferait de Mayotte en cas de victoire à l’élection présidentielle, il s’est gardé de reprendre le discours traditionnel d’une partie de la gauche française, souvent accusée d’agiter le spectre d’un rattachement de Mayotte aux Comores.
« Il y a eu un vote et une histoire. Mayotte restera française jusqu’à ce qu’elle demande autre chose. Si les Comores étaient si avenantes envers Mayotte, elles se soucieraient d’abord d’en être aimées, peut-être même d’être désirées. Ce n’est pas le cas. Que voulez-vous que je dise ? C’est la même chose pour la Corse. Vous m’imaginez arriver et dire aux gens : « Allez zou, partez aux Comores », simplement parce que la situation est inconfortable pour la France à l’ONU ? Ce ne serait pas sérieux. »
Puis il ajoute : « Ce n’est pas moi qui vais aller leur dire : « Vous n’êtes pas Français. » Certainement pas. »
Si une telle prise de position ne devait pas produire d’effet électoral à Mayotte, c’est que ses soutiens et ses communicants auraient véritablement manqué une occasion politique majeure.
Fin stratège, Jean-Luc Mélenchon s’est empressé de nuancer son propos :
« Évidemment, il faudra traiter avec l’ensemble de la région. Vous savez, les Mahorais, hommes comme femmes, doivent être pris au sérieux. L’indépendance a été refusée en 1975 grâce à une mobilisation féminine exceptionnelle, celle des célèbres Chatouilleuses, dont la méthode de lutte est unique au monde. »
Force est de reconnaître qu’il a bien appris son histoire, ce qui demeure relativement rare chez les responsables politiques nationaux lorsqu’ils évoquent Mayotte.
Aux dernières nouvelles, le camp de Dominique de Villepin n’est pas non plus en reste. Depuis Paris, une ancienne ministre de l’Outre-mer, chiraquienne de la première heure, aurait décidé de sortir de sa retraite politique afin de participer à la campagne de l’ancien Premier ministre. Elle aurait déjà contacté plusieurs maires et conseillers départementaux afin de les convaincre d’accorder leur parrainage à l’ancien secrétaire général de l’Élysée sous Jacques Chirac.
Une chose est sûre : la France est bel et bien entrée en campagne pour la succession d’Emmanuel Macron. Mayotte aussi.
Journaliste politique & économique


































