Qui aurait pu le croire ? La très frileuse diplomatie française, qui refuse de s’écraser devant l’hurlante mais lilliputienne République des Comores sur la délicate question de l’intégration de Mayotte au sein de la COI, ouvre une nouvelle page dans la relation passionnelle entre Paris et Moroni.
En attendant que la pilule réussisse à descendre laborieusement dans le gosier de la diplomatie comorienne, l’Histoire retiendra qu’une ministre française a eu le courage de tenir une position pragmatique devant tout l’océan Indien réuni sur le sol comorien. Et sans qu’il n’y ait eu mort d’homme.
Mayotte sera bien un sujet de controverse durant la présidence annuelle française de la COI en 2026-2027. Cette prise de manettes a officiellement été actée lundi matin (8 juin 2026) à Moroni, la capitale comorienne, à l’occasion de la 40e réunion des ministres des cinq États membres.
Comme s’y était engagé une semaine auparavant Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, devant l’Assemblée nationale, la question de l’intégration de Mayotte dans la Commission de l’océan Indien n’a pas été reléguée au dessert et aux petits fours. D’entrée de jeu, Éléonore Caroit, la jeune ministre déléguée à la Coopération et aux Partenariats internationaux, a annoncé la couleur dans sa prise de parole officielle : l’intégration de Mayotte serait l’un des principaux enjeux de la gouvernance française de la COI.
Étonnement réel ou simple parodie, son homologue comorien a joué au « fier-à-bras » en réaction à cette annonce aux conséquences imposantes, multiples et variées dans la politique intérieure comorienne. Posture classique de façade depuis un demi-siècle, l’Union des Comores y oppose son veto en raison de ses prétentions territoriales sur le territoire du 101e département français.
Pouvait-elle faire autrement ? Certainement pas ! Et pour cause : l’appropriation du sol mahorais (sans ses habitants) est élevée au rang de cause nationale aux Comores par les dirigeants successifs de l’archipel voisin. Les manuels scolaires et les livres d’histoire ont même été maintes fois révisés en cinquante ans pour vendre la chose aux jeunes générations post-indépendance.
Mais à côté de cette lubie irréaliste (parce que les Mahorais, premiers concernés dans cette affaire, s’opposent fermement à sa réalisation), il y a la « realpolitik », celle qui gouverne le monde en sous-terrain ou par la raison, selon les protagonistes en présence.
En effet, il convient de constater le calme avec lequel la ministre française déléguée à la Coopération a abordé ce sujet de l’intégration de Mayotte au sein de la COI depuis qu’elle a mis le pied sur le sol comorien. Les autorités de Moroni savaient donc exactement de quoi il allait être question.
D’autant plus qu’une partie non négligeable des députés français partage l’opinion exprimée, parfois avec virulence, ces derniers jours par Estelle Youssouffa et Anchya Bamana, les deux parlementaires LIOT et RN de Mayotte : « La contribution française au fonctionnement de la COI coûte beaucoup trop cher à la France pour qu’elle s’autorise le luxe de ne pas réussir à s’imposer sur la question de l’intégration de Mayotte. »
Presque un défi lancé à la diplomatie française quant à sa capacité à pouvoir encore s’imposer face à un État vassal de la superpuissance que demeure notre pays, bien que quelque peu malmenée ces dernières années sur le continent africain sous les coups de boutoir de la Russie poutinienne.
Une fois le coup encaissé…
Une fois le coup encaissé, les Comores s’avoueront-elles vaincues ou est-ce le début d’un nouveau poker menteur entre Paris et Moroni ?
Sous son allure de jeune initiée, Éléonore Caroit, ministre de la Coopération et des Partenariats internationaux, est restée droite dans ses souliers, arborant un air décontracté et insouciant, comme sûre d’une partition qui se joue ailleurs, dans le secret des alcôves, hors du champ public et des caméras de la presse.
Elle explique que, pour de multiples raisons, notamment sanitaires avec l’épidémie d’Ebola, les Comores et les autres composantes de la COI ne peuvent plus continuer à ignorer Mayotte, car celle-ci détient elle aussi une partie des clés du système. Elle a appelé cela « la diplomatie pragmatique ».
Un langage de vérité qui a laissé sur leur faim les faucons de la politique comorienne, lesquels n’ont guère trouvé grand-chose à opposer à leur visiteuse durant ces trois jours. Le même jour, elle a repris l’avion pour Paris après une ultime rencontre furtive avec Azali Assoumani, que l’on dit sérieusement souffrant ces temps-ci.
Les Comores vont-elles pour autant s’avouer vaincues dans ce dossier ? Pas si sûr, en tout cas en matière de gesticulations extérieures.
Dans les trois îles (et la blogosphère), la vox populi rumine encore sa colère d’avoir été traitée d’« État voyou et parasite » par Estelle Youssouffa en guise de défi adressé à Jean-Noël Barrot.
De là à ce que les partisans d’une participation mahoraise aux Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI), programmés pour se tenir l’année prochaine dans l’Union des Comores, s’imaginent qu’ils seront accueillis à bras ouverts et sous des accolades fraternelles à Moroni, il y a un grand fleuve non tranquille à traverser, qui n’est certainement pas le Litani séparant le Liban d’Israël.
Les Mahorais qui choisiront d’aller pavoiser lors de ces Jeux devront s’attendre à une vive réaction du public comorien et aux manipulations du fameux « Comité Maoré » du très largué Idrisse Mohamed.
L’Histoire a décidé de nous offrir une nouvelle page et des notes supplémentaires. Seront-elles marquées par des formes gracieuses et joyeuses ou par une amertume sans nom ? Seuls celles et ceux qui les liront pourront en parler prochainement.
L’humiliation est une porte ouverte à toutes les incertitudes et aux gestes irréfléchis.
Journaliste politique & économique


































