Béatrice Bellay à l’assemblée : “Mayotte est française, mais ce mariage choisi a un goût amer”

De retour d’une mission parlementaire à Mayotte, la députée socialiste Béatrice Bellay a interpellé, ce mardi 9 juin, la ministre des Outre-mer sur la crise de l’eau, l’insécurité, l’immigration et la reconstruction post-Chido. Naïma Moutchou a défendu l’action de l’État, assurant que les calendriers étaient “tenus”.

Mayotte est revenue au cœur des débats nationaux, ce mardi 9 juin, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. La députée socialiste de Martinique Béatrice Bellay, tout juste rentrée d’une mission d’information parlementaire de la délégation aux Outre-mer, a livré une intervention sévère sur la situation du 101e département.

Mayotte est française, les Mahoraises et les Mahorais ont choisi la France. Mais ce mariage choisi a un goût amer”, a lancé la parlementaire, estimant que les habitants de l’île ont le sentiment que “la République les regarde de loin, de haut”. Pour la députée, l’égalité républicaine semble encore « s’arrêter aux rivages » de l’île.

La députée a d’abord pointé la pression démographique. Mayotte compte officiellement plus de 300 000 habitants, mais le débat sur la population réelle reste récurrent dans l’île. Pour Béatrice Bellay, cette incertitude pèse directement sur le dimensionnement des services publics : eau, soins, école, logement, sécurité. “Il n’y a pas d’eau au robinet”, a-t-elle insisté, évoquant les coupures régulières qui continuent de rythmer la vie quotidienne.

La question de la vie chère a également été soulevée à travers un exemple très concret : le prix de l’eau en bouteille. La députée a dénoncé le fait qu’une petite bouteille de 33 centilitres puisse être vendue 0,80 euro alors que, dans le même temps, l’État ne garantit pas un accès continu à l’eau potable à ses concitoyens mahorais.

Au-delà de la crise sociale, Béatrice Bellay a insisté sur la crise sécuritaire. Elle a décrit des habitants confrontés aux violences, aux cambriolages et aux bandes organisées, reprenant les alertes répétées des élus locaux sur une situation devenue “insoutenable”. Mais elle a aussi lié cette insécurité à la pression migratoire, “exceptionnelle” selon ses mots, que Mayotte supporte “seule”.

La députée a toutefois pris soin de replacer cette question dans un cadre régional et humanitaire. Selon elle, la situation mahoraise résulte aussi de “l’incapacité de l’État à construire une réponse durable et humaine dans son environnement régional”. Elle a notamment interrogé le gouvernement sur le maintien de visas territorialisés, en particulier pour des ressortissants de la République démocratique du Congo, alors que ce pays connaît une nouvelle flambée d’Ebola.

Face à cette charge, Naïma Moutchou n’a pas contesté les difficultés. “Elles sont réelles”, a reconnu la ministre des Outre-mer, évoquant à son tour une pression migratoire “hors normes”, les tensions sur les services publics et les difficultés d’accès à l’eau. Mais elle a rejeté l’accusation d’abandon de l’État.

Vous en tirez un procès en abandon de l’État. Moi, j’y vois l’obligation d’accélérer ce que nous faisons sur le terrain”, a répondu la ministre. Elle a rappelé que 800 millions d’euros avaient été “sanctuarisés” cette année pour la reconstruction de Mayotte, c’est-à-dire fléchés spécifiquement vers des projets mahorais.

Naïma Moutchou a également cité plusieurs chantiers structurants : l’accompagnement des collectivités, la création de l’Établissement public de reconstruction et de développement de Mayotte (EPRD Mayotte) pour aider les maires, notamment dans la construction d’écoles, le futur aéroport de Bouyouni ou encore l’usine de dessalement d’Ironi Bé. “Les calendriers sont tenus”, a-t-elle affirmé.

Mais la ministre a aussi reconnu que la reconstruction ne pouvait pas se faire “en quelques mois”. Selon elle, la question n’est pas seulement celle de l’action de l’État, mais celle de “l’action collective”. Elle a appelé les collectivités, les élus et les parlementaires à être “au rendez-vous” dans les prochaines semaines, notamment sur les choix budgétaires, financiers et migratoires.

Il y aura des décisions difficiles à prendre en matière de gestion des flux migratoires”, a prévenu Naïma Moutchou, renvoyant les députés à leurs responsabilités lors des futurs débats parlementaires. Une manière de déplacer le débat : de la dénonciation de l’abandon vers la question des votes à venir.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS
Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une