Deux journalistes de La Gazette des Comores dans le viseur de la justice

Toufé Maecha, secrétaire de rédaction du journal, a été arrêté lundi, tout comme son patron, El-had Saïd Omar, avant que ce dernier ne soit relâché. On leur reproche la publication d’articles liés à l’état de santé de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi, principal opposant à Azali Assoumani.

C’est un fait inédit dans l’histoire récente de la presse comorienne. À la suite d’une série d’articles publiés par son journal, le directeur de publication du quotidien La Gazette des Comores, El-had Saïd Omar, a été arrêté sans convocation, lundi, par des éléments de la gendarmerie, selon des proches.

Parallèlement, un journaliste de ce même média indépendant, plus particulièrement son secrétaire de rédaction, Toufé Maecha, a également été interpellé vers 19 heures à son domicile puis placé en détention. Les deux journalistes ont passé la nuit en garde à vue, sans qu’aucun motif officiel ne soit avancé.

Le Syndicat des journalistes comoriens a tenté d’en savoir davantage, sans succès. Le parquet de la République a même refusé de recevoir une délégation du Conseil national de la presse et de l’audiovisuel.

Mais, hier après-midi, on a appris que les deux journalistes avaient été arrêtés à cause d’articles publiés ces derniers temps par le quotidien indépendant.

« Le parquet de la République informe l’opinion publique que, durant la période allant de mai à juin, des publications diffusées par le journaliste Toufé Maecha lui ont été portées à sa connaissance. Ces publications étant susceptibles de troubler l’ordre public et de porter atteinte à la paix sociale, le parquet, dans le cadre de sa mission de préservation de l’ordre public et de veille au respect de la loi, a ouvert une information judiciaire afin de faire toute la lumière sur les faits dénoncés », a déclaré, hier après-midi, dans une courte vidéo, la procureure de la République, Saidatte Fatuma.

On a appris que ces arrestations étaient liées au dernier article publié à la une, le 8 mai, dans les colonnes de La Gazette des Comores, lequel révélait la maladie dont souffre l’ex-président Ahmed Abdallah Sambi, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 2022.

Le directeur de publication, El-had Saïd Omar, qui a confirmé ces informations, a pu regagner son domicile hier après plus de quinze heures de détention, mais devra retourner ce mercredi devant les enquêteurs pour un nouvel interrogatoire.

Santé de Sambi

Toutefois, le journaliste Toufé Maecha est maintenu en détention dans l’attente d’une éventuelle inculpation ou d’une remise en liberté.

L’état de santé de l’ancien dirigeant Sambi, âgé de 68 ans, fait couler beaucoup d’encre dans l’archipel. Dans un communiqué publié le 27 mai, le procureur général, Ahamada Hamidou, avait affirmé que l’ancien président se trouvait dans un état stable.

« Le parquet tient également à préciser que son médecin traitant assure un suivi rapproché de son état de santé et demeure attentif à l’évolution de sa situation sanitaire. Dans ce cadre, une batterie d’analyses médicales ainsi que des examens radiographiques ont été effectués à la demande de l’équipe médicale conduite par son médecin traitant », avait assuré le chef du parquet dans une déclaration écrite transmise à certains journalistes.

Toutefois, des examens complémentaires ont été réalisés la semaine dernière, notamment des scanners et d’autres analyses. Les conclusions finales n’ont pas été rendues publiques officiellement, mais le quotidien indépendant La Gazette des Comores, très bien renseigné dans ce dossier, affirme avoir eu accès aux résultats.

Le journal a révélé que l’ancien chef de l’État (2006-2011) souffrirait d’une ischémie cardiaque. À la suite de ce diagnostic, l’équipe médicale mandatée par le parquet général aurait recommandé la réalisation d’une coronarographie, un examen indisponible aux Comores.

Ces révélations, faites par le journaliste Toufé Maecha, qui collabore également depuis peu au site Africa Intelligence, ont suscité l’ire de l’appareil judiciaire.

Pourtant, depuis une semaine, plusieurs personnalités politiques appellent le chef de l’État, Azali Assoumani, à permettre à son éternel opposant de partir se faire soigner à l’étranger.

Pas de convocation

Le 26 mai, un courrier rédigé par six anciens Premiers ministres de l’Union des Comores, dont l’actuel ambassadeur à Madagascar, Caabi El-Yachroutu, a été rendu public.

Dans cette lettre, les signataires exhortent le président de la République à user de son pouvoir discrétionnaire pour accorder une mesure de clémence à Ahmed Abdallah Sambi afin de lui permettre de partir se soigner.

Le 3 juin, d’anciens dignitaires, parmi lesquels l’ancien président Ikililou Dhoinine, ont également saisi Azali Assoumani. Parmi les auteurs de cette correspondance figuraient d’anciens présidents de la Cour constitutionnelle, d’anciens présidents de l’Assemblée nationale, ainsi que plusieurs autres personnalités.

Leur démarche se voulait avant tout humanitaire.

« Sa libération ne serait ni l’effacement du passé ni la négation des institutions. Elle serait un geste de sagesse, de compassion et de confiance dans la capacité de notre peuple à avancer ensemble. Elle contribuerait à apaiser les tensions, à réduire les fractures qui traversent notre société et à consolider la paix civile, ce bien précieux sans lequel aucune œuvre durable ne peut être accomplie », ont estimé les anciens dignitaires.

Leur initiative a ensuite été soutenue par 35 anciens députés de la Nation, signataires d’un autre courrier en faveur du président d’honneur du parti Juwa.

Dans une déclaration faite devant les médias ce mardi, le président du Syndicat des journalistes comoriens, Chamsoudine Saïd Mhadji, a réclamé la fin des intimidations et demandé la libération des deux journalistes arrêtés sans convocation préalable.

Jusqu’à mardi soir, le syndicat n’avait toujours pas été autorisé à rendre visite à son confrère maintenu en détention.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS

Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
, 1er journal des ?? / @Reuters @el_Pais @mayottehebdo ??

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une