À l’heure où les jeunes sont exposés quotidiennement à un flot d’informations sur les réseaux sociaux, l’éducation aux médias devient essentielle. À Mayotte, l’association L’Effet Pelapelaka intervient dans les établissements scolaires pour apprendre aux élèves à décrypter l’information, vérifier les sources et développer leur esprit critique.
Créer des espaces d’expression et transmettre des clés de lecture du monde : telle est la mission de l’association L’Effet Pelapelaka. Ce mardi 9 juin, l’association est intervenue auprès des élèves de CM2 de l’école élémentaire Madi Halidi, à Cavani, dans le cadre d’un atelier d’éducation aux médias et à l’information.
Depuis quatre ans, la présidente de l’association, Abby Said Adinani, sillonne les communes de Mayotte avec un objectif clair : vulgariser les médias et rendre l’information accessible aux plus jeunes. Grâce à une résidence menée en partenariat avec la Direction des affaires culturelles et le rectorat de Mayotte, plus de 1 000 jeunes ont déjà été sensibilisés sur l’ensemble du territoire.
Au cours de ces ateliers, les élèves reviennent aux fondamentaux du journalisme et de l’information. Qu’est-ce qu’une source ? Comment est construite la « une » d’un journal ? Quel est le rôle d’une association ou d’un média dans la société ? Autant de questions qui permettent aux jeunes de mieux comprendre le monde de l’information qui les entoure.
Apprendre à distinguer le vrai du faux
Cette intervention s’inscrit souvent dans le cadre de projets d’éducation aux médias déjà portés par les établissements scolaires. L’enjeu est particulièrement important à Mayotte, où une grande partie des enfants possède aujourd’hui un téléphone portable ou une tablette. Les élèves apprennent ainsi à distinguer une information fiable d’une fausse information et à développer leur esprit critique face aux contenus qu’ils rencontrent sur les réseaux sociaux.
« J’ai vu Macron qui danse », lance un élève pendant l’atelier, illustrant les nombreuses vidéos virales auxquelles les jeunes sont exposés quotidiennement. Ces exemples servent de point de départ pour expliquer les mécanismes de manipulation des images et l’importance de vérifier les sources.
Pour Abby Said Adinani, l’objectif est avant tout citoyen : « La mission de l’association est de développer l’esprit critique, d’aider les jeunes à accéder à l’information et de démocratiser les notions liées aux médias et au journalisme. Plus on est informé, plus on peut exercer pleinement son rôle de citoyen. »
Les ateliers rencontrent un réel écho auprès des élèves. Hanib, 11 ans, originaire de Mtsapéré, témoigne : « C’était bien parce qu’on comprend le métier et j’aimerais bien le faire plus tard. Ce qui m’attire, c’est parler aux gens. Tout m’a marqué. »
Pour les enseignants, ces interventions ouvrent également de nouvelles perspectives. Ilham Assiandi observe que certains élèves envisagent désormais de créer un journal scolaire régulier. « S’il y en a un ou deux qui découvrent une vocation grâce à ces ateliers, cela les aide à se projeter et à comprendre les bases ainsi que le fonctionnement du métier. »
Elle souligne également l’impact concret de l’association dans les établissements : « Il y a des élèves qui ignoraient ce qu’était le journalisme. Aujourd’hui, la présence de l’association permet véritablement de découvrir le métier, de comprendre comment chercher l’information et comment la traiter. »
Former les citoyens de demain
Dans un territoire jeune comme Mayotte, où plus de la moitié de la population a moins de vingt ans, l’enjeu est majeur. L’Effet Pelapelaka propose ainsi des ateliers adaptés à tous les publics, de la maternelle au lycée, mais aussi en dehors du cadre scolaire. Chaque intervention alterne apports théoriques, exercices pratiques et discussions collectives. Les participants peuvent être amenés à produire un article, un podcast, une affiche, une fresque ou encore la « une » d’un journal.
L’objectif est de faire des jeunes des acteurs de leur propre récit plutôt que de simples consommateurs d’informations. Les ateliers, conçus pour s’adapter aux réalités de chaque établissement, durent idéalement au moins deux heures et se concluent généralement par une restitution valorisant le travail des participants.
Les résultats observés confirment l’intérêt de cette démarche. Selon le rapport d’activité de l’association, à l’issue des interventions, 64 % des élèves estiment mieux comprendre la différence entre les faits et les opinions. Ils sont également 60 % à déclarer avoir amélioré leur expression orale et écrite, tandis que 48 % se sentent davantage capables d’analyser les informations. Enfin, 30 % affirment être mieux informés sur l’actualité et 22 % se sentent plus aptes à rechercher des informations fiables.
Des chiffres qui témoignent de l’importance de l’éducation aux médias dans un contexte où les jeunes sont quotidiennement confrontés à un flux continu d’informations. À travers ses ateliers, L’Effet Pelapelaka contribue ainsi à former les citoyens éclairés de demain.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.


































