M.B, ancienne étudiante de master MEEF, injustement licenciée en décembre 2025 suite à une erreur de calcul sur sa moyenne générale, souhaite témoigner de « graves irrégularités » au sein de la formation des enseignants du premier degré à Mayotte, aboutissant selon elle à des titularisations « à la tête du client » et non en fonction du niveau réel des stagiaires.
Les témoignages dénonçant les irrégularités au sein de l’Université de Mayotte se multiplient. Harcèlement, pression psychologique et même usage de faux documents, tous les moyens sont visiblement bons pour la direction de l’Université, d’après plusieurs sources concordantes, pour évincer certains aspirants enseignants du premier degré à Mayotte sur des critères très éloignés de leur véritable compétence pédagogique. Tout ceci n’a pas encore été prouvé par la Justice, mais plusieurs plaintes en ce sens ont été déposées au tribunal administratif et même au pénal. M.B, l’une des plaignantes, ancienne stagiaire de master MEEF, a accepté de nous raconter son histoire.
Tout avait pourtant bien commencé pour elle. Admise au concours de professeur des Ecoles en 2022, elle effectue sa première année de master MEEF sans difficulté. C’est toutefois au cours de la deuxième année que les choses se compliquent. Affectée en binôme lors d’un stage dans une école du nord de l’île, elle est rapidement choquée par le niveau très insuffisant de sa binôme : « Les affichages dans la classe étaient bourrées de fautes d’orthographe et les élèves recopiaient donc ces erreurs dans leurs cahiers », explique-t-elle. « En outre, ces derniers m’ont rapporté des faits de violence physique pour « maintenir la discipline » », poursuit-elle. Croyant agir dans l’intérêt des élèves, elle signale ces faits à ses formateurs. « A partir de là je suis devenue en quelque sorte « la bête à abattre » », déclare-t-elle.
Pression psychologique et documents « trafiqués »
Après ce « malheureux » signalement, les formateurs lui ont en quelque sorte « mené la vie dure » alors même qu’elle faisant partie des meilleurs éléments de sa promotion l’année passée. «On m’a infligé 12 visites de classes alors que seulement 4 sont normalement prévues, j’ai été obligée de suivre des « cours de soutien » en visio une à deux fois par semaine, parfois le week-end, souvent tard le soir et on m’envoyait des mails me sommant de modifier mon travail à 23h ou minuit pour le lendemain matin, ce qui fait que je me réveillais complètement paniquée toutes les nuits », raconte l’ancienne stagiaire. A tout ceci sont venues s’ajouter des notes en dessous de la moyenne dont elle n’a jamais obtenu la moindre explication, malgré ses demandes répétées.
Devant le refus de l’Université de lui montrer les rapports expliquant ses notes, elle finit par saisir la CADA et découvre alors avec stupeur, en analysant les métadonnées des documents, que ces derniers ont été modifiés en sa défaveur par un membre de la Direction, bien après la date officielle de l’évaluation. C’est à ce moment-là qu’elle a décidé de porter plainte pour « faux et usage de faux » auprès du tribunal administratif. En parallèle, elle a été la cible de propos psychologiquement violents tels que « vous êtes condescendante, jamais je ne vous titularisai » ou encore « votre déontologie n’est pas compatible avec celle d’une professeure des Ecoles », phrases parfois assenées avec des « coups de poing » sur la table. Des méthodes qui se rapprochent davantage de l’intimidation que de conseils pédagogiques légitimement prodigués à une aspirante enseignante. Elle a donc décidé de porter également plainte au pénal pour «harcèlement ».
La « descente aux enfers » de M.B a connu son point d’orgue lors du calcul de sa moyenne générale pour l’obtention de son diplôme. Une erreur sur l’application d’un coefficient l’a fait passer en-dessous de la moyenne alors qu’elle aurait été au-dessus avec le bon coefficient. Certes, M.B n’était pas la seule envers qui cette erreur a été commise, mais cela été néanmoins la seule pour qui cette erreur de coefficient a réellement conditionné l’obtention de son diplôme la faisant passer de 9,75 à 10,05 de moyenne générale. Malgré plusieurs signalements de cette erreur auprès de la direction, sa moyenne n’a jamais été recalculée et elle a donc été radiée de la formation en décembre 2025 pour « non- obtention du diplôme ». « On m’a volé mon diplôme », résume-t-elle avec amertume.
M.B souhaite que « justice soit faite »
Suite à ces années éprouvantes, M.B a décidé de quitter Mayotte alors même que son mari et elle avaient décidé de s’y installer sur le long terme. « C’était un véritable choix de vie, j’ai adoré l’île et j’ai été extrêmement déçue et choquée par les pratiques qui y ont cours », explique-t-elle. « Même si pour moi c’est trop tard aujourd’hui, je souhaite néanmoins que l’Université me délivre mon diplôme acquis de droit et j’espère que ce témoignage permettra de dénoncer les pratiques au sein de l’Université de Mayotte où la titularisation des enseignants du premier degré semble moins relever de leur véritable niveau que de leur capacité à « plaire ou non » à la direction », conclut M.B qui a, depuis, réussi à rebondir professionnellement dans l’hexagone, toujours dans l’enseignement qui est sa passion.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.



































