Cinq millions d’euros de marché attribués à des entreprises sans autorisation du conseil municipal, cinq millions d’euros des subventions octroyés par le département qui n’ont jamais été utilisés, et bien d’autres bizarreries comptables encore. Mirhane Ousséni, le nouveau maire de Bouéni se confit à Flash Info.
Il prévoit une réunion dimanche prochain avec ses administrés pour les informer de la situation chaotique dont il hérite et qui impactera indéniablement le rythme de la feuille de route qu’il s’est fixée pour sa mandature. A quelques jours du passage du préfet Frédéric Poisot dans sa localité, il tire la sonnette d’alarme car trop d’anomalies sont constatées dans la gestion communale. Un audit serait même en préparation.
Flash Info : Deux mois depuis votre installation, comment imaginez-vous l’avenir des habitants de votre commune ?
Mirhane Ousséni : Depuis notre prise de fonctions, mon équipe et moi, essayons de dresser un état des lieux pour voir ce que nous ont laissé nos prédécesseurs. A ce jour, nous avons une situation budgétaire équilibrée en apparence, je dis bien en apparence puisqu’il nous a fallu voter ce budget en urgence avant la date du 30 avril 2026. Nous avons donc voté en faveur d’un budget excédentaire d’un million d’euros. Sauf que dans la réalité, nous nous retrouvons avec plus de 5 millions d’euros de subventions caduques et 5 millions d’euros de marché attribués à des entreprises alors qu’il n’y avait aucun financement programmé. Par conséquent, nous allons démarrer cette mandature avec 10 millions d’euros manquants.
F.I : Ce ci étant donc dit, comment envisagez réussir à mettre en œuvre le programme soumis à votre électorat ?
M.O : Après concertation avec mon équipe, nous avons décidé de mettre entre parenthèse la vision que nous ambitionnons de porter pour la commune de Bouéni. C’est toute une année, 2026, qui va souffrir de la situation que nous a laissé l’équipe municipale sortante. En effet, nous faisons face à énormément d’urgence, notamment les écoles, on nous demande d’en fermer quelques unes, parce que rien a été fait en matière de sécurisation après le passage du cyclone Chido. L’éclairage public est une autre urgence dont il faut nous occuper, pareil pour la dégradation des routes. Tout cela était pas opérationnel lorsque nous sommes arrivés aux affaires à Bouéni. Je précise que Chido n’est pas le seul élément justificatif de cette situation, il y avait du laisser-aller antérieur au cyclone. Donc, en termes d’urgence, il nous faut rendre opérationnel toutes les écoles, rendre les routes praticables, l’éclairage étant déjà résolu dans l’ensemble de la commune. Nous allons aussi nous consacrer à la remise en état des équipements sportifs qui ont été délaissés pendant 6 ans. Qui passe à Bouéni en ce moment constatera un grand ouvrage laissé à l’abandon depuis plus d’un an, dégradé à l’intérieur par un manque d’entretien et à l’extérieur par les effets du cyclone Chido. Un rapport récent de la Chambre Régionale des Comptes explique que dans son état actuel, cet ouvrage a déjà coûté le double de sa valeur initialement arrêté. L’essentiel des opérations en question relève de l’exercice de l’ancien maire Mouslim Abdourahamane. Des terrains de football sont laissés dans un état désastreux depuis une douzaine d’années, alors que notre jeunesse a besoin de s’épanouir dans la pratique de discipline sportive.
F.I : Comment pensez-vous pouvoir avancer malgré ce gros handicap financier qui se présente ? Quelles sont vos réelles perspectives de gestion pour les années à venir ?
M.O : Déjà, je suis allé au devant du département pour négocier les subventions caduques qu’il avait octroyé précédemment. J’ai également rencontré les services de l’État, je recevrai le préfet Frédéric Poisot le 12 mai 2026 à Bouéni et je compte le sensibiliser fortement sur toutes ces urgences que j’ai mis en exergue. J’ai bonne espoir de récupérer les subventions jadis accordées par le département pour relancer les écoles. Sachez que si elles sont devenues caduques c’est uniquement parce que la commune n’a rien fait dans ce domaine durant 5 ans. Elles sont versées lorsque les opérations sont partiellement avancées et soldées une fois les travaux achevés. Ces subventions n’ayant pas été utilisées, les écoles sont pour la plupart inutilisables et même pour celles qui pourraient encore prétendre à ce type de financement elles ne peuvent pas été réalisé parce que les subventions s’avèrent insuffisantes. Je prends un exemple concret, le réfectoire de Hagnoundrou. J’ai retrouvé 700.000 euros inscrits sur cette opération au moment où le marché a été lancé, mais à l’ouverture des enveloppes, nous nous sommes retrouvés avec une moyenne de 2 millions d’euros. Donc, pour lancer les opérations je dispose à peine d’un tiers du montant nécessaire. Vous comprendrez que face à cette situation, nous sommes contraints de revoir toutes nos prévisions et nous rapprocher de nos financeurs. A supposer que les subventions caduques du département soient prolongées, il va falloir négocier un réajustement sans quoi les opérations ne pourront jamais être menées à leur terme. Pour vous donner une illustration de ce que je dis là, je vous parlerai d’une école à Bambo-Ouest dont l’usage repose entièrement sur des étais qui soutiennent actuellement la charpente. Autrement, la toiture pourrait tomber sur la tête de nos enfants. La commission de sécurité exige qu’elle soit fermée, sauf que la commune n’a nul part pour accueillir ces écoliers et leur dispenser des cours. Mes prédécesseurs ne se sont même pas donné la peine de solliciter les aides de l’État alors que cette école a été détruite par le cyclone Chido. Au moment où je vous parle, l’école doit être entièrement réaménagée alors qu’il y a zéro euros dans nos caisses. C’est une course contre la montre qui s’engage en direction du préfet parce que non seulement je dois négocier ce financement mais également faire en sorte que les travaux puissent être réalisés durant les vacances de cet été afin que l’établissement puisse rouvrir à la rentrée de septembre prochain. Il en est de même à Bouéni dans notre principale école primaire.
F.I : C’est un tableau apocalyptique que vous nous présentez là Monsieur le Maire ?
M.O : Comment réagirez-vous alors si je vous disais que la situation est identique sur l’ensemble des quelques opérations qui ont été conduites à Bouéni au cours des 5 dernières années, Dieu sait que leur nombre n’est absolument pas élévé ? Vous enlevez le plateau couvert, il n’y a plus rien ! La commune a vécu dans une totale léthargie durant 12 ans. Là, mon équipe va devoir tout refaire, les clôtures, les éclairages, absolument tout. Je ferai remarquer au passage que c’est moi qui m’était battu pour faire financer la plupart de ces équipements lorsque j’étais conseiller départemental du canton de Bouéni de 2008 à 2015. Je les retrouve aujourd’hui dans le même état où ils étaient avant mon élection. Vous pouvez le voir, il y a trop d’urgence qui nous oblige à mettre de côté les ambitions que nous avions pour 2026/2027. Nous devons nous soucier d’offrir un minimum vital à la population avant de penser à nos projets.
F.I : Avez-vous envisagé d’informer les habitants de votre commune sur cette situation en dehors d’une communication par voie de presse ?
M.O : Oui en effet, je prévois de réunir la population le dimanche 07 juin 2026 à 16h dans les locaux de la mairie pour lui présenter cette situation. C’est une invitation qui s’adresse à chaque citoyen désireux de se tenir informé de l’état des finances communales et de l’impact qu’il va avoir sur la nouvelle mandature qui démarre. Je leur expliquerai également comment je pense opérer pour redresser la pente puisqu’il faut trouver une solution quoi qu’il en soit. Par exemple, s’agissant des 5 millions d’euros de marché attribués à des entreprises sans qu’il y ait des financements, j’ai saisi un cabinet d’avocats qui va regarder comment faire, autrement je serai obligé de les bloquer, tout en sachant que des pénalités sont susceptibles de nous être infligées. Je précise ici que ces 5 millions concernent bien des travaux lancés sans l’existence d’un moindre financement. L’équipe sortante a autorisé que des travaux soient engagés sans qu’il y ait une inscription sur les comptes communales. Et, c’est tout le fond du problème car il y a défaut de fond juridique, le maire n’ayant pas dans ses prérogatives le pouvoir d’engager ces sommes de cette manière, sans inscription budgétaire ni délibération l’autorisant.
F.I: La tradition mahoraise rejette la délation, ne craignez-vous pas une réaction négative de vos administrés en choisissant d’opérer comme vous venez de le faire ?
M.O : Non pas du tout. Je vais ici être très clair, il ne s’agit nullement de dénoncer qui que ce soit mais de présenter la situation des finances dont nous héritons mon équipe et moi. Imaginez une seule fois que je laisse ces entreprises poursuivre les travaux engagés à hauteur de 5 millions d’euros. Comment vais-je les payer au moment de leur réception ? Je me retrouverai dans l’obligation de placer la commune dans énormément de difficultés. Pour votre information, nos prédécesseurs arrivaient à peine à dépenser 2 à 3 millions d’euros en investissement par an au cours des 3 dernières années de leur mandature. Actuellement, aucun chantier n’est en cours dans la commune, tout doit être repris à zéro. Je ne peux donc pas sciemment fermer les yeux sur ces marchés là sous peine de mettre ma commune en difficulté et par ricochet tuer les entreprises concernées. Nous attendons un avis juridique pour savoir si l’ancien maire avait le pouvoir d’engager ces travaux en l’espèce. Ce constat que je dresse relève d’une saisine de ma part de nos services financiers, nous attendons l’appui de l’Agence Française de Développement (AFD), pour réaliser un audit sur les finances, la gestion générale de la commune, RH, administratif et autres car j’estime qu’il y a beaucoup trop de domaines à remettre à niveau.
Journaliste politique & économique


































