L’Assemblée s’oppose à tout nouveau camp de migrants et réclame le démantèlement de Tsoundzou 2

Réunie en séance plénière dans l’hémicycle Younoussa Bamana, l’Assemblée de Mayotte a adopté à l’unanimité une motion s’opposant à tout projet de création d’un dispositif d’accueil collectif de migrants sur le territoire. Cette prise de position intervient alors que l’hypothèse d’un nouveau centre, évoquée par l’ancien préfet comme par l’actuel représentant de l’État, cristallise les tensions autour du camp de Tsoundzou 2, où seraient aujourd’hui regroupées environ 1 200 personnes, selon les éléments rapportés en séance.

La plénière du 26 mai, convoquée par le président de l’Assemblée de Mayotte Ben Issa Ousseni, portait sur plusieurs dossiers structurants, dont le patrimoine, les finances, le port de commerce et la fibre optique. Mais la question migratoire s’est imposée comme l’un des sujets centraux de la matinée.

Devant les élus, Ben Issa Ousseni a indiqué avoir porté à Paris, lors de rencontres à Matignon, à l’Élysée, au ministère des Outre-mer, à Bercy et en visioconférence avec le ministère de l’Intérieur, une demande claire : le démantèlement du camp de Tsoundzou 2 et le rapatriement des personnes qui n’auraient pas vocation à rester à Mayotte. Selon lui, “plus de la moitié” des échanges avec le gouvernement ont porté sur ce camp.

Le président de l’Assemblée a également affirmé que le ministre de l’Intérieur prépare une visite prochaine à Mayotte, sans qu’une date ne soit encore communiquée. Cette visite est attendue par les élus, qui disent attendre des réponses concrètes de l’État sur la gestion du camp, le contrôle des flux migratoires et le renforcement de la sécurité autour de Tsoundzou 2.

Au cœur de la motion adoptée figure une opposition nette à la création d’un nouveau centre d’accueil à Mayotte. Pour les élus départementaux, un tel dispositif risquerait de produire un “appel d’air”. Ben Issa Ousseni a rappelé l’expérience du stade de Cavani, où le nombre de personnes présentes avait rapidement augmenté. “Tous les élus du territoire sont opposés à une construction d’un centre ici à Mayotte”, a-t-il insisté.

Le conseiller départemental Soula Saïd Issouf a défendu une motion qu’il présente comme “de responsabilité”, “d’engagement” et “de dignité”. Selon lui, les Mahorais expriment une colère croissante face à la situation migratoire, dans la rue comme sur les réseaux sociaux. Le texte demande notamment que les demandes d’asile puissent être étudiées directement dans les ambassades françaises des pays concernés ou voisins, afin d’éviter que des personnes prennent la mer au péril de leur vie pour rejoindre Mayotte.

Les élus souhaitent également que la France étudie la conclusion de conventions avec des pays de la région, comme Madagascar ou le Kenya, afin d’accueillir des personnes déboutées de l’asile ou du séjour. L’objectif avancé est de rendre effectives les reconduites, souvent bloquées faute de laissez-passer consulaires.

La motion ne remet pas en cause, selon ses défenseurs, le droit international ni le principe du droit d’asile : “Il s’agit de penser d’abord à la vie des personnes humaines qui se mettent en danger”, a défendu Soula Saïd Issouf.

L’OFPRA est également au centre des attentes. Ben Issa Ousseni a indiqué que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides était déjà descendu à Mayotte ou devait y intervenir rapidement pour commencer l’examen des dossiers. Mais les élus réclament une présence durable, voire pérenne, afin de traiter rapidement le “stock de dossiers” et de “trancher les situations administratives”.

Enfin, l’Assemblée demande le renforcement du contrôle des frontières maritimes et la mise en place effective du “rideau de fer” annoncé pour empêcher les arrivées sur le territoire. Ben Issa Ousseni a estimé que les contrôles devraient pouvoir intervenir plus loin, notamment avant l’entrée dans les eaux mahoraises, tout en reconnaissant ne pas maîtriser la faisabilité juridique d’un tel dispositif.

Par ce vote unanime, l’Assemblée de Mayotte entend adresser un message politique sans ambiguïté à l’État : le territoire refuse l’installation durable de structures collectives d’accueil de migrants et demande une réponse nationale rapide sur Tsoundzou 2, l’asile, les reconduites et la sécurisation des frontières.

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