Le nouveau directeur territorial de la Police nationale, William Lliso, a pris ses fonctions le 22 avril 2026. Après avoir passé deux ans en Martinique en tant que directeur adjoint de la Police nationale, il a choisi le territoire de Mayotte pour se confronter aux défis particuliers du 101e département français. Il a accepté de nous parler de ses projets lors d’une interview.
Flash Info : Vous avez été muté à Mayotte en avril dernier. Était-ce un choix de votre part de venir travailler sur ce territoire réputé « difficile » ?
William Lliso : Absolument, c’est moi qui ai demandé Mayotte. Nous étions six sur la « short list » et j’ai eu la chance d’être choisi, certainement en partie parce que j’avais déjà une expérience en Martinique en tant que directeur adjoint. J’ai également une certaine expérience dans le domaine de l’ordre public. Depuis que mes enfants sont grands, j’ai voulu travailler outre-mer afin de me confronter à d’autres types de territoires. Je suis conscient que Mayotte est un territoire réputé « difficile », mais cela constitue aussi un défi auquel j’ai eu envie de me confronter.
F.I. : Comment comptez-vous lutter contre la délinquance et l’insécurité qui font rage à Mayotte ?
W.L. : Je sais que le territoire doit faire face à une violence urbaine régulière et que les jeunes ont pris la mauvaise habitude de s’attaquer fréquemment aux forces de l’ordre et aux habitants. Dire que je vais « éradiquer l’insécurité sur le territoire » serait évidemment utopique, mais j’espère pouvoir mieux l’appréhender. Ayant beaucoup voyagé, aussi bien en Afrique qu’en Amérique du Sud ou encore dans les pays du Golfe, j’ai une certaine facilité à comprendre des réalités culturelles très variées.
Pour moi, l’insécurité doit être combattue de manière globale en impliquant les différents acteurs du territoire. Les élus, bien sûr, mais aussi les citoyens ordinaires, qui ont un rôle important à jouer, même si beaucoup n’en sont pas conscients. Il est anormal que des personnes assistent à des scènes de délinquance tout en continuant à vaquer à leurs occupations comme si de rien n’était. La lutte contre l’insécurité doit être l’affaire de tous.
Je soutiens le procureur qui souhaite renforcer les poursuites contre les parents de mineurs délinquants avec, comme sanction, une dégradation, voire une annulation, de leur titre de séjour. Je souhaite aussi que la police collabore avec les grandes figures sociétales du territoire, comme les cadis, par exemple.
Dans mon département d’origine, les Landes, il existait aussi des conflits inter-villages, mais je suis choqué de constater qu’ici certains jeunes ont une véritable volonté de tuer. Nous ne parviendrons à apaiser cette violence qu’en mettant en place une collaboration active entre les forces de l’ordre et les grandes figures mahoraises de la régulation sociale. Trouver davantage d’occupations pour les jeunes serait également salutaire.
F.I. : Lors de l’opération Kingia, beaucoup de citoyens ont eu l’impression que la police se préoccupait davantage d’effectuer des contrôles routiers que de lutter contre la délinquance. Qu’avez-vous à répondre à cela ?
W.L. : Kingia est une opération « coup de poing » consistant à venir « remettre de la normalité » dans tous les domaines à Mayotte. Il s’agit d’une prise en charge globale. Ce n’est pas parce que nous contrôlons les usagers de la route que nous ne luttons pas également activement contre la délinquance. À l’inverse, d’autres citoyens m’ont fait part de leur satisfaction de voir enfin contrôlés et sanctionnés les automobilistes circulant dans des véhicules dangereux et sans assurance.
F.I. : Où en est la lutte contre les bandes qui a commencé il y a quelques années sur le territoire ?
W.L. : Ce travail se poursuit, mais c’est un travail de longue haleine car, chaque fois qu’un chef de bande est arrêté, un autre prend sa place. Tant qu’il n’y aura pas davantage de modèles positifs pour la jeunesse, cela continuera. Je crois beaucoup en l’exemplarité. En mettant en avant des jeunes qui réussissent, nous parviendrons peu à peu à changer les mentalités.
Personnellement, je privilégie l’action judiciaire envers les mineurs délinquants plutôt que l’interpellation en flagrant délit. C’est évidemment plus long, mais ces opérations marquent davantage les esprits, notamment grâce aux interventions du RAID. Je souhaite également développer l’usage des caméras-piétons, qui incitent les policiers à se comporter de manière exemplaire lors des interpellations, car je n’encourage pas les attitudes de « cow-boy » chez les policiers.
F.I. : Estimez-vous que les effectifs actuels de la Police nationale soient suffisants à Mayotte ?
W.L. : L’État a fait beaucoup d’efforts en matière de ressources humaines à Mayotte et, en l’état actuel des choses, nous n’avons pas à nous plaindre. Les fonctionnaires de police sont au nombre de 800 et, cette année, 70 postes étaient ouverts à la mutation ainsi que 20 postes de policiers spécialisés dans le domaine nautique. Nous avons reçu 260 candidatures, ce qui nous a permis de réaliser un recrutement de qualité.
À compétences égales, nous essayons de faire venir le plus possible de policiers mahorais sur le territoire, mais il ne faut pas qu’ils soient trop jeunes car ils ont besoin d’acquérir de l’expérience dans l’Hexagone avant de revenir sur leur territoire d’origine.
Beaucoup d’officiers de police sont venus après Chido et sont restés parce qu’ils ont apprécié le territoire. Ce sont des personnes courageuses et résilientes. Il y a également eu un engagement très fort des policiers mahorais après le cyclone.
F.I. : Allez-vous poursuivre l’opération « Tranquillité Vacances » cette année ?
W.L. : Tout à fait. Lorsque les gens quittent leur domicile pour une longue période durant les grandes vacances, ils peuvent le signaler au commissariat. Nous effectuons alors des rondes régulières autour de ces maisons afin de prévenir les cambriolages.
F.I. : Comment expliquez-vous qu’autant de kwassas continuent à réussir à accoster à Mayotte malgré l’action de la Police aux frontières ?
W.L. : La PAF dispose actuellement de cinq intercepteurs et nous en attendons deux supplémentaires d’ici à la fin de l’année. Mais, à mon sens, il faudrait élargir les opérations en haute mer pour davantage d’efficacité. Une collaboration avec la Marine nationale a d’ailleurs commencé dans le cadre des « opérations Requin ».
Si l’on coule les boutres depuis lesquels les kwassas embarquent leurs passagers, cela aura davantage d’impact, car le prix d’un boutre n’est pas celui d’un kwassa. Nous souhaitons aussi nous concentrer davantage sur ceux qui organisent ce trafic.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.



































