Malgré la gratuité du dépistage et les campagnes de sensibilisation menées depuis plusieurs années, de nombreuses femmes à Mayotte échappent encore à la prévention du cancer du col de l’utérus. Les professionnels de santé alertent sur la nécessité de renforcer l’information et l’accès aux soins afin de réduire les risques liés à cette maladie pourtant largement évitable.
Chaque année, le cancer du col de l’utérus touche plusieurs milliers de femmes en France. Détecté à temps, il peut pourtant être évité grâce à un suivi régulier et à des examens de dépistage permettant d’identifier les lésions précancéreuses avant qu’elles ne se développent. À Mayotte, cependant, la participation des femmes aux programmes de dépistage demeure insuffisante.
Pour les acteurs de santé du territoire, cette situation constitue un véritable enjeu de santé publique. Alors que les autorités sanitaires multiplient les campagnes d’information, de nombreuses Mahoraises continuent de ne pas effectuer les examens recommandés.
Une prévention encore méconnue
Le dépistage du cancer du col de l’utérus repose principalement sur la réalisation d’un prélèvement permettant de détecter d’éventuelles anomalies. Cet examen, simple et rapide, est proposé gratuitement aux femmes concernées.
Pourtant, sur le terrain, les professionnels constatent qu’une partie importante de la population féminine reste éloignée de cette démarche préventive.
« Beaucoup de patientes ne viennent consulter que lorsqu’elles ressentent une douleur ou lorsqu’un problème de santé apparaît », explique une sage-femme exerçant à Mayotte. « La notion de prévention n’est pas toujours intégrée dans les habitudes médicales. »
Selon plusieurs soignants, le manque d’information demeure l’un des principaux obstacles. Certaines femmes ignorent l’existence du dépistage ou ne connaissent pas les risques liés au papillomavirus humain (HPV), responsable de la majorité des cancers du col de l’utérus.
Des difficultés d’accès aux soins
Au-delà du manque d’information, les conditions d’accès aux soins constituent également un frein.
Dans certaines communes, les structures médicales sont éloignées des lieux d’habitation. Les difficultés de transport, les délais d’obtention de rendez-vous ou encore les contraintes familiales compliquent parfois les démarches.
Pour de nombreuses femmes, les priorités du quotidien prennent le dessus sur les consultations préventives. Entre les obligations professionnelles, la garde des enfants et les déplacements parfois coûteux, le dépistage apparaît souvent comme une démarche secondaire.
« Certaines patientes doivent parcourir plusieurs kilomètres pour consulter. Quand les moyens de transport sont limités, la prévention passe malheureusement après le reste », observe un professionnel de santé.
Les associations engagées dans la promotion de la santé estiment également que la proximité joue un rôle essentiel. Elles plaident pour des actions davantage ancrées dans les villages afin d’aller directement à la rencontre des habitantes.
Le poids des représentations culturelles
À ces difficultés matérielles s’ajoutent des facteurs culturels qui influencent le recours au dépistage.
La santé gynécologique reste un sujet sensible pour certaines femmes. La gêne liée aux examens intimes, la peur du diagnostic ou encore certaines croyances peuvent constituer des freins supplémentaires.
Les professionnels soulignent également l’importance du dialogue au sein des familles. Dans plusieurs situations, les questions liées à la santé féminine demeurent peu abordées, ce qui limite la circulation des informations sur la prévention.
Pour les acteurs associatifs, la sensibilisation doit être menée avec des relais de confiance, capables d’expliquer les enjeux du dépistage dans les langues parlées localement et en tenant compte des réalités socioculturelles du territoire.
« Les messages sont mieux compris lorsqu’ils sont portés par des personnes connues et reconnues dans les villages », estime une responsable associative impliquée dans des actions de prévention.
Renforcer la mobilisation
Face à ces constats, les autorités sanitaires poursuivent leurs efforts pour améliorer la couverture du dépistage à Mayotte. Des campagnes d’information sont régulièrement organisées auprès du grand public, tandis que les professionnels de santé sont mobilisés pour sensibiliser leurs patientes lors des consultations.
La vaccination contre le papillomavirus humain constitue également un levier important de prévention. Déployée auprès des adolescents, elle permet de réduire considérablement les risques de développer un cancer du col de l’utérus à l’âge adulte.
Toutefois, les spécialistes rappellent que la vaccination ne remplace pas le dépistage régulier. Les deux approches demeurent complémentaires pour lutter efficacement contre la maladie.
Un enjeu pour les années à venir
Dans un territoire confronté à de nombreux défis sanitaires, l’amélioration du dépistage du cancer du col de l’utérus apparaît comme une priorité. Pour les professionnels de santé, la prévention reste l’outil le plus efficace pour réduire la mortalité liée à cette maladie.
L’objectif est désormais de toucher davantage de femmes, notamment celles qui restent éloignées du système de soins. Car derrière les statistiques, chaque dépistage réalisé peut permettre de détecter une anomalie à temps et d’éviter qu’elle ne se transforme en cancer.
À Mayotte, le défi est donc autant médical que social : faire de la prévention un réflexe partagé par toutes les femmes, quel que soit leur lieu de vie ou leur situation.


































