Plus que jamais déterminé à devenir le prochain chef de l’État français, le maire du Havre, Édouard Philippe, chef de file du parti Horizons, pourrait ouvrir le bal des prétendants à l’Élysée en venant séduire les électeurs mahorais. Son premier déplacement dans l’archipel est annoncé pour la fin du mois d’août, entre le 24 et le 26, à l’occasion d’une première tournée électorale dans les Outre-mer. Une fois n’est pas coutume, l’un des candidats les plus en vue de la scène politique nationale a choisi de donner la primeur aux deux départements français de l’océan Indien.
Après des semaines de tergiversations, d’alignements et de réalignements opportunistes autour des différentes personnalités nationales ayant affiché leur volonté de succéder à Emmanuel Macron à l’Élysée en 2027, Mayotte entre progressivement dans la dynamique de l’élection présidentielle de l’année prochaine.
Ainsi, on a appris dans la nuit de dimanche à lundi que le maire du Havre, Édouard Philippe, candidat du centre droit, sera le premier à partir à la conquête des suffrages des Français de l’océan Indien à la fin de ce mois d’août. Selon nos confrères réunionnais, ce déplacement devrait se dérouler du 24 au 26 août dans les deux départements de La Réunion et de Mayotte.
« Il s’agira de son deuxième déplacement à La Réunion et du premier à Mayotte », peut-on lire dans les colonnes de la presse régionale.
Les principaux soutiens locaux du candidat déclaré ne se sont, pour l’heure, pas exprimés sur cette annonce, qui a toutefois été confirmée il y a vingt-quatre heures par le média en ligne Outre-mer la 1ʳᵉ/Outremers360. L’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron aura donc choisi de lancer sa campagne ultramarine par l’océan Indien, où l’électorat de droite occupe traditionnellement une place plus importante que dans les départements des Antilles et de la Guyane.
En conséquence, il faut s’attendre à d’autres déplacements de ce type à Mayotte, territoire devenu particulièrement convoité par les principales formations politiques nationales depuis la percée du Rassemblement national lors des dernières échéances électorales. L’un des scrutins les plus marquants reste les élections législatives anticipées de 2024, qui ont conduit à l’élection de la députée Anchya Bamana.
Les supputations vont bon train depuis plusieurs semaines. Les analystes les plus alarmistes des plateaux de télévision parisiens s’inquiètent déjà d’un possible raz-de-marée du Rassemblement national dans le 101ᵉ département français dès le premier tour de la prochaine présidentielle.
« Comment un territoire qui souffre d’un tel sous-investissement public, qui enregistre des besoins aussi criants en matière de politiques sociales, peut-il en arriver à une telle extrémité ? », s’interrogent certains journalistes spécialisés dans les Outre-mer au sein de médias nationaux.
Ils peinent à comprendre que les enjeux sociétaux ultramarins diffèrent souvent profondément de ceux de l’Hexagone et qu’une même appartenance nationale ne signifie pas nécessairement des priorités identiques, au-delà des grands principes fondateurs de la République : liberté, égalité et fraternité.
« Qu’ils soient de droite ou de gauche, qu’est-ce que cela changera pour nous ? »
À Mayotte, la situation est d’autant plus particulière que de nombreux habitants restent profondément marqués par la gestion jugée décevante des conséquences du cyclone Chido, qui a durement frappé l’île en décembre 2024.
« Bien sûr que cet événement est un marqueur important dans la vie des Mahorais, mais il ne s’agit pas seulement de leur île. C’est de la Nation tout entière qu’il est question. Vous imaginez ce qu’il adviendra de votre combat pour l’égalité sociale et le rattrapage économique avec l’Hexagone ? Ce serait inédit dans l’histoire des Outre-mer », insiste un interlocuteur au téléphone.
Force est de constater que, pour l’heure, l’électeur mahorais ne sait toujours pas à quel saint se vouer en vue de la prochaine présidentielle. La déception est immense face au sentiment d’être le « grand oublié » des décideurs nationaux.
« À Paris, le pouvoir ne se soucie ni de nos envies, ni de nos besoins vitaux, ni de nos espoirs d’une vie meilleure. Alors, entre un président de droite ou de gauche, qu’est-ce que cela changera pour les Mahorais ? Ils viendront tous à Mamoudzou nous promettre monts et merveilles, nous prendre une fois de plus pour des naïfs, puis ils repartiront en faisant comme bon leur semble, sans tenir leurs engagements », déclare Mariama Madjidi, confectionneuse de colliers de fleurs à Majicavo.
Chez elle, les commandes affluent déjà en prévision des nombreuses visites politiques attendues dans les prochains mois. Elle ne cache pas son amertume, qu’elle affirme partager avec de nombreux Mahorais, à l’égard de la manière dont l’État a traité Mayotte sous les mandats d’Emmanuel Macron. Elle assure n’avoir encore aucune idée du candidat auquel elle accordera sa voix, estimant que tous finissent par rejoindre « la même corbeille des promesses sans lendemain ».
Pour l’instant, les partisans de Marine Le Pen — surnommée « Tata Mariame » par certains de ses sympathisants depuis la dernière présidentielle — se montrent relativement discrets sur les réseaux sociaux et les forums locaux. Il n’en va pas de même des soutiens de Jean-Luc Mélenchon, qui affichent leur confiance à l’approche des prochaines échéances électorales.
Ils espèrent une visite du leader de La France insoumise à Mamoudzou ou, à défaut, celle de plusieurs de ses principaux lieutenants, parmi lesquels Manuel Bompard et Mathilde Panot. Aucune date n’a toutefois été avancée à ce stade.
Journaliste politique & économique


































