Immigration clandestine | Un sous-préfet d’un nouveau type

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Le nouveau sous-préfet en charge de la lutte contre l’immigration clandestine, Julien Kerdoncuf, a présenté hier à la presse ses missions. Il a également répondu aux questions relatives à la suspension des reconduites à la frontière et à la fermeture partielle du bureau des étrangers. 

 

Julien Kerdoncuf est unique en son genre. Il occupe en effet le seul poste en France de sous-préfet en charge de la lutte contre l’immigration clandestine, spécialement créé pour Mayotte, une promesse de la ministre des Outre-mer Annick Girardin. Arrivé sur le territoire il y a une dizaine de jours, le jeune énarque, ancien directeur de cabinet du préfet de l’Ain et ayant travaillé à l’étranger, a rencontré la presse mahoraise pour exposer ses missions.

« Je suis ici pour muscler le dispositif de lutte contre l’immigration clandestine », a-t-il déclaré lors de ses propos liminaires. Le sous-préfet a ensuite détaillé ses trois missions principales : la coordination des différents acteurs de la lutte contre l’immigration clandestine afin « d’avoir une vision globale », a complété le préfet également présent lors de ces échanges ; le renforcement du travail partenarial avec les élus et la société civile et notamment en termes de partage d’informations ; et un « travail en profondeur » consistant à opérer sur l’ensemble des problématiques liées à l’immigration clandestine (habitat illégal, marchands de sommeil, reconnaissances frauduleuses de paternité, etc.) « Il ne s’agit pas que de s’occuper des reconduites à la frontière, mais il faut agir sur tout l’écosystème », a expliqué Julien Kerdoncuf qui a affirmé vouloir « trouver une solution durable » et des « réponses concrètes ». 

Dans cet objectif, un état-major « élargi » – déclinaison pour la lutte contre l’immigration clandestine du traditionnel état-major de sécurité – se tiendra à la fin de cette semaine et réunira, outre les acteurs classiques et entre autres, la Dieccte pour les aspects liés au travail illégal, la Direction des finances publiques mais aussi l’Agence régionale de santé pour les questions sanitaires et l’établissement de statistiques. En outre, d’ici l’été, un groupe d’enquête sur l’immigration clandestine sera créé, pour mener des « enquêtes sensibles et d’envergure », a indiqué le préfet, Dominique Sorain, pour remplacer l’ancien GIR (Groupe d’intervention régional). Pour les autres annonces, Julien Kerdoncuf a préféré laisser planer une forme de « suspense », selon ses propres termes. 

Pas d’enveloppe spécialement allouée à l’ensemble de ces missions, si ce n’est ce qui a d’ores et déjà été détaillé dans le plan présenté par la ministre des Outre-mer le 15 mai dernier, à savoir, entre autres, l’arrivée d’un troisième escadron qui pourra être affecté à des missions de lutte contre l’immigration clandestine, des renforts d’effectifs du côté de la police aux frontières et l’arrivée en septembre de deux intercepteurs neufs mais qui ne gonfleront pas la flotte, qui seront « en substitution pour maintenir le niveau opérationnel de l’unité » composée de sept navires, a précisé le préfet.

« Le travail continue »

Interrogé sur les actions de lutte contre l’immigration clandestine alors que l’Union des Comores refuse de réadmettre ses ressortissants expulsés depuis deux mois, Julien Kerdoncuf a confirmé « que les éloignements étaient suspendus » mais a réaffirmé que « le travail continue ». Ainsi, 6 000 obligations de quitter le territoire français (l’OQTF est une décision préfectorale obligeant l’étranger en situation irrégulière à quitter le territoire par ses propres moyens dans un certain délai) ont été délivrées depuis le début de l’année. « Le jour où on recroise [l’individu ayant fait l’objet d’une OQTF], le document administratif a déjà été rédigé, on gagne du temps », a assuré Julien Kerdoncuf. En attendant, des individus retenus au centre de rétention administrative (CRA) ont été relâchés, ayant atteint le délai maximal de rétention prévu par la loi, a admis le préfet. 

Cependant, depuis le début de l’année, 4 800 personnes ont été éloignées même si le chiffre global annuel en 2018 devrait être « en retrait » par rapport aux années précédentes en raison de la crise diplomatique. « C’est mathématique », a déclaré Julien Kerdoncuf. Dès qu’une issue est trouvée au conflit diplomatique, « on reprend le travail. En attendant, on s’y prépare (…) On est dans les starting-blocks », a assuré le sous-préfet. « Par définition, le travail diplomatique ne peut pas vraiment être médiatisé (…) Il se fait en coulisses » mais ce travail se poursuit, a-t-il promis.

Le mystère du bureau des étrangers

Julien Kerdoncuf rencontrera les élus « pour préciser leurs attentes » la semaine prochaine et devrait également échanger avec le Collectif et l’intersyndicale à l’origine du mouvement de lutte contre l’insécurité. S’il admet « comprendre l’exaspération des Mahorais », il les incitera à ne « pas agir en dehors de tout cadre juridique » et à se rapprocher de leur mairie, de la police et de la gendarmerie. « Mais tout ne sera pas possible », a-t-il encore averti, notamment lorsque les personnes incriminées par des villageois sont en situation régulière : « On ne pourra pas intervenir » dans ces cas-là, a-t-il déclaré. 

Enfin, sur la question de la fermeture partielle du service des migrations et de l’intégration de la préfecture, Julien Kerdoncuf est resté très évasif : « Le bureau des étrangers n’est ouvert que sur rendez-vous pour les renouvellements et aucune première demande n’est reçue aujourd’hui », sans préciser les raisons de cet état de fait et renvoyant au secrétaire général de la préfecture Éric de Wispelaere pour toute autre précision.

 

 

 

 

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