Elles se veulent les redresseuses de torts de la France face aux Comores

Le foutoir absolu. Ainsi peut se résumer la situation politique qui prévaut actuellement dans l’archipel de Mayotte. L’État est accusé de manquer de volonté d’agir, le Département et les collectivités de se tromper de mission en ne répondant pas aux attentes de la population, et celle-ci de s’être fourvoyée dans ses choix électoraux. Chacun joue sa propre partition sans se concerter avec son voisin. Au temps des grandes navigations et découvertes, cela s’appelait  » la navigation à vue « .

Cent quatre-vingt-cinq ans après la prise de possession de Mayotte par la France en 1841, un sentiment prédomine : la géopolitique et la géostratégie donnent l’impression d’être plus figées que jamais. Le roi des Français, Louis-Philippe Ier d’Orléans, s’était engagé à apporter sa protection aux Mahorais contre les appétits des sultans comoriens. En 2026, on semble toujours au point mort. Pire, le flou artistique est devenu la pièce maîtresse d’un puzzle aux mille éléments dont la France elle-même ne semble plus vraiment connaître les contours.

L’ancien donneur d’ordres donne aujourd’hui l’image d’un laquais d’une dictature bananière, celle du colonel putschiste Azali Assoumani. Et la cinquième puissance militaire mondiale semble incapable de s’offusquer — à défaut d’être capable de s’imposer — face à une bande de pieds-nickelés qui sèment la terreur au sein de leur population, la maintiennent dans le sous-développement et une misère innommable depuis cinquante ans, en utilisant le choix légitime des Mahorais en faveur de l’autodétermination comme excuse à toutes leurs incuries économiques, éducatives, sanitaires, sociales et autres.

À Moroni, si Mayotte n’existait pas, les coups d’État se compteraient par mois et non par quinquennat. Qu’ils soient de Moroni, de Mitsamiouli ou de Mutsamudu, les hobereaux comoriens ont trouvé, à travers le 101e département français, le moyen de maintenir leur peuple sous un harnais criminel que les Nations unies et l’Union africaine ne se sont jamais hasardées à dénoncer.

Normal : dans cette sphère dite du  » droit international « , nous sommes en réalité dans  » Magouilles Land « , où tous les coups sont permis et toutes les compromissions également. D’où l’attitude atypique, catastrophique et désespérante de la diplomatie française, tiraillée entre le besoin de sauver son honneur et son orgueil mis à mal, et un  » à-plat-ventrisme  » — pour reprendre l’expression utilisée la semaine dernière par Estelle Youssouffa, députée de la première circonscription de Mayotte — inhabituel pour une prétendue superpuissance mondiale.

 » L’empire est à bout de souffle « , constate un jeune historien mahorais qui suit cette affaire de très près.  » Le temps de la décadence a pris le pas sur celui de la puissance militaire, politique, financière et diplomatique « , complète-t-il.

 » Ils ne sont pas meilleurs que nous ; parfois, ils pataugent complètement dans la gadoue « 

La société civile mahoraise est dans tous ses états depuis mardi, après le passage très remarqué aux Comores, la veille, de la ministre française déléguée à la Coopération et aux Partenariats internationaux, Éléonore Caroit.

Cette dernière est dans le collimateur des  » Femmes Leaders « , du  » Collectif Mayotte 2018  » et d’autres organisations locales du même type pour avoir, selon eux, fait honte à la France à Moroni, le lundi 8 juin 2026, en n’ayant pas trouvé les mots suffisants pour répondre aux propos du ministre comorien de service lors de la réunion de la COI.

On aurait pu s’y attendre : la realpolitik façon Quai d’Orsay n’est pas du goût de Mamoudzou. Les  » convenances de salon  » ne sont pas comprises par la rue, qui renvoie dos à dos Emmanuel Macron, le gouvernement, et l’ensemble de la classe politique locale — à commencer par Ben Issa Ousséni, président du Département — à l’égard desquels les amabilités de circonstance sont rares.

C’est le foutoir absolu qui s’installe dans l’opinion publique mahoraise, à une moindre échelle de ce qui se passe au niveau national.

 » Mayotte est bien française ! Et comment ! « , se satisfait de constater un cadre d’une collectivité territoriale.

 » Moqueurs comme savent l’être certains cadres des services de l’État sur le territoire, ils ne sont en réalité pas meilleurs que nous. Parfois, ils pataugent complètement dans la gadoue et sont encore plus à plaindre que leurs auxiliaires mahorais.  »

Sans doute telle est aussi l’opinion de Safina Soula, Faouzia Kordjee, Saandati Abdallah, Zakia Meresse et de tous ceux qui ont choisi de crier leur ras-le-bol hier, mercredi 10 juin 2026, en réoccupant sans préavis les abords des bureaux de la préfecture chargés des étrangers.

 » Comme à l’ancien préfet François-Xavier Bieuville, nous allons démontrer à Frédéric Poisot que Mayotte appartient d’abord aux Mahoraises et aux Mahorais avant d’être un bien commun de la Nation française « , affirme l’une des figures de ce mouvement.

 » Paris doit comprendre que nous en avons assez de ses manigances de salon. Ce n’est pas lui qui subit les conséquences de l’immigration illégale à Mayotte, en particulier celle venue des Comores. Il est inadmissible que celles et ceux qui humilient la France à Moroni, et les Mahorais par extension, s’autorisent à venir renouveler leurs documents d’identité ici, à Mamoudzou. Ils imposent une dictature féroce à leur population en lui vendant le rêve d’une Mayotte comorienne, mais détiennent tous la double nationalité franco-comorienne et perçoivent parfois des allocations sociales et familiales pendant qu’ils jouent aux dictateurs dans leur archipel « , complète-t-elle.

Elle affirme également que leurs demandes répétées de rencontrer le préfet Frédéric Poisot, transmises par l’intermédiaire de sa directrice de cabinet, seraient restées sans réponse.

 » Puisqu’il n’a pas d’amour-propre, Ben Issa Ousséni ira seul à Moroni avec ses complices, mais sans nos enfants « 

Elles dénoncent à la fois la passivité de Paris dans cette situation et  » la lâcheté générale d’une classe politique mahoraise qui se complaît dans le statu quo et n’ose pas réagir pour défendre les intérêts supérieurs de son territoire « .

Les qualificatifs sont lancés sans retenue. La principale cible demeure le président du Département, Ben Issa Ousséni, qu’elles ne semblent manifestement pas porter dans leur cœur.

Les déclarations tonitruantes du ministre comorien lors de la réunion de la COI, le lundi 8 juin 2026 à Moroni, constituent à leurs yeux un point de rupture ultime, un point de non-retour entre Mahorais et Comoriens.

 » Puisqu’il n’a pas d’amour-propre, Ben Issa Ousséni et ses complices ont décidé d’aller faire humilier Mayotte une fois de plus sur le sol comorien. L’année dernière, il nous a réunis pour nous dire qu’il nous communiquerait plus tard la position du Département concernant la participation des athlètes mahorais aux Jeux des îles de l’océan Indien à Moroni.

Nous ne sommes pas dupes. Nous avons compris qu’il n’a aucune considération à notre égard et qu’il a décidé d’y aller avec ses amis, en offrant à ceux qui nous insultent copieusement et insultent la France cinq millions d’euros dont Mayotte a pourtant tant besoin après le passage du cyclone Chido.

Nous lui disons qu’il ira seul là-bas se faire humilier, puisqu’il semble apprécier cela, mais sans nos enfants. Il est hors de question qu’ils subissent le traumatisme des Jeux des îles de l’océan Indien organisés aux Seychelles il y a un an.  »

À bon entendeur, salut !

Le mot est lâché et les tranchées sont désormais creusées. Depuis hier mercredi à la mi-journée, les accès aux services de l’immigration de la préfecture de Mamoudzou sont de nouveau occupés par un collectif regroupant trois associations de défense des intérêts de Mayotte.

Celui-ci se veut le porte-voix d’une France officielle qui aurait  » lamentablement échoué à se faire respecter par un État voyou et parasite  » — reprenant à son compte une expression utilisée la semaine dernière par la députée Estelle Youssouffa devant l’Assemblée nationale — et pour lequel il n’existerait aucune considération.

L’été s’annonce, pour le moins, compliqué à Mamoudzou.

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