Comores : inscription historique de six médinas au patrimoine mondial de l’Unesco

Depuis 2007, l’Union des Comores avait inscrit plusieurs sites sur la liste indicative de l’Unesco en vue d’obtenir leur reconnaissance au patrimoine mondial. Dix-neuf ans plus tard, cette démarche aboutit avec l’inscription de six médinas historiques, lors de la 48e session du Comité du patrimoine mondial organisée le 25 juillet à Busan, en Corée du Sud.

La nouvelle a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Samedi, à l’issue de sa 48e session organisée à Busan, en Corée du Sud, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a officiellement inscrit les six médinas des anciens sultanats des Comores sur la Liste du patrimoine mondial. Une consécration historique pour l’archipel, accueillie avec une immense fierté par la délégation comorienne présente sur place, conduite par le président de l’Union des Comores, Azali Assoumani.

En février 2025, le chef de l’État avait lui-même déposé le dossier de candidature au siège de l’Unesco à Paris. À cette occasion, la directrice générale de l’organisation, Audrey Azoulay, avait laissé entendre que le projet était sur la bonne voie. Dix-sept mois plus tard, la candidature est couronnée de succès avec l’inscription de six médinas : quatre en Grande Comore (Itsandra, Ntsoudjini, Iconi et Moroni) et deux à Anjouan (Mutsamudu et Domoni). Depuis Busan, le président Azali Assoumani a salué un moment historique.

« Six cités sultanesques nées de la rencontre entre l’Afrique, le monde arabo-persan, l’Inde et l’océan qui les relie, et qui ont façonné, siècle après siècle, l’âme de l’archipel des Comores. Je ne suis pas seulement le chef d’un État qui vient de voir six de ses cités historiques reconnues par le monde entier. Je suis, comme chacun de mes compatriotes, l’héritier de ces palais, de ces mosquées et de ces places publiques où j’ai appris très tôt que notre petit archipel possédait une grande histoire, où se rencontrent harmonieusement l’Afrique, le monde arabe, la Perse, l’Inde et l’Indonésie », a déclaré le chef de l’État. Le ministère comorien de la Culture a également salué cette décision sur sa page Facebook :

« Cette reconnaissance appartient avant tout aux communautés des six médinas — habitants, gestionnaires des sites et autorités locales — qui vivent, préservent et transmettent ce patrimoine exceptionnel depuis des générations. Sans leur engagement, cette inscription n’aurait pas été possible. »

Un espace de civilisation reconnu

Accompagné des gouverneurs des trois îles et du directeur du Centre national de documentation et de recherche scientifique (CNDRS), le président comorien a estimé que cette inscription dépasse largement la seule reconnaissance patrimoniale.

« Elle est une affirmation de notre souveraineté sur notre propre histoire, celle d’un archipel qui, loin d’être à la marge des grandes routes de l’histoire, en a longtemps constitué un carrefour actif, un lieu d’échanges, de savoirs et de gouvernance raffinée. Elle rappelle au monde que nos îles ont su, bien avant les cartes modernes, relier l’Afrique orientale, la péninsule Arabique et la Perse en un même espace de civilisation. C’est aussi un levier de développement pour notre jeunesse, qui pourra y trouver des débouchés dans les métiers de la conservation, de la médiation culturelle et du tourisme patrimonial », a-t-il déclaré.

Quelques semaines auparavant, le 24 juin, Azali Assoumani avait reçu une importante délégation de l’Unesco, accompagnée notamment du directeur de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine (ALIPH), venue soutenir la candidature comorienne.

Réuni depuis le 19 juillet pour une durée de dix jours à Busan, le Comité du patrimoine mondial est l’un des principaux organes chargés de veiller à l’application de la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel.

Le rôle déterminant du Collectif du patrimoine des Comores

L’inscription de ces six médinas est également le fruit du travail de longue haleine mené par plusieurs associations, notamment le Collectif du patrimoine des Comores, créé en 2006 et présidé par l’infatigable Fatima Boyer. Son absence à Busan n’est d’ailleurs pas passée inaperçue et a suscité de nombreux commentaires.

Dans un entretien accordé à Al-Watwan en novembre 2023, Fatima Boyer regrettait le manque d’implication de l’État et de la population dans la sauvegarde du patrimoine national. Malgré ces difficultés, son association, avec le soutien de plusieurs partenaires, dont l’ambassade de France aux Comores, a poursuivi les travaux de restauration de plusieurs sites historiques, notamment dans la médina de Mutsamudu.

Cette dernière abrite une dizaine de monuments remarquables, parmi lesquels la citadelle du XIVe siècle, accessible par un escalier de 280 marches datant du règne du sultan Abdallah Ier. Selon les historiens, cette forteresse servait à protéger la ville contre les razzias malgaches qui frappèrent l’archipel entre 1782 et 1789.

À Domoni, la médina conserve notamment le palais Pangani, édifié en 1274 par Fani Othman Ibn Affane. À Moroni, les biens inscrits comprennent la vieille mosquée du Vendredi, construite en 830 de l’Hégire (1427 de l’ère chrétienne), ainsi que la mosquée de Mwinyi Mkuu, qui abrite le tombeau du petit-fils du sultan Abdallah. La médina de Ntsoudjini est, quant à elle, célèbre pour les remparts qui ceinturent encore son ancienne ville.

Alors que des îles voisines de l’océan Indien, comme Zanzibar, bénéficiaient depuis longtemps d’une reconnaissance de l’Unesco, les Comores ont dû patienter dix-neuf ans après le dépôt de leur liste indicative pour quitter le cercle restreint des douze pays ne possédant aucun bien culturel matériel inscrit au patrimoine mondial.

Cette reconnaissance internationale ouvre désormais de nouvelles perspectives, tant pour la préservation du patrimoine que pour le développement du tourisme culturel, appelé à devenir un véritable moteur économique pour l’archipel.

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