Jugé en comparution immédiate au tribunal correctionnel de Mamoudzou, un homme de 28 ans devait répondre de violences intrafamiliales, de menaces de mort, de dégradations et d’actes de cruauté sur des animaux. Le parquet a requis 26 mois d’emprisonnement avec maintien en détention.
À la barre, le prévenu comparaissait pour une série de faits survenus dans le quartier de Cavani : violences sur sa mère, violences et menaces à l’encontre de son frère, destruction de biens, mais aussi actes de cruauté ayant entraîné la mort d’un chien et de trois poules.
Dès l’ouverture des débats, la présidente rappelle au prévenu qu’il n’est pas un inconnu du tribunal. « On s’est vu la semaine dernière dans cette salle pour des actes de violence », relève-t-elle. L’homme comparaît cette fois avec plusieurs mentions de récidive légale, notamment pour des faits de violences et de dégradations.
Selon le compte rendu d’infraction dressé par le commissariat de Mamoudzou, les policiers ont été appelés en fin de matinée après le signalement d’un homme disant avoir été violenté par son grand frère. La famille vit sous le même toit : la mère, une petite fille de 11 ans, son frère et le prévenu, récemment sorti de prison. D’après les déclarations recueillies, celui-ci consommerait de l’alcool et des stupéfiants, avec un comportement « complètement fou » lorsqu’il est sous emprise.
Le frère raconte que dans la matinée, le prévenu aurait frappé leur mère, notamment par des gifles, avant de s’en prendre à lui avec un bâton et un caillou. Il aurait également pris sa carte d’identité et son téléphone portable. La scène aurait ensuite basculé dans une violence extrême : le chien du jeune frère, un doberman, aurait été étranglé avec une corde, frappé avec un bâton, une pierre et une machette. Les photos versées à la procédure, évoquées à l’audience, semblent avoir marqué les débats. « Personne n’a envie de voir les photos », glisse la présidente dans la salle.
Selon le frère, le prévenu se serait ensuite dirigé vers ses poules, qu’il savait importantes pour lui, et les aurait tuées « de la même façon ». Il aurait également proféré des menaces de mort : « Il faut que je te tue, je vais te tuer. » Le frère dit avoir finalement porté plainte parce que « les traces étaient trop importantes cette fois-ci ». Il affirme aussi ne plus aller à l’école afin de surveiller la maison, par crainte que son grand frère ne s’en prenne à leur mère en son absence.
Face aux accusations, le prévenu nie en bloc. Il explique s’être réveillé après avoir regardé un match et bu de l’alcool. Il dit avoir appris qu’on racontait qu’il avait été arrêté pour un vol de bananes, ce qui l’aurait humilié. « Ça fait honte », dit-il. À l’entendre, il aurait voulu comprendre pourquoi son frère lui « mettait le mauvais œil ». Il affirme être rentré dans la cour pour se brosser les dents, puis avoir entendu sa mère parler de cette histoire.
La présidente l’interroge alors sur la disproportion entre ce possible ragot et les faits reprochés : tuer le chien, tuer les poules, menacer sa famille, détruire des affaires. Le prévenu répond qu’il n’a « jamais tué son chien ». La juge insiste : « Tout le monde vous a vu. Votre mère raconte, votre frère raconte, votre petit frère aussi. »
La mère s’est ensuite approchée de la barre pour être entendue. Elle commence par rappeler le lien filial : « C’est moi qui l’ai porté, qui l’ai mis au monde. J’ai sept enfants ici. C’est moi seule qui me suis occupée de lui. » Mais elle confirme les violences et les actes de cruauté. « C’est vrai qu’il a tué le chien et les poules. J’étais sur place », déclare-t-elle.
La mère dit avoir peur de son fils. « Il me menace, me lance des cailloux. Je ne sais pas pourquoi il dit que je le hais. Si aujourd’hui il fait ça, demain il risque de tuer. » Elle évoque une situation familiale très précaire : expulsée de l’habitation depuis cette altercation, l’eau à aller chercher à la rivière, une vie quotidienne « dure ». À la fin de son témoignage, elle se retourne vers son fils, assis sur le banc des prévenus, et lui dit : « Désolée. »
Pour le parquet, les éléments du dossier sont suffisamment graves et concordants. Il décrit un passage à l’acte dans un « état de coup de folie », tout en insistant sur le contexte judiciaire du prévenu. Récemment, une peine de travail d’intérêt général avait été prononcée dans une logique de réinsertion. « Dix jours après, on le retrouve violentant sa famille », relève le ministère public.
Le casier judiciaire du prévenu pèse également dans les réquisitions : condamnations pour vol, révocation de TIG, évasion en semi-liberté, dégradation, recel, port d’arme, et une condamnation récente pour violation de domicile. Le parquet dit partager l’inquiétude de la mère sur le risque de représailles et requiert 26 mois d’emprisonnement avec maintien en détention.
En défense, Me Cooper conteste la solidité du dossier. Selon elle, la procédure est « très insatisfaisante sur le plan probatoire ». Elle estime que les photos du chien ne suffisent pas à établir que son client l’a tué, ni qu’il a violenté sa mère et son frère. L’avocate insiste sur le contexte familial tendu depuis le retour du prévenu de prison. Elle avance que certains membres de la famille n’avaient peut-être « pas très envie qu’il soit au domicile ».
La défense pointe aussi des contradictions dans les déclarations. Sur les violences contre la mère, le frère parle d’une gifle et d’un coup de caillou ayant provoqué une plaie importante à la lèvre, tandis que la mère aurait évoqué une pierre qu’elle aurait esquivée. L’avocate soutient que les photographies ne montrent pas de blessure importante. Elle demande donc la relaxe pour ces faits.
Concernant le frère, Me Cooper relève que la mère a déclaré que celui-ci avait fui, alors que le frère dit avoir assisté à la scène de cruauté envers les animaux. Elle estime que la seule concordance porte sur le fait que le prévenu l’aurait tenu à distance avec un bâton. Elle souligne encore l’absence, dans la procédure, du téléphone portable détruit ou des vêtements brûlés.
Avant que l’affaire ne soit mise en délibéré, le prévenu maintient sa position : « Ce qu’il a raconté là, c’est des mensonges. »
S’il est relaxé sur les menaces de mort et la destruction du téléphone portable, l’homme est condamné pour le reste à vingt mois de prison avec maintien en détention.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.



































