Le directeur de publication et le secrétaire de rédaction du quotidien La Gazette des Comores ne peuvent pas non plus quitter l’île de la Grande Comore sans autorisation préalable du magistrat instructeur. Autant de mesures jugées liberticides pour des journalistes dont le seul tort est d’avoir rédigé des articles non démentis sur la santé de Sambi.
Le directeur de publication et le secrétaire de rédaction du journal La Gazette des Comores ont été relâchés mercredi après deux jours d’audition à la gendarmerie et au parquet. El-had Saïd Omar et Toufé Maecha dorment certes chez eux, mais ils ont été mis en examen par un juge qui les a placés sous contrôle judiciaire.
Cette mesure s’accompagne de plusieurs restrictions, notamment l’interdiction faite au journaliste Toufé Maecha d’écrire des articles, quel qu’en soit le sujet, durant toute la période de l’instruction. Les deux reporters du quotidien indépendant sont également contraints d’obtenir une autorisation du juge avant de quitter l’île de la Grande Comore. Ils ne peuvent pas davantage commenter l’affaire en cours.
Depuis mercredi, leurs confrères observent ces restrictions, dont certaines sont déjà qualifiées de « liberticides ». En effet, interdire à un journaliste d’écrire revient à lui imposer une sorte de prison à ciel ouvert, dénoncent de nombreux observateurs.
Dans un communiqué, le Syndicat national des journalistes comoriens (SNJC) a vivement dénoncé le placement sous contrôle judiciaire des journalistes de La Gazette des Comores.
« Toufé et El-had sont soumis à plusieurs restrictions. Le SNJC condamne vigoureusement l’interdiction faite au journaliste de publier ou de diffuser des articles de presse pendant toute la durée de l’instruction. Empêcher un journaliste d’écrire et de publier revient à l’empêcher d’exercer son métier », a déploré le syndicat, qui souligne qu’une telle mesure constitue une atteinte particulièrement grave à la liberté de la presse et crée un précédent préoccupant pour l’ensemble de la profession.
Publication de fausses nouvelles
Interrogé sur ces interdictions frappant les deux professionnels reconnus, le Conseil national de la presse et de l’audiovisuel (CNPA), qui fait office de régulateur des médias, a indiqué suivre cette situation avec attention.
« Sans préjuger des faits, notre institution rappelle que toute mesure affectant l’exercice du journalisme doit être conforme aux dispositions légales en vigueur, dans le respect de la liberté de la presse et des garanties offertes aux professionnels des médias », a déclaré la conseillère Mariata Moussa, avant d’ajouter que le gendarme des médias reste attaché au dialogue, au droit et aux voies de recours prévues par la loi.
« Cela fait un moment que je m’interroge sur l’avenir du journalisme aux Comores, et l’arrestation de Toufé ne fait que renforcer ces inquiétudes. Je pensais que ses informations seraient démenties. Mais aujourd’hui, un journaliste d’investigation n’a plus le droit d’écrire. C’est dommage de voir le journalisme disparaître peu à peu dès lors qu’informer devient un risque », a regretté Soifia Hassani, ancienne journaliste de la télévision nationale, qui a également collaboré avec TV5 Monde.
Selon nos informations, les deux journalistes, qui doivent pointer chaque semaine, envisagent dès ce vendredi de contester l’ordonnance du juge les mettant en examen devant les juridictions compétentes.
Toufé Maecha, par ailleurs collaborateur de l’hebdomadaire Jeune Afrique, est poursuivi pour « publication et diffusion de fausses informations de nature à troubler l’ordre public, notamment le fonctionnement des institutions publiques ».
Le fondateur du quotidien La Gazette des Comores, référence de la presse indépendante de l’archipel, El-had Saïd Omar, est quant à lui mis en examen pour « complicité de publication et de diffusion de fausses informations de nature à troubler l’ordre public et le moral de la population ».
Cinq ans d’emprisonnement
Ces faits sont réprimés par l’article 497 du Code pénal révisé en 2020.
« Est puni d’un mois à cinq ans d’emprisonnement et de 1 à 2 millions de francs comoriens d’amende le fait, pour une personne, de produire, de mettre à la disposition d’autrui ou de diffuser des données de nature à troubler l’ordre public ou à porter atteinte à la dignité humaine par le biais d’un système d’information », précise cette disposition.
Aux yeux de nombreux juristes, la décision de placer des journalistes sous contrôle judiciaire suscite également l’étonnement.
Dans une publication sur Facebook, l’avocat franco-comorien Maître Saïd Hassane Saïd Mohamed l’a expliqué :
« Le contrôle judiciaire ne peut être ordonné que s’il existe une nécessité avérée de mener une enquête. Sans réelle nécessité d’instruction, le contrôle judiciaire devient illégal, car il s’agit alors d’un détournement de procédure visant à restreindre la liberté d’une personne à laquelle on n’a peut-être pas grand-chose à reprocher », a expliqué cet avocat au barreau de Paris.
Depuis le mois de mai, Toufé Maecha livre aux lecteurs du quotidien La Gazette des Comores, grâce à ses investigations, des informations exclusives sur l’état de santé de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi.
Le dernier article publié le 8 juin révélait que l’ancien chef de l’État souffrait d’une ischémie cardiaque, une pathologie qui nécessiterait des examens complémentaires à l’étranger et, par conséquent, une évacuation sanitaire dont la mise en œuvre demeure incertaine.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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