Jusqu’à 5.278 passagers recensés en un mois : pour la première fois, l’OIM documente les départs vers Mayotte depuis les Comores

Les données publiées par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) confirment le rôle central des Comores dans les traversées maritimes irrégulières vers Mayotte. Pour la première fois, l’OIM a mis en place aux Comores un outil destiné à suivre les départs maritimes irréguliers vers Mayotte. Ce dispositif, appelé DAMT pour Departure Areas Monitoring Tool, peut être traduit par « outil de suivi des zones de départ ». Il ne compte pas les arrivées à Mayotte, mais observe, en amont, les lieux d’où partent les embarcations depuis les Comores.

Ce premier cycle d’observation, mené entre juin et décembre 2025, a permis d’identifier les principaux points de passage, les profils des migrants et les risques auxquels ils sont exposés. Dans son rapport publié le 2 juin 2026, l’OIM confirme que la route de l’océan Indien occidental constitue un corridor de transit majeur. Les migrants partent notamment d’Afrique centrale, via la Tanzanie, ou directement de Madagascar, avant de transiter par la Grande Comore, Anjouan ou Mohéli. Leur objectif principal reste Mayotte, décrite comme la destination finale de ce parcours.

Sur la période étudiée, Kangani et Marahare apparaissent comme les principaux points de départ vers l’île française. Les déplacements inter-îles les plus souvent signalés concernent, eux, des trajets de Mohéli vers Anjouan. Au total, 15 incidents maritimes ont été recensés par les points focaux communautaires déployés sur le terrain.

Les chiffres doivent toutefois être lus avec prudence. L’OIM précise que les données sont indicatives, car les listes complètes de passagers ne sont pas toujours disponibles et la collecte repose en grande partie sur des informations remontées par les communautés locales. Mais elles donnent une photographie précieuse d’un phénomène difficile à documenter.

Le rapport fait apparaître un pic très net durant la saison sèche. Les mouvements enregistrés bondissent en juillet, avec 3.778 passagers, puis atteignent leur plus haut niveau en août, avec 5.278 personnes. Les chiffres diminuent ensuite en septembre, avec 2.696 passagers, avant de chuter en octobre, novembre et décembre. Cette baisse en fin d’année pourrait être liée au début de la saison des pluies, qui rend les traversées encore plus dangereuses.

Les profils recensés montrent une forte majorité d’hommes adultes, qui représentent environ 73 % des personnes enregistrées. Les femmes adultes comptent pour 17 %, tandis que les enfants représentent une part plus faible : 5 % de garçons et 4 % de filles. Côté nationalités, les données disponibles indiquent une part importante de Malgaches, 32 %, devant les ressortissants de République démocratique du Congo, 12 %, les Burundais, 7 %, et les Rwandais, 5 %. Une large part des personnes, 42 %, reste toutefois classée dans la catégorie « inconnue », faute d’identification suffisante.

Au-delà des chiffres, le rapport insiste sur les risques humains. Les traversées se font souvent à bord de petites embarcations mal entretenues et surchargées, les kwassa-kwassa, exposant les passagers aux naufrages et aux disparitions en mer. L’OIM souligne également les risques d’abus, d’extorsion, d’exploitation et de traite des êtres humains, en particulier pour les mineurs ainsi que pour les femmes et les filles malgaches.

Les zones de départ identifiées, notamment Marahare et Sadapouani à Anjouan ou Chindini-Ourouveni en Grande Comore, sont décrites comme difficiles à surveiller. Leur éloignement facilite l’activité des réseaux de passeurs et complique le suivi des départs.

Pour l’OIM, ce premier cycle a surtout permis de poser les bases d’un suivi plus structuré. Six points focaux communautaires ont été identifiés, formés et déployés sur les trois îles comoriennes. Les prochains cycles devraient permettre d’affiner les données et de mieux mesurer l’ampleur réelle des départs vers Mayotte.

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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