Le dialogue est devenu impossible entre la rectrice de Mayotte et une partie de son personnel, les Équipes mobiles de sécurité (EMS). Dans la rue depuis bientôt un mois, ces agents n’ont aucune perspective de voir aboutir leur demande de reconnaissance de la pénibilité de leur travail. Entre le marteau et l’enclume, ils demeurent en première ligne, avec l’obligation d’éteindre les incendies de violence provoqués par les voyous qui terrorisent les collégiens et lycéens mahorais à la sortie des établissements scolaires, avant même que les forces de l’ordre puissent se déployer pour prendre le relais.
Le public a pu croire que le mouvement s’était essoufflé. Que nenni ! Les manifestants sont toujours là, battant quotidiennement le pavé au cœur de Mamoudzou. Les Équipes mobiles de sécurité continuent de manifester chaque jour dans les rues du chef-lieu sans, pour l’instant, parvenir à se faire entendre de la nouvelle rectrice de Mayotte.
« C’est simple, elle reste sourde à chacune de nos demandes », clame aux journalistes l’une des grévistes qui déambule au milieu de ses collègues autour du rond-point Zéna M’Déré, en face de la gare maritime de Mamoudzou, sur fond de salegy, une danse malgache très appréciée des Mahorais.
D’un jour à l’autre, les rangs des manifestants peuvent sensiblement grossir jusqu’à approcher le millier de personnes.
« Vous voyez, notre nombre importe peu. La rectrice n’en a rien à faire. C’est du jamais-vu dans la mémoire du personnel de l’Éducation nationale à Mayotte. Dans le passé, nous pensions avoir tout vu, mais force est de constater que nous nous trompions : le pire nous attendait en 2026. »
La manifestante, un peu trop bavarde au goût de ses camarades, est rapidement rappelée à l’ordre : la communication relève exclusivement des représentants syndicaux dûment désignés.
De fil en aiguille, nous sommes finalement orientés vers Rivo Rakokotomalala, l’un des leaders du syndicat SNUipp-FSU. Très décontracté, le sourire aux lèvres, il se tient au milieu de ses troupes, rappelant à chacun la nécessité de respecter les règles encadrant le droit de manifester sur la voie publique.
Alors qu’il prépare le départ du cortège vers la rue du Commerce, il accepte de faire le point avec la presse locale après plusieurs semaines de mobilisation.
« Nous avons un mouvement fort, pour ne pas dire très fort ! Dans une académie qui fonctionne normalement, face à un mouvement de cette ampleur et aux perturbations qu’il engendre, on cherche à trouver une issue. Aujourd’hui, nous estimons ne pas être dans une académie normale. Il faut savoir que les personnes qui défilent sous nos yeux sont parmi les plus mal loties de l’académie de Mayotte. Certaines s’estiment déjà privilégiées lorsqu’elles perçoivent plus de 2 000 euros par mois, alors que les enseignants gagnent souvent plus de 1 000 euros supplémentaires. »
Un blocage de la rectrice que les parents d’élèves ne s’expliquent pas
Pour Rivo Rakokotomalala, les revendications sont pourtant modestes : « Ils ne réclament pas grand-chose, juste de la reconnaissance à travers un statut ou une indemnité. »
Le syndicaliste explique que, dans une situation normale, les agents contractuels voient leur situation évoluer après trois années d’exercice, notamment sur le plan salarial. « Même cela leur est refusé par la rectrice. »
Selon lui, cette revendication ne mettrait nullement en péril les finances du rectorat de Mayotte, d’autant plus que le mouvement a déjà eu des conséquences importantes : entre sept et huit établissements scolaires de l’île n’ont pas pu ouvrir leurs portes.
« On semble se désintéresser totalement de leur situation comme de celle des établissements qui ferment. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il suffit de multiplier ces sept ou huit établissements par 1 500 ou 2 000 élèves. Vous obtenez une estimation du nombre de jeunes directement concernés sur le terrain. »
Une contradiction majeure ressort de ce dossier. D’après les syndicats, le rectorat reconnaît l’utilité de ces personnels tout en leur refusant la moindre reconnaissance statutaire.
« Il faut savoir que le statut qu’ils réclament n’existe pas à l’échelle nationale. Pourtant, les EMS sont quotidiennement aux avant-postes dans les collèges et les lycées. Ce sont eux qui interviennent en premier lorsque surviennent des incidents. Il est donc logique qu’ils rappellent que leur mission comporte des risques et qu’elle mérite d’être compensée par des avantages adaptés, quelle qu’en soit la forme. La rectrice leur répond que ce n’est pas possible. Selon elle, ils ne sont pas censés être exposés puisque les forces de l’ordre interviennent en cas de débordement. »
Un argument que les syndicats rejettent catégoriquement. Selon eux, le temps nécessaire au déploiement des forces de l’ordre laisse les EMS seuls face aux situations de crise, les contraignant à intervenir en première ligne.
Face à cette situation aussi inattendue qu’inhabituelle, de nombreuses familles mahoraises s’interrogent sur les raisons qui poussent le rectorat de Mayotte à camper sur ses positions au point de rendre le dialogue social impossible avec ces agents.
Journaliste politique & économique


































