Issue inattendue à l’occasion du conseil portuaire de Mayotte, qui s’est tenu hier lundi dans l’hémicycle de l’Assemblée de Mayotte. Une nette majorité de voix, soit 12 sur 18, s’est prononcée contre le projet de création d’un EPIC chargé de gérer le port de Longoni à partir du mois de septembre 2026. Quelle lecture faut-il faire de ce vote ? La balle revient désormais dans le camp des élus départementaux.
À l’origine d’une grande brouille entre Ben Issa Ousséni, président de l’Assemblée de Mayotte, et son deuxième vice-président chargé des transports, Ali Omar, le port de Longoni n’a pas fini de faire couler de l’encre dans l’île. Le débat oppose les partisans du statu quo à ceux qui souhaitent son transfert entre les mains de l’État, lequel a émis le vœu de le transformer en « grand port maritime ».
Le jugement rendu récemment en appel par la cour administrative d’appel de Bordeaux, au détriment de la société Mayotte Channel Gateway d’Ida Nel, délégataire sortante d’une DSP du Département de Mayotte, n’a fait qu’ajouter de l’huile sur le feu dans un débat qui ne cesse de diviser l’opinion publique sur le territoire. Entre responsables politiques et acteurs économiques, chacun tente de faire valoir son point de vue dans ce dossier, parfois même à rebours des véritables enjeux poursuivis par les différents protagonistes de ce feuilleton juridico-économique.
Force est de constater que certains opposants déclarés d’Ida Nel s’emportent dans leurs déclarations sans avoir véritablement saisi les implications de ce qu’ils appellent un « grand port maritime d’État ». De là à penser qu’ils pourraient connaître un douloureux réveil lorsque la réalité les rattrapera, il n’y a qu’un pas.
Quoi qu’il en soit, les communiqués de presse se succèdent, alimentant un débat public parfois stérile et souvent éloigné des intérêts réels du consommateur mahorais. Certains, dans les couloirs de l’Hôtel du Département-Région, se veulent plus consensuels. Ils expliquent que l’EPIC, ce « fameux machin » devenu très à la mode dans l’archipel depuis le passage du cyclone Chido en 2024, ne devrait pas être une source de confrontation entre élus, puisqu’il ne constituerait qu’un outil transitoire destiné à éviter le chaos en septembre prochain, lorsque Ida Nel devra remettre les clés du port de Longoni à Ben Issa Ousséni, lequel devra à son tour les transmettre au nouveau préfet de Mayotte.
C’est dans ce contexte agité que s’est tenu, hier lundi 15 juin 2026 à Mamoudzou, dans l’hémicycle Younoussa Bamana, le fameux conseil portuaire au centre du différend opposant Ali Omar et Ben Issa Ousséni.
« Trois points étaient inscrits à l’ordre du jour, dont le premier portait sur la création de l’EPIC chargé de la gestion du port de Longoni », a indiqué à ses collègues conseillers départementaux le vice-président du Département en charge des transports.
Il précise dans sa communication qu’à l’issue des débats, le vote du conseil portuaire s’est soldé par 12 voix contre — dont celles des représentants de l’Union maritime de Mayotte, à l’origine de la fin de la DSP —, 4 voix pour et 2 abstentions.
Selon cette même communication d’Ali Omar, « les échanges ont fait émerger de nombreuses interrogations. Plusieurs questions sont restées sans réponses claires, y compris de la part des conseils juridiques présents. Par ailleurs, les membres du conseil portuaire n’ont pas reçu les versions finales des documents intégrant les amendements issus des séances de travail des élus, ce qui a suscité de nombreuses réserves ».
L’affaire devrait désormais revenir devant l’Assemblée de Mayotte dans les prochains jours, selon des sources proches du dossier. Toujours est-il que le conseil portuaire du lundi 15 juin 2026 ne s’est finalement penché que sur ce premier point de l’ordre du jour, les deux autres ayant été renvoyés à une réunion ultérieure.
Journaliste politique & économique


































