À Dembeni, le 16 avril 2026, l’EPRDM réunit les acteurs du BTP autour de la construction hors site à Mayotte. Présentée comme une solution rapide et qualitative, la méthode divise. Entre innovations, contraintes d’approvisionnement et adaptation locale, les débats restent ouverts.
« Notre démarche, c’est de dire que la reconstruction de Mayotte est une démarche collective », relate Benoît Gars, directeur général de l’Établissement public pour la refondation et le développement de Mayotte (EPRDM). Ce jeudi 16 avril, à la Technopole de Dembeni, s’est tenue la première rencontre de l’EPRDM, un temps d’échange entre les acteurs du secteur de la construction. Ce premier cycle, une conférence consacrée à la maîtrise d’ouvrage autour de la thématique de la construction hors site, a été organisé en partenariat avec le Département-Région de Mayotte et l’Association Filière Hors Site France. Une méthode de construction qui souffre encore d’une mauvaise image.
« Un procédé extrêmement qualitatif et fiable »
L’objectif de la construction hors site est de standardiser certains procédés afin de permettre aux porteurs de projets d’intégrer de nouvelles méthodes. Cela permet une meilleure gestion du temps de chantier et répond aux besoins des maîtres d’ouvrage, notamment à travers des modules en 3D adaptés à des programmations spécifiques. Cette approche permet, par exemple, de préfabriquer des salles de bain, limitant ainsi les reprises ultérieures. Elle offre également la possibilité de réaliser en atelier différents éléments comme les toitures, les planchers métalliques ou en bois, ainsi que des composants non structurels, tout en garantissant la performance des matériaux.
La Technopole de Dembeni intègre elle-même une structure en préfabrication. « Au-delà de ça, c’est aussi retrouver des compétences d’architectes et de maîtres d’ouvrage… C’est un procédé extrêmement qualitatif et fiable », souligne Céline Beaujoin, déléguée générale de l’Association Filière Hors Site France.
Cette organisation demande un travail préparatoire important, mais permet de réduire le temps de chantier de 30 à 50 %, tout en limitant les nuisances, les besoins de stockage sur site et les aléas d’exécution. En revanche, la construction hors site ne génère pas forcément d’économies directes : elle repose sur une standardisation partielle et sur des choix de procédés adaptés aux filières disponibles.
À Mayotte, Céline Beaujoin explique néanmoins rencontrer des réticences, comme ailleurs, notamment à Marseille, dans l’Hexagone. Elle souhaite miser sur davantage de pédagogie et de vulgarisation de cette méthode. Malgré ces qualités mises en avant, un agent municipal interrogé sur la question reste incrédule : « Personnellement, je ne serais pas pour construire des écoles préfabriquées dans ma commune. »
Un scepticisme compris par Dominique Tessier, directeur du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de Mayotte (CAUE) : « Je comprends le scepticisme. Les Mahorais ont leur propre savoir-faire, qui n’aboutit pas toujours à une construction de qualité, mais présente tout de même trois qualités essentielles : des constructions sur de petites parcelles, une optimisation des surfaces, et une organisation autour des villages. L’unité urbaine, c’est le village. » Selon lui, des aménagements doivent être pensés en amont.
Entre urgences locales et défis d’approvisionnement
« Il y a plusieurs solutions valables, qui s’adaptent à différentes échelles : celle du particulier, du maître d’ouvrage en bâtiment public, ou encore celle des municipalités et des collectivités qui construisent des écoles, des salles de classe, etc. », met en lumière Melvyn Gorra, de l’association Art-Terre.
La construction hors site nécessite néanmoins l’approvisionnement en matériaux provenant parfois des quatre coins du monde, une contrainte importante. « Il faut fonctionner au plus près, avec des matériaux provenant de Madagascar, de l’île Maurice, d’Afrique du Sud ou de Tanzanie, tout en respectant les contraintes et les normes. Il faut un portage politique », poursuit-il.
Dans un contexte post-crise, un rappel important est formulé par un agent de la SIM : « Il y a tellement de besoins urgents à Mayotte qu’il faut aller vite. Un chantier qui dure longtemps, ce n’est bon pour personne. »
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.



































