Après la radiation, officiellement pour « manquements graves », du Medef de Mayotte de la structure nationale, cette dernière a choisi de créer une toute nouvelle association pour représenter les intérêts des entreprises mahoraises. Pour ce faire, le Medef national a choisi de mettre à sa tête une jeune entrepreneuse mahoraise : Yasmine Nidhoire.
Exit l’ancienne image du Medef de Mayotte avec sa surreprésentation de dirigeants masculins d’un certain âge en costard cravate ! Pour créer un nouveau Medef à Mayotte, la structure nationale a choisi de « surfer sur la vague de la modernité » en jouant la carte de la féminisation et du local. Sa nouvelle présidente, en poste depuis moins d’une semaine, est donc Yasmine Nidhoire, une jeune entrepreneuse Mahoraise originaire de Koungou, à la tête de « La Générale des Services », une entreprise franchisée qu’elle a créé en 2020 « à partir de rien », comme elle le précise elle-même. « Je suis la première femme mahoraise à occuper ce poste », affirme-t-elle avec fierté. Pour l’assister dans sa tâche, le Medef national a choisi de nommer Habib Ben Chadouli comme Secrétaire Général, un entrepreneur aux multiples casquettes. A la tête du cabinet conseil P2i (Pierre Investissement Ingénierie), il est titulaire de plusieurs diplômes dans les domaines du développement urbains, du génie civil, de l’expertise financière et de la gestion de projets. Entre autres, car son parcours est extrêmement riche et diversifié. Nakib Ali-Halidi, du cabinet Nak Consulting, vient compléter ce « trio de tête » en tant que trésorier.
Une gouvernance 100% mahoraise donc, avec une femme au poste le plus important. Un choix très symbolique, mais aussi stratégique puisqu’il permet au Medef national de se positionner à contrepied des critiques dont il fait l’objet de la part du président de l’ancienne structure. Fahardine Mohamed l’avait en effet accusé de piloter trop étroitement la structure locale afin de conserver un « contrôle parisien » sur Mayotte. Ce n’était toutefois là que l’un des nombreux désaccords qui opposaient l’ancien président à la structure nationale, menant à la radiation de décembre 2025. L’affaire a toutefois été portée devant le tribunal administratif et, en attendant qu’elle soit jugée, Fahardine Mohamed a créé une autre structure : le Groupement Patronal de Mayotte. Avec la naissance de ce nouveau Medef Mayotte, deux organisations patronales se retrouvent donc en concurrence sur le territoire.
Un but phare : préparer les entreprises mahoraises à la future convergence sociale
Afin de présenter cette nouvelle association, Bruno Arcadipane, vice-président du Medef national, est intervenu en visio depuis Paris au cours de la conférence de presse organisée ce jeudi au restaurant l’Orient Express à Kaweni. Il a réaffirmé l’importance de ne pas « laisser Mayotte sans Medef » et a déclaré (comme beaucoup avant lui…) que « sa priorité sera le développement du territoire ». « Ce nouveau Medef revêt une importance fondamentale, d’abord pour l’île elle-même, mais également comme « valeur ajoutée » au sein du comité des Outre-mer dont il fait désormais partie », a-t-il précisé. S’il souhaite que la structure locale poursuive la simplification administrative initiée, il a aussi rappelé l’importance de « développer la compétitivité des entreprises mahoraises ». Pour lui, « les différentes crises doivent être amorties par l’équipe locale avec l’appui technique et financier du Medef national ».
Il a aussi insisté sur l’importance pour ce nouveau Medef de rassembler un maximum d’acteurs du territoire : des grandes entreprises aux travailleurs indépendants en passant par les PME et TPME, mais aussi les associations et les groupements d’employeurs. Un avis que partage la nouvelle présidente Yasmine Nidhoire, pour qui « les entreprises sont la force d’un territoire » et qui compte bien « être à l’écoute de tous ses adhérents ». « Le Medef doit accompagner les entreprises, les défendre et les incarner », a-t-elle déclaré en annonçant la création prochaine de « commissions de travail » ainsi que « d’une cellule dédiée à la convergence sociale, afin de préparer les chefs d’entreprises mahorais à cette transition ».
« La convergence sociale sera une excellente chose pour les Mahorais, mais elle ne doit pas être portée par les seules entreprises mahoraise », a-t-elle ajouté. C’est là qu’intervient justement un levier majeur : la loi pour le développement économique des outre-mer (Lodeom) dont l’entrée en vigueur à Mayotte est annoncée pour juillet prochain. Exonération de charges, soutien à l’emploi, capacité d’investissement accrue : le dispositif est présenté comme « un bouclier » pour les entreprises locales.
Un fonctionnement plus « démocratique » que l’ancien Medef Mayotte
Le nouveau Medef Mayotte souhaite aussi créer plusieurs « clubs » en son sein, comme celui des femmes entrepreneures ou encore celui des « jeunes entrepreneurs de moins de 45 ans ». Il a aussi d’ores et déjà créé 60 mandats afin de porter la voix du Medef dans les différentes instances locales. « Pour moi les différentes crises qu’a subi Mayotte ces 10 dernières années est le résultat d’un manque de dialogue social et ces mandats nous permettrons justement de pouvoir dialoguer avec les partenaires sociaux », explique Yasmine Nidhoire qui, en tant que patronne d’une entreprise d’aide à domicile et mère de 2 enfants, connaît plutôt bien le sujet.
La transparence, la proximité et le fonctionnement démocratiques sont les 3 autres axes de fonctionnement annoncés au cours de cette conférence de presse. « La proximité que nous prônons doit s’accompagner de l’utilité : chaque adhérent doit trouver un sens au sein de notre association », précise la nouvelle présidente, qui entend également travailler en étroite collaboration avec l’Etat et les collectivités territoriales.
Le Medef Mayotte a donc fait le choix de « repartir de zéro » avec un nouveau bureau et un nouveau fonctionnement. Du moins en apparence, car reste à savoir si Yasmine Nidhoire et sa nouvelle équipe sauront dépasser les « effets d’annonce » pour mettre concrètement en pratique ce nouveau fonctionnement sur le territoire.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.




































