Koutoub Rachadi Miradji, une vie entre héritages et improvisations

À Hamjago, tout le monde l’appelle Koutoub. De son nom d’auteur, Rachadi Miradji, ce comédien et auteur mahorais est originaire de la commune de Mtsamboro. Engagé depuis près de vingt ans dans le théâtre et le monde associatif, il est trésorier de la Compagnie théâtrale du Nord. À l’occasion de sa prochaine représentation au Lointain, à Hamjago, le 9 août, il présentera Manz’arnak, une pièce coécrite avec sa troupe autour de l’amour, du mariage et des réalités mahoraises.

Diction irréprochable, lunettes rectangulaires vissées sur le nez et polo gris : Rachadi Miradji, 43 ans, parle de théâtre avec une passion communicative. Le 9 août prochain, il montera sur la scène du Lointain, à Hamjago, pour présenter Manz’arnak, une œuvre écrite collectivement avec les membres de la Compagnie théâtrale du Nord, dont il est le trésorier.

« Je ne vais pas m’attribuer tous les honneurs. Nous avons posé les bases de cette pièce collectivement, à partir d’improvisations. Moi, je me suis simplement chargé de la mettre par écrit », raconte-t-il avec humilité.

Né à Mtsamboro, il grandit entre son village natal et Hamjago, où sa famille finit par s’installer. C’est sa grand-mère qui lui donne le prénom de Koutoub, bien après l’établissement de ses papiers d’état civil. « Elle m’a soulevé et a dit : « Lui, c’est Koutoub. » »

Après des études de lettres à Dembéni, il poursuit un master en sciences du langage à Rouen. C’est aussi à cette période qu’une autre aventure prend véritablement forme : celle du théâtre.

Le théâtre comme révélation

En 2006, il découvre les planches avec l’association Dja Dja La Vénouwa. À l’époque, plusieurs jeunes d’Hamjago décident de créer une troupe reposant sur l’improvisation. Déjà très investi dans le milieu associatif depuis le lycée, il trouve dans le théâtre un nouvel espace d’expression.

« Je me suis intéressé très tôt au monde associatif. J’ai intégré plusieurs associations au lycée avant d’en devenir président », se souvient-il. Très vite, le théâtre devient pour lui bien plus qu’un simple divertissement. Il y voit un véritable outil de transmission et d’épanouissement personnel.

« Le théâtre, c’est une thérapie. Il permet de se découvrir ou de se redécouvrir à travers le jeu », confie-t-il. En 2007, il répond à un appel à projets pour une résidence artistique. Son association ne compte alors aucun comédien. De cette contrainte naît une nouvelle aventure : la Compagnie théâtrale du Nord.

Trésorier de la structure, il ne se limite pas aux tâches administratives. Il écrit, joue, recherche des partenaires et monte les dossiers de financement. Parmi les créations de la compagnie figurent notamment La Fille du polygame et Manz’arnak.

Près de vingt ans plus tard, la troupe continue d’accueillir de nouveaux jeunes. Il évoque avec émotion le parcours de l’une de ses comédiennes.

« Son père nous demande de la garder autant que nous le souhaitons depuis qu’il voit à quel point cette passion l’a transformée », raconte-t-il. Lui-même mesure le chemin parcouru.

« J’étais quelqu’un qui manquait de confiance en lui. Le théâtre m’a donné confiance et je n’ai plus peur de réussir. »

De Molière aux auteurs mahorais

Autour d’une crêpe au Nutella et d’un jus de fruit de la passion, il revient sur les œuvres qui l’ont marqué. Il cite d’abord Dom Juan, de Molière. Au-delà du personnage séducteur, il retient surtout une réflexion sur l’hypocrisie sociale, illustrée par cette célèbre réplique de Dom Juan à Sganarelle, dans la scène 2 de l’acte V :

« Le personnage d’homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. » Il découvre ensuite Racine, dont il admire la profondeur de l’écriture. Mais il reste profondément attaché aux auteurs mahorais, notamment Abdou Salam Baco, dont les œuvres le replongent dans une mémoire familiale.

« Ce sont des œuvres qui me font voyager dans mon enfance. Une enfance que je n’ai pas vécue moi-même, mais que j’ai vue à travers mes grands frères et mes oncles. » Il cite également La Rupture de chair, d’Alain-Kamal Martial.

« C’est du Corneille et du Racine mélangés à la mahoraise », résume-t-il.

Manz’arnak, une histoire d’amour à Mayotte

Avec Manz’arnak, Rachadi Miradji raconte une histoire d’amour profondément ancrée dans la société mahoraise. La pièce met en scène une relation à distance : une jeune femme restée à Mayotte attend depuis plus de dix ans que son compagnon officialise leur union. Entre attentes, frustrations et espoirs, l’œuvre explore les réalités du couple, du mariage et des liens familiaux dans l’archipel.

Un thème qui rejoint les préoccupations de l’auteur, passionné par les relations humaines, les conflits, les attentes et tout ce qui façonne la vie collective.

L’ouvrage paraîtra prochainement aux éditions Ylang. Une présentation publique est prévue dans les semaines à venir, avant les dernières répétitions précédant la représentation du 9 août.

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