Les scooters électriques inondent les routes mahoraises

Depuis quelques mois, les scooters électriques sont partout à Mayotte. Cet engouement a été en partie initié par une campagne de distribution quasi gratuite (0,10 euros) de ces véhicules, relayée par l’entreprise Mayana Project, spécialisée dans les produits s’inscrivant dans une perspective de développement durable et d’économie d’énergie.

Ils sont désormais partout à Mayotte, même dans les villages les plus reculés de l’île. Les scooters électriques sont devenus, en l’espace de quelques mois, le moyen de se déplacer le plus “tendance” de l’île aux parfums ! Si les politiques publiques insistent depuis plusieurs années sur la nécessité d’adopter une “mobilité propre”, cette explosion brutale nous a toutefois interrogée de par son caractère soudain.

Si quelques scooters électriques circulaient déjà sur l’île depuis des années, cela ne fait en effet que quelques mois qu’ils apparaissent quasiment “à chaque coin de rue”. Après enquête, nous avons appris qu’une campagne de distribution de scooters électriques, qui avait échappé à nos radars journalistiques, avait été entreprise sur les réseaux sociaux en 2025, à peine un mois avant Chido. Pour en bénéficier, il fallait envoyer un dossier avec quelques renseignements administratifs, ainsi que son permis de conduire, à l’entreprise Mayana Project, relais de cette campagne à Mayotte et à La Réunion.

Ce n’est qu’il y environ 2 mois que les personnes ayant envoyé les papiers nécessaires ont reçu l’engin promis, d’où leur prolifération rapide ces derniers temps dans les rues de Mayotte. “Nous avons distribué environ 500 scooters électriques ainsi que des vélos à assistance électrique”, affirme Amjad Fahardi, le responsable Mayotte de l’entreprise Mayana Project.

Cette dernière est aussi présente à La Réunion où sa gestion est assurée par Isayak Boinali. “Nous sommes une agence commerciale spécialisé dans la prospection des services et produits s’inscrivant dans une logique de développement durable et d’économie d’énergie”, explique Amjad Fahardi, qui indique que son entreprise a également servi de relais territorial dans la distribution à prix modique de laine de verre, d’ampoules, de brasseur d’air et de peinture thermo réfléchissante. “Nous servons de relais entre les particuliers et les clients”, précise-t-il.

Une campagne effectuée uniquement sur les réseaux sociaux

Mayana Project nous a indiqué que les financeurs de ce projet étaient l’État, EDF et Total Energie. Mais, étrangement, aucun des services de communication de ces institutions ou entreprises ne semble être au courant et n’a donc pu nous donner des renseignements sur cette campagne initiée peu avant Chido. Cette dernière s’est d’ailleurs déroulée dans la plus grande discrétion, uniquement sur les réseaux sociaux via une page Facebook nommée “Mayotte culture”. “Effectivement nous préférons communiquer sur les réseaux sociaux, par le bouche-à-oreille ainsi que via le porte-à-porte”, nous confirme Amjad Fahardi qui précise que “cette stratégie fonctionne très bien”.

Si cette distribution quasi gratuite a causé la chute du chiffre d’affaires de certaines entreprises de vente de scooters électriques, d’autres ont su au contraire “tirer leur épingle du jeu”. C’est notamment le cas de l’entreprise “Ze Moove” dont les scooters électriques sont même les plus visibles dans les rues de l’île au lagon. “Les ventes ont très bien marché dès notre ouverture fin 2024”, affirme Maoulidina Bacar, le responsable commercial de l’entreprise dont la direction se trouve à La Réunion.

La coïncidence de son ouverture avec le passage du cyclone Chido explique sans doute cet engouement. En effet, l’électricité a été plus vite rétablie que la distribution d’essence et beaucoup d’habitants de Mayotte ont sans doute vu là un moyen rapidement accessible de se déplacer, d’autant plus que beaucoup de véhicules thermiques ont été endommagés pendant le cyclone.

L’électrique, c’est économique !

Même s’il faut 6h de charge, cela ne revient qu’à 1 euros la charge, ce qui est bien plus économique que l’essence”, explique le commercial de Ze Moove. Fayal, un utilisateur de scooters électrique interrogé dans la rue confirme : “J’ai choisi l’électrique à cause du prix de l’essence qui ne cesse d’augmenter et, en plus, l’assurance est moins chère que pour un scooter thermique”. Par ailleurs, un scooter électrique neuf ne coûte que 1500 euros, alors que les prix des scooters thermiques 50cm3 ont explosé à Mayotte ces dernières années et qu’on n’en trouve plus à moins de 2000 euros grand minimum sur l’île. Pour résumer : l’électrique, c’est économique !

A défaut d’être réellement moins polluant, car, si ces véhicules ne rejettent en effet pas de polluants dans l’atmosphère, l’électricité dont ils ont besoin pour fonctionner vient de la centrale EDM qui, elle, fonctionne à 95% à base d’énergies fossiles (moteurs diesels alimentés au fioul/gazole). Or une centrale alimentée ainsi est fortement émettrice de polluants et de gaz à effet de serre. EDM projette toutefois de bientôt remplacer les énergies fossiles par des biocarburants (principalement de l’huile de colza). Des documents d’appel d’offre ont été publiés en ce sens en 2026. Pour le moment, le gain existe donc surtout sur la pollution locale et sur la réduction des émissions globale.

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Journaliste

Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.

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