Dans un arrêté publié le 16 septembre, la préfecture met en demeure la société Panima de se mettre en conformité sur sa cuisine centrale d’Ironi Bé. En cause, des rejets d’eaux usées qui dépasseraient les normes réglementaires, l’absence de surveillance depuis 2024 et plusieurs manquements concernant les réseaux d’eau et les équipements sous pression.
Alors que tous les regards sont tournés vers le chantier de l’usine de dessalement d’Ironi Bé, dont l’autorisation environnementale a été suspendue par le tribunal administratif le 31 juillet dernier, entraînant l’arrêt des travaux, une autre installation située à proximité fait à son tour l’objet de mesures pour des raisons environnementales : la cuisine centrale de la société Panima.
Connue à Mayotte pour ses activités de restauration collective ainsi que pour la préparation de repas et de collations scolaires, l’entreprise fait l’objet d’une mise en demeure préfectorale, dans un arrêté publié au Recueil des actes administratifs le 16 septembre.
Cet arrêté impose à Panima plusieurs mesures afin de mettre son installation d’Ironi Bé en conformité, notamment concernant la gestion et la surveillance de ses rejets d’eaux usées.
Un signalement concernant un rejet rougeâtre
L’arrêté préfectoral s’appuie sur les conclusions d’une inspection réalisée le 19 mars 2026. Avant cette inspection, un signalement avait fait état de “la présence d’un rejet rougeâtre à la sortie de l’usine”, située à proximité de la mangrove. Une information appuyée par le Groupe d’Études et de Protection des Oiseaux de Mayotte (GEPOMAY), gestionnaire de la mangrove, indique “avoir constaté des rejets dans la mangrove”.
Lors de leur visite, les services de l’État ont constaté : “qu’aucune surveillance des eaux usées depuis 2024 n’était mise en place par l’exploitant”. L’arrêté précise aussi que la dernière surveillance réalisée avait fait apparaître “des rejets bien au-dessus des normes réglementaires”.
La préfecture considère ainsi que “la qualité des eaux résiduaires industrielles rejetées ne respecte pas les valeurs limites d’émission en concentration et en flux prescrite”.
L’arrêté évoque enfin une “absence de maîtrise des circuits des eaux résiduaires suite aux travaux d’extension”.
D’autres manquements relevés lors de l’inspection
Les difficultés ne concernent pas uniquement les rejets d’eaux usées. L’inspection a également relevé l’absence de recensement des équipements sous pression, ainsi que l’absence de suivi des échéances concernant leurs inspections périodiques et leurs éventuelles requalifications.
Dans ses considérants, la préfecture estime que les conditions d’exploitation relevées “peut présenter des dangers et nuisances pour l’environnement”.
C’est sur cette base que le préfet a décidé de mettre la société Panima en demeure, au titre de l’article L.171-8 du Code de l’environnement, de respecter plusieurs prescriptions.
Un diagnostic des réseaux sous deux semaines
La première série de mesures concerne les réseaux d’eau. Panima doit transmettre les plans de ses réseaux de collecte des eaux pluviales, des eaux usées issues du processus de fabrication et des eaux vannes, dans un délai de trois mois.
L’entreprise doit surtout réaliser un diagnostic de l’ensemble de ces réseaux afin de repérer d’éventuelles fuites, dans un délai de deux semaines.
Les fuites devront être identifiées, afin de déterminer s’il s’agit d’eaux usées ou d’eau potable. Panima devra ensuite transmettre à l’inspection les informations concernant leur nature et leur réparation.
Des contrôles renforcés sur les eaux rejetées
L’arrêté impose également à Panima de mesurer la quantité d’eau rejetée au moins deux fois par an et de transmettre là encore les résultats à l’inspection. L’entreprise doit par ailleurs réaliser des analyses d’autosurveillance des eaux rejetées.
En cas de résultat non conforme, Panima devra mettre en place des “actions correctives afin de se conformer aux valeurs limites de rejets réglementaires”, dans un délai de trois mois.
Ces mesures devront notamment intégrer “la mise en conformité de la STEP ou des mesures transitoires de traitement externes des eaux”.
Autrement dit, l’entreprise devra soit mettre en conformité son dispositif de traitement des eaux usées, soit prévoir temporairement un traitement externe permettant de respecter les seuils réglementaires.
Jusqu’à ce que ces mesures soient conformes, Panima devra assurer une autosurveillance chaque mois de ses rejets.
Cette obligation constitue une mesure conservatoire prévue par l’arrêté. Elle vise à vérifier régulièrement la conformité des eaux rejetées par l’installation.
Les équipements sous pression également concernés
Panima devra enfin réaliser un recensement de ses équipements sous pression dans un délai d’un mois. Les inspections périodiques et, lorsque cela est nécessaire, les requalifications périodiques devront ensuite être réalisées dans un délai de trois mois.
À chacune des échéances fixées par l’arrêté, l’entreprise devra justifier auprès du préfet et de l’inspection des installations classées qu’elle a bien respecté les prescriptions qui lui sont imposées.
Des sanctions en cas de non-respect
Si Panima ne respecte pas les obligations prévues dans l’article 1 dans les délais impartis, des sanctions pourront être appliquées, indépendamment d’éventuelles poursuites pénales prévues par le Code de l’environnement.
L’arrêté prévoit des voies de recours pour l’exploitant et pour les tiers intéressés. Il doit être consultable en mairie de Dembéni et publié au Recueil des actes administratifs de Mayotte.
La mangrove d’Ironi-Bé, un refuge pour la biodiversité
Située à proximité de la cuisine centrale de Panima et du chantier de l’usine de dessalement, de part et d’autre de la route nationale, la mangrove d’Ironi-Bé constitue un milieu naturel particulièrement sensible. Depuis novembre 2024, sa gestion ainsi que celle de son arrière-mangrove sont confiées au GEPOMAY, dans le cadre d’une gestion menée avec le Conservatoire du littoral.

Le secteur est notamment connu pour accueillir une colonie reproductrice de Crabiers blancs (Ardeola idae), une espèce d’oiseaux protégés. Le GEPOMAY suit cette colonie, identifiée comme site de reproduction depuis 2014.
Plus largement, dans la mangrove et les milieux humides du secteur d’Ironi-Bé, plusieurs espèces protégées ou présentant un enjeu particulier pour la conservation ont été recensées, parmi lesquelles le Martin-pêcheur vintsi, le Râle de Cuvier et le Petit-duc de Mayotte. Côté végétation, les milieux humides accueillent notamment des palétuviers, dont le palétuvier blanc (Avicennia marina), ainsi que d’autres espèces végétales présentant un intérêt pour la conservation.


































