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Plus d’une centaine de personnes, parmi lesquelles des encadrants, des professionnels de santé et des acteurs du territoire, se sont réunies ce jeudi 17 septembre à la Technopole de Dembéni pour le premier colloque consacré à la médecine traditionnelle à Mayotte. Organisée dans le cadre de Yatru Malalo, avec l’Université de Mayotte, la FMAE et le CCEEM, cette rencontre met en lumière des savoirs transmis de génération en génération et entend favoriser le dialogue avec le monde médical et universitaire.
« On ne parle pas simplement de plantes et de remèdes. On parle d’une partie de notre histoire et de notre identité. » Pour M’lamali Enrchidine, chargé de la Vie économique, du Commerce, de l’Agriculture, de l’Attractivité et du Numérique au sein de la municipalité de Dembeni, la médecine traditionnelle constitue un véritable patrimoine vivant.
À Mayotte, qui n’a jamais vu préparer des feuilles ou utiliser une plante pour soulager un mal ? Ces pratiques, transmises essentiellement à l’oral, font partie de la mémoire de nombreuses familles. Mais ce savoir-faire est aujourd’hui fragilisé par l’évolution des modes de vie et la diminution de sa transmission naturelle.
« Ce savoir, transmis pendant des générations, est aujourd’hui fragilisé. La transmission naturelle se fait de moins en moins », souligne M’lamali Enrchidine.
Préserver le savoir des fundis
Au cœur de cette mémoire se trouvent les fundis, ces praticiens et détenteurs de connaissances traditionnelles. Leur savoir repose sur l’expérience, l’observation et une transmission de génération en génération.
Pour Abal-Kassim Cheik Ahamed, président de l’Université de Mayotte, l’urgence est désormais de préserver ces connaissances. « Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas éternels. D’ici 50 ans, certains de ces savoirs peuvent avoir disparu. Il faut les préserver, les mettre en valeur, les répertorier et les cartographier. » Cette démarche vise également à mieux comprendre les pratiques, notamment l’utilisation des plantes, leurs dosages et leurs éventuelles interactions avec les traitements médicaux.
« Il faut qu’on puisse se poser la question des dosages. Des médecins expliquent que lorsque certains patients arrivent à l’hôpital, ils ont déjà dans leur organisme des molécules qui peuvent interagir avec d’autres. On doit faire mieux et aller plus loin pour que les deux puissent se rencontrer », explique le président de l’Université.
Créer des ponts plutôt que des oppositions
Pour les acteurs du projet, l’enjeu n’est pas d’opposer médecine traditionnelle et médecine conventionnelle. « Il ne s’agit pas d’opposer la médecine traditionnelle à la médecine scientifique, mais de créer des ponts entre les deux », affirme M’lamali Enrchidine. La réflexion s’inscrit dans une approche de « bioculture », qui associe biodiversité, pratiques et cultures. Ces savoirs sont également liés à l’histoire de Mayotte et aux différentes vagues de peuplement de l’île, notamment aux influences swahilies. L’Université entend prendre sa part dans cette transmission. « Il est révolu le temps où l’on pouvait faire de la science sans la société. Au final, c’est la société qui doit mettre en œuvre les connaissances », estime Abal-Kassim Cheik Ahamed.
Un Diplôme Universitaire Yatru Malalo en 2027
Au cours de son discours, le président de l’Université de Mayotte, Abal-Kassim Cheik Ahamed, a annoncé une nouvelle étape dans cette démarche avec la création du Diplome Universitaire Yatru Malalo, prévue pour la rentrée de septembre 2027. Une annonce qui intervient après l’obtention d’une labellisation avant le passage du cyclone Chido. L’objectif de cette formation sera de rapprocher les fundis, les chercheurs, les étudiants, les professionnels de santé et les différents acteurs du territoire. « Il faut mettre autour d’une même table ceux qui savent, ceux qui pratiquent, ceux qui étudient et ceux qui transmettent », résume Abal-Kassim Cheik Ahamed.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.


































